Culture

Pologne : fines tranches de l'art

Article publié le 8 août 2013
Article publié le 8 août 2013

La maison Keret à Varsovie, est une installation artistique offrant un espace de création pour les artistes du monde entier. Son créateur Jakub Szczęsny parle de la mise en œuvre du projet, des réactions provoquées et de ses futurs plans. 

Coincée entre une maison au style d’avant guerre, et des immeubles modernes, la maison Keret se situe à l’emplacement de l’ancien ghetto juif à Varsovie. À son point le plus large, la construction mesure 152 centimètres de large, 92 centimètres au plus étroit. Le nom de la maison fait référence à son premier pensionnaire, Etgar Keret, un auteur israélien aux origines polonaises. Après son départ, Jakub Szczęsny a voulu accueillir plus d’artistes dans la maison de Keret, qu’il a transformé en résidence ouverte. Les pensionnaires ont alors l’opportunité de se familiariser avec l’histoire et la culture de la capitale polonaise, en créant des œuvres dédiées à la ville de Varsovie. En effet, la fondation qui fait tourner le projet est en partie rattachée à l’État. Entretien avec Jakub Szczęsny, à la tête de la plus petite maison du monde. 

cafébabel:  Pourquoi avoir invité Etgar à être le premier résident du projet ?

Jakub Szczęsny : Avant la guerre, la famille maternelle d’Etgar vivait à seulement quelques rues de la rue Chlodna, l’ancien ghetto juif. Seule sa mère en est sortie vivante. C’était logique d’inviter quelqu’un comme Etgar, une personne qui allait combler symboliquement et physiquement l’espace entre deux périodes différentes de l’histoire de la ville. Ces origines polonaises ont bien sûr aidé. Il est aussi connu pour le ton absurde de son écriture, qui transmet à la fois un sentiment de fatalisme et de tristesse, typiquement polonais.

Cafebabel : Au Brésil, il existe une maison qui fait seulement un mètre de large, tandis qu’à Antwerp, une des constructions culmine à 2,4 mètres. Est ce que vous prétendez entrer en compétition avec ces deux prouesses architecturales ?

Jakub Szczęsny : Pas du tout, en fait le surnom de « maison la plus étroite du monde » nous vient d’un blogueur américain. Pour ma part, je suis fasciné depuis mon enfance par un type très particulier d’habitation japonaise, « machiya », construit sur des portions réduites de territoire. J’aime cet aspect un peu cocon, isolé du monde extérieur, dans lequel on peut oublier le vacarme du quotidien et l’absurdité de notre époque. Je m’intéressais aussi à la tradition des retraites contemplatives.

Cafébabel : La maison est-elle parfois vide ? Quels sont les autres artistes qui y ont vécu ? Vous ont-ils donné leurs impressions sur leur mode de vie dans cette maison ?

Jakub Szczęsny : Après Etgar, deux journalistes américains pour la télévision ont pris sa place, puis un jeune auteur italien Valerio Millefoglie. Chaque résident reste 21 jours avant de céder sa place. Un nouveau cycle commencera début août. La maison n’est jamais vide, dans le sens où elle se visite. Près de 4000 personnes ont pu en découvrir l’intérieur. Tout le monde s’est toujours senti très bien là-bas, aucune crise de claustrophobie à déclarer pour le moment ! Ce que nous avons remarqué, c’est que les gens ont tendance à créer plus quand ils sont dans un espace réduit, et ils sont plus sujets à l’introspection.

Cafébabel : Pourquoi avoir fixé une limite d’âge pour les artistes (ils ne doivent pas dépasser les 35 ans) ?

Jakub Szczęsny :  Il faut demander aux organisateurs, la fondation d’art moderne polonais. C’est sans doute simplement lié au fait qu’il faut être en bonne condition physique, par exemple si l’on veut utiliser les toilettes la nuit, sortir du lit en utilisant l’échelle, etc… C’est vrai que cet espace restreint peut créer un certain inconfort. Il est aussi possible que les gens qui aspirent à un mode vie « normal » n’apprécient pas le lieu, puisque le moindre aspect de cette maison est inhabituel et différent.

Cafébabel : La maison est une installation temporaire. Quand le projet touchera-t-il à sa fin ?

Jakub Szczęsny : Dans approximativement 1 an et demi (fin 2014), soit 2 ans après sa création. Mais qui sait…. Avec un peu de chance la mairie en décidera autrement et prolongera l’autorisation. Dans tous les cas, des amateurs d’art étrangers se sont déjà positionnés pour la racheter. Ils affirment vouloir en faire une sculpture exposée sur les berges du lac Léman.

Cafébabel : Enfin, quels sont vos futurs projets ? Continuerez vous de remplir les espaces vides laissés par les constructions de Varsovie ?

Jakub Szczęsny : Nous allons créer une maison-labyrinthe dans la ville de Podkowa Leśna, au coeur de la Pologne. Une famille de 5 personnes s’y installera fin août. Après cela, la prochaine création s’appellera Source of love, qui prend la suite d’un projet d’îles artificielles sur la rivière Vistule. L’ouverture est prévue mi septembre. En octobre nous prévoyons d’installer une lampe géante à Wroclaw, la quatrième plus grande ville du pays, afin d’éclairer un square. Nous allons également lancer une initiative nommée Viewfinder à New-York, mais je ne peux pas encore vous donner les détails. Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’automne s’annonce très prometteur !

La maison Keret en images

La première nuit d'Etgar

Minimalisme ne veut pas dire inconfortable..

Une des plus grandes attractions de la maison : les escaliers se soulèvent et font partie du sol du salon.