Culture

Playlist : long live au Bataclan

Article publié le 29 novembre 2015
Article publié le 29 novembre 2015

Un hommage à la musique live du Bataclan, deux semaines après l'attaque terroriste qui a couté la vie à 130 personnes au coeur de Paris et aux environs du Stade de France. Même dans les moments les plus sombres, notre réponse à la douleur, on le rappelle, sera de mettre la musique encore plus fort.

Le Bataclan, véritable symbole parisien, est une salle de concerts mythique. Depuis le 3 février 1865, jour officiel de son inauguration, des milliers d'artistes y ont joué. À l'origine appelée Ba-Ta-Clan, du titre d'une opérette de Jacques Offenbach, la salle de café-concert s'est ensuite transformée, en un théâtre d'abord puis en cinéma après. C'est en 1969 que le Bataclan s'affirme définitivement et devient une salle de spectacle, point de passage obligé pour la musique internationale en Europe.

1972 : Les Velvet Underground et Captain Beefheart & His Magic Band

L'un des concerts les plus mémorables a lieu le 29 janvier 1972. C'est la première fois que les membres du Velvet Underground se retrouvent ensemble sur scène, après s'être officiellement séparés. Nico, Lou Reed et John Cale offrent ainsi au public de sublimes versions acoustiques de leurs morceaux immortels : « Heroin », « Femme Fatale », et « The Black Angel's Death Song ». Le concert est alors enregistré et pendant plusieurs années, il est diffusé sous forme de bootleg. C'est seulement en 2004 qu'il est possible de trouver l'album, intitulé Le Bataclan '72, dans les bacs.

Le 15 avril de la même année, le Bataclan accueille Captain Beefheart & His Magic Band. Une date importante pour Paris, qui se retrouve face à un des personnages les plus éclectiques du rock expérimental américain. Le concert a lieu peu de temps après la sortie de Trout Mask Replica, produit par Frank Zappa et considéré pour beaucoup comme véritable pierre angulaire pour la musique du 20ème siècle. Leur live au Bataclan figure sur Grow Fins: Rarities 1965–1982, coffret sorti en 1999 qui rassemble tous leurs enregistrements et concerts live inédits.

1973 : Genesis

Le 10 janvier 1973, les Genesis se produisent au Bataclan et présentent quelques-uns de leurs morceaux les plus représentatifs de l'époque : « The Musical Box », « Supper’s Ready », « Interview », « The Return of the Giant Hogweed » et « The Knife ». Ils avaient beau en être à leurs tout débuts, ce concert a capturé toute la puissance d'un groupe historique lors d'une période fondamentale de leur carrière. La vidéo du concert, présente sur le coffret de sept CDs et six DVDs Genesis 1970-1975, contient une interview inédite du groupe en français, durant laquelle Rutheford évoque l'influence des Beatles. Pendant que Gabriel, fait des blagues sur David Bowie, Collins, lui se marre pour la plupart du temps.

1977 : Les Clash

Pour la première fois, le punk envahit les rues de Paris et le groupe se retrouve sur la scène française seulement un an après sa constitution. Les témoignages de leurs concerts à Paris durant les années 80 ne sont pas rares, mais on ne peut en dire autant pour leur concert au Bataclan en 1977. C'est d'ailleurs cette même année que le groupe sort leur premier album : The Clash. Bien que totalement en phase avec les années 70, les sonorités de l'album apparaissent comme avant-gardistes pour certaines oreilles : pour les précurseurs et les connaisseurs, en somme ceux qui se trouvaient au Bataclan le 29 septembre 1977.

Si les pistes audio de ce live sont rares, quelques fans décrivent toutefois ce concert punk comme un événement inoubliable, unique en son genre. Selon eux, il ne ressemblait en rien aux concerts punk violents et bruyants des autres groupes de l'époque, tels que les Stoogees ou les Sex Pistols. Non, la performance des Clash était jouissive, débordante de force incendiaire et révolutionnaire. C'était une sorte de manifeste de rébellion, de rage idéologique et de fierté, à l'image de la capitale française.

