Culture

Plus de clopes au comptoir

Article publié le 6 février 2008
Article publié le 6 février 2008
En France, l'interdiction de fumer dans les lieux publics est en vigueur depuis le 1er janvier. Un changement qui ne fait pas un tabac auprès de tous les Parisiens.

Menthe ou amande ? Une question shakespearienne. Il ne m'arrive pas souvent de fumer le narghilé et en choisir la saveur n'est pas chose facile. En tout cas pour moi, qui ne suis pas fumeuse. Allons-y pour la menthe. Alors qu'un serveur d'origine indienne m'apporte le thé vert que j'ai commandé, accompagné de biscuits offerts par la maison, un couple de touristes entre et déplace mon manteau que j'avais posé sur le petit canapé.

Je n'ai jamais compris pourquoi à Paris les tables des bars ne font jamais plus d'un mètre carré, ce qui oblige les clients à se serrer comme des sardines. Dehors il fait déjà noir, bien qu'il ne soit que 17 heures. Édith Piaf en musique de fond se mêle aux histoires échangées à la hâte, entre un cigarette et un café marocain. Ces moments agréables, des millions de Français ont dû y renoncer depuis le 1er janvier 2008. En effet, dans l'hexagone aussi, une loi sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics vient d'entrer en vigueur.

Une bière et basta !

Rue de la Huchette, au coeur du Quartier Latin, un lieu touristique, certainement le plus kitsch de Paris. Me voilà dans un de ces endroits « cool », comme on dit ici. Un piano bar avec de la musique live. Un endroit idéal pour boire une bière entre amis, écouter de la bonne musique et ... fumer une cigarette. À présent les habitudes ont dû changer, comme le raconte Bénédicte : « Je travaille ici depuis juillet dernier. Je chante deux soirs par semaine, accompagnée au piano par Laurent, et depuis que la loi est passée, tout a radicalement changé ! », décrit l'artiste. « Avant, nous chantions toujours avec de la fumée plein les yeux et la gorge, parce que l'instrument est au milieu de la pièce. Parfois, nous étions obligés de demander aux clients d'éteindre leur cigarette. Maintenant, nos cordes vocales se fatiguent beaucoup moins et nous pouvons chanter pendant des heures sans problème ! »

Pourtant, Mahmut, le gérant du bar à shisha, n'est pas du même avis : il déplore déjà une diminution de sa clientèle dès décembre. «Je ne fume pas mais je ne suis pas d'accord avec cette loi. Bien sûr, c'est meilleur pour la santé, mais on ne respecte pas le droit de chacun à faire ce qu'il veut et je ne trouve pas ça normal ! » s'enflamme le propriétaire. «  Il y a deux mois, j'étais à Philadelphie, poursuit-il, là-bas, il existe deux types de bar-restaurants : les uns où l'on peut fumer et boire de l'alcool et les autres où c'est interdit. On a donc la liberté de choisir. Ici, non. Alors qu'avant un client pouvait rester ici toute la soirée, à présent il boit une bière avant de sortir fumer, mais il ne rentre pas toujours. C'est pour ça que les consommations et le chiffre d'affaire diminuent. »

Des conséquences imprévisibles

Le quartier est bourré de touristes. Ce n'est pas difficile de parler avec les gens. Mais je rencontre Audrey, une jeune fille de 25 ans. Elle est seule, assise à sa table. Elle vit à Bruxelles, « une ville où l'on peut encore fumer », déclare-t-elle fièrement tandis qu'elle sirote une bière panachée. « Je suis à Paris seulement pour les fins de semaine, mais j'ai remarqué, lorsque la loi est entrée en vigueur, qu'une forme d'exclusion s'est créée », dit-elle en désignant son copain, sorti dehors pour fumer une cigarette. « Si on va boire un coup en couple, mais qu'un seul des deux fume, c'est comme ça que ça se termine ! »

La loi lui semble être une bonne chose pour les serveurs qui ne sont plus obligés de respirer de la fumée toute la soirée. Mais, selon Audrey, il pourrait y avoir des effets collatéraux : « Personne n'a pensé aux tas de mégots qui sont laissés par terre ou aux personnes qui habitent au-dessus des bars ou des restaurants. Ils doivent à présent supporter l'odeur de cigarette ». Et pensez aux célibataires ! « Eux aussi sont discriminés. S'ils veulent se fumer une blonde au milieu de leur bière, ils doivent laisser leurs affaires à l'intérieur, en courant le risque qu'on leur vole quelque chose. »

Saveria, une étudiante de 22 ans, pense elle aussi que d'autres solutions auraient pu être trouvées. «Moi, je suis fumeuse et je pense qu'il est injuste d'imposer à celui qui ne fume pas de respirer la fumée. Mais interdire complètement la cigarette, c'est une erreur. Des systèmes d'aération auraient pu être installés comme en Asie ou aux États-Unis. En France, on aime bien tout interdire ! ».

Il est presque minuit, mais le froid ne semble pas avoir découragé les touristes qui envahissent les ruelles du quartier Saint-Michel. Et une fois de plus, Paris me surprend. Même en plein hiver, les gens continuent à manger sur les tables disposées à l'extérieur des restaurants. Toutes les terrasses sont de sortie. Une nouvelle tendance ou un stratagème pour contourner l'obstacle et fumer en paix ?

L'E-CIGARETTE

Et si, à la place de la fumée, il y avait de la vapeur d'eau ? A partir de cette idée est née la 'e-cigarette' ou bien cigarette électronique qui, à vrai dire, arrive tout droit de Chine. La petite nouveauté est composée d'une batterie, d'un microprocesseur, d'un vaporisateur et d'une capsule de nicotine. Cela permet donc de fumer, mais au lieu de renvoyer de la fumée, c'est de la vapeur d'eau. Ce gadget technologique disponible en goûts et couleurs variés aiderait les fumeurs dépendants à arrêter, selon ceux qui la commercialisent. Pour le moment, une seule chose est sûre : la réplique 'high-tech' de la cigarette coûte plusieurs centaines d'euro. Elle est en vente sur Internet et n'est pas encore interdite dans les lieux publics !