Culture

Pop : les Guillemots cap au sud

Article publié le 10 novembre 2006
Article publié le 10 novembre 2006
Un guillemot est un pingouin à ailes courtes qui fait son nid dans les falaises. C’est aussi le nom du groupe de pop rock britannique qui monte.

« Ce drôle d’appellation vient de l’une de mes premières compositions,  » lance d'emblée Hutchins, alias Fyfe Dangerfield. «Et non, je ne dirais pas qu’ils ont les ailes courtes. » Quand le chanteur et pianiste de ‘The Guillemots’ descend les Champs-Elysées parisiens, il est immédiatement assailli par des hordes de fans - des filles, essentiellement. Ces demoiselles le supplient d’écouter les chansons d’amour qu’elles ont écrites pour lui. Un coup d’œil à sa montre. « D’accord, mais vite, je n’ai que cinq minutes ».

Trois assiettes plus tard

Conçu à Cheltenham, une bourgade du Gloucestershire, le groupe 'The Guillemots', récemment formé, se laisse porter par la vague d’enthousiasme qu’a soulevée son dernier album, ‘From the cliffs’ (2005). La houle l’a déposé sur les côtes françaises, où il espère conquérir le public du continent. Présents au festival itinérant des Inrocks, les quatre drôles d’oiseaux dont l’âge est compris entre 20 et 40 ans, s’annoncent plutôt prometteurs.

Même s’il reste proche des racines pop anglaises, le groupe la joue cosmopolite. On en vient même à se demander comment le chanteur Fyfe Dangerfield, de nationalité britannique, a rencontré Mc Lord Magrao, un guitariste de Sao Paulo, Rican Coal, batteur d’origine écossaise et la contrebassiste canadienne Aristazabal Hawkes.

« J’ai voulu travailler avec Magrao parce qu’il savait faire de la musique avec une machine à écrire et une boîte d’allumettes, comme dans les clips de ‘The Commitments’ [un groupe de musique soul de Dublin dans les années 80] », explique Dangerfield. Quant à Rican, il l’a d’abord vu à la télé, où son énorme appétit l’a impressionné. « Rican est devenu le batteur d’abord et avant tout parce qu’il s’est enfilé trois assiettes à la suite ».

Si le groupe, fraîchement propulsé sous les projecteurs médiatiques, semble cultiver un côté crade pour faire plaisir aux journalistes du New Musical Express et à leurs fans, ce quatuor inventif et euphorique peut se vanter d’un CV musical impressionnant.

Dangerfield a étudié la musique à Birmingham quand il était enfant, et maîtrise autant la musique expérimentale que le classique. Rican Coal a joué dans un groupe traditionnel Irlandais, ‘The Fureys’, avant de rejoindre ‘The Guillemots’. MC Lord Magrao a donné dans les vieux succès de samba brésilienne comme dans les improvisations pour un groupe de métal de Sao Paulo. Parmi ses modèles, Tom Zé, Mike Patton ou John Frusciante des ‘Red Hot Chili Peppers’. Quant à la contrebassiste Aristazabal Hawkes, elle a étudié le jazz à New York avant de d’intégrer le groupe à sa création en 2004. Pourtant Fyfe Dangerfield a longtemps redouté qu’elle « le saoule avec son passé jazz ».

Insaisissables

‘The Guillemots’ est un mélange de différents genres musicaux. Eux se montrent incapables de décrire ce qu’ils font. Trop étrange pour être qualifiée de pop, leur musique reste cependant accessible. Leurs expérimentations jazzy ne les entraînent pas trop loin d’une pop indépendante bien ficelée. Et dernièrement, ils ne jouent ni aux rockers, ni aux compositeurs, du moins au sens strict. Leurs chansons s’adressent « aux masses » - alcoolisées, de préférence.

Finalement, ce qui rapproche les musiciens de ‘The Guillemots’, c’est une façon d’être, plus qu’un goût partagé pour un quelconque style musical. Cette caractéristique fait d’eux un groupe original mais familier. Leur troisième single, ‘Made Up Love Song n°43’, est probablement le meilleur - une belle chanson d’amour aux accents années 80, rappelant le groupe Dexy's Midnight Runners. Sensible, Fyfe Dangerfield ne manque ainsi jamais de souligner que lorsqu’il pleut à Londres « il y a de la poésie même dans une canette de coca vide ». Sous des allures cosmopolites, le groupe est plus british que prévu.

‘Through the Windopane’, The Guillemots (Naïve-Polydor, 2006).

Concerts en France : L’Aéronef à Lille le 10 novembre, La Cigale à Paris le 11, L’Olympic à Nantes le 12 et la Rock School Barbey à Bordeaux le 14