1995 : Jeff Buckley

Live from the Bataclan est un EP live d'une rare beauté et d'une finesse extraordinaire. Le disque a été enregistré lors du passage de Jeff Buckley au Bataclan le 11 février 1995, pour sortir au mois d'octobre suivant. Composé de 4 morceaux seulement (« Dream Brother », « The Way Young Lovers Do », « Medley: Je N'en Connais Pas la Fin/Hymne à l'Amour » et « Halleluja »), il fait partie de ces albums que l'on pourrait écouter en boucle. Sa grande particularité : la perception, presque physique, du public en adoration dans la salle.

À Paris, Jeff Buckley s'est retrouvé catapulté dans une autre dimension, bien loin des atmosphères intimistes du Sin-é (petite salle de concert à New-York, ndt). Malgré tout, l'artiste s'est montré bien à la hauteur de la situation et a ainsi envoyé la salle, pleine à craquer, au septième ciel. Mention spéciale pour le medley « Je N'en Connais Pas la Fin/Hymne à l'Amour », véritable hommage du chanteur à Edith Piaf et à la France. La version de « Hallelujah », quant à elle, a été récemment reprise et actualisée au lendemain des attentats du 13 novembre et fait désormais partie des morceaux interprétés en mémoire des victimes du Bataclan.

2003 : Blur

Le 19 mai 2003, Blur fait son entrée au Bataclan, deux semaines après la sortie de Think Tank. Le concert est plus que complet, et le choix du lieu (qui peut contenir jusqu'à 1500 personnes) en a surpris plus d'un. Pour beaucoup, le groupe aurait en effet pu remplir des salles comme Bercy ou le Zénith sans aucun problème. De plus, le groupe alors fraîchement reformé, rencontre pour la première fois Paris. Le guistariste Graham Coxton est remplacé par Simon Tang, ex-membre des Verve. Même s'il n'aura duré que 90 minutes, leur show est un réel succès, notamment grâce à un enchaînement efficace de tubes comme « Tender » et « Beetlebum », extraits du nouvel album.

2009 : Kings of Convenience

Le Bataclan, tout comme son public, s'ouvre telle une huître amoureuse pour le duo norvégien. Le concert des Kings of Convenience du 11 novembre 2009 peut être sans aucun doute défini comme une perle acoustique d'une extrême grâce et simplicité. Feist, en première partie, contribue grâce à sa sympathie pétillante à une très belle interprétation des ballades folk d'Ejrik Glambek Boe et d'Erlend Oye, comme la joyeuse version de « Know How ».

2015 : Balthazar

Le Bataclan accueille le groupe Balthazar le 16 avril 2015, petite merveille indie-rock venue tout droit de Belgique. Après le succès de Applause en 2010 et de Rats en 2012, ils viennent cette-fois présenter sur la scène parisinne Thin Walls, moins d'un mois après sa sortie. Les sonorités de ce nouvel album restent en tête et semblent plus séduisantes, plus précieuses par rapport aux disques précédents. De plus, une espèce de sphère émotive englobe tout l'album, où chaque morceau joue avec les sentiments humains que nous partageons tous : « True Love », « Decency », « Dirty Love ».

En quelque sorte, c'est un hommage à la vie, qui, même si elle peut être chaotique, fiévreuse, vaut tout de même la peine d'être vécue. C'est pour cette raison qu'une chanson comme Blood Like Wine incarne le mieux Paris : une ville libre où depuis toujours, la musique ruisselle et résonne dans ses veines. On ne peut pas mourir pour cela, non. Alors quoiqu'il arrive, au nom de l'amour et de la bonne musique : «Raise your glass to the night-time!».

(Presque) tous les artistes du Bataclan

De nombreux artistes sont passés au Bataclan :

Édith Piaf, les Velvet Underground, Captain Beefheart & His Magic Band, Genesis, les Clash, Jeff Buckley, The Ramones, David Byrne, Yo La Tengo, The Vaccines, The Walkman, les Smashing Pumpkins, The Strypes, Beck, The Eels, les Black Keys, Alice Cooper, Oasis, The Police, Cyndi Lauper, Foo Fighters, The Cure, Suede, Jerry Lee Lewis, Prince, Death Cab for Cutie, Fauve, Jonathan Donahue, Passenger, Balthazar, The Melvins, Kings of Convenience, Fleet Foxes, The Roots, Metallica, Snoop Dogg, Blondie, Foster The People, The Shins, Gossip, Franz Ferdinand (& The Sparks), Paul Weller, Tame Impala, The Darkness, Blur... et bien d'autres encore.