Culture

Peut-on critiquer Madness ? « Oui oui si si ja ja da da»

Article publié le 13 novembre 2012
Article publié le 13 novembre 2012
Tout le monde a déjà écouté les Madness en soirée ou à la radio. Sur scène depuis 1976, le mythique groupe britannique sort son dixième album studio Oui oui si si ja ja da da (Atmosphériques, sortie le 29 octobre 2012). Considérés comme les inventeurs du ska-pop, les Anglais sont carrément passés inaperçus avec leur dernier album The Liberty of Norton Folgate (2009).

Pourtant, pas question de retraite pour les « rude boys». Reste que notre couple italo-allemand - on s’en doutait - ne dansera pas ensemble sur Madness.

Fede : Pour une fois je ne serai pas le casse-couille de service : avec le nouvel album des Madness on peut enfin commencer à parler de musique avec un grand M. Là, on écoute sept vrais musiciens multi-instrumentalistes qui ont fait l'histoire du ska ! C'est évident : une voix toujours rentre-dedans, des arrangements somptueux et parfois bouleversants avec la typique trompette et le saxo... Enfin ! Je n'en pouvais plus du minimalisme. Et en plus, il y a du rythme ! Ce sont des gars qui semblent encore s'amuser en faisant de la bonne musique... franchement pas mal !

Katha : Oui, on a là de véritables vétérans en leur genre – c’est vrai ! Impossible de passer à côté de leur single « Our house » si tu écoutes la radio allemande. Mais je n'arrive pas à me débarrasser de ce sentiment de ringardise qui commence inéluctablement à survenir dès la chorale d'ouverture lourdissime de cet album : « Oui, oui, si, si, ja, ja, da, da » - comme si les Madness devaient se convaincre eux-mêmes, 8 fois et en 4 langues, de faire ce dixième album.

« On se croirait à la fête de la bière avec des Allemands bourrés en train de se balancer bras dessus bras dessous sur des bancs »

Fede : Ah bon ? Donc pour toi, jouer pendant la cérémonie des Jeux Olympiques de Londres ou sur le toit de Buckingham Palace en costard cravate et lunettes de soleil c'est de la ringardise ? Pour moi ça s’appelle la classe ! C’est génial qu’ils aient envie de continuer à jouer et de sortir un album sous leur propre label après 30 ans de carrière. Ils ont quand même inventé le ska grand-public et un son propre à eux (le « nutty sound » de « One step beyond » 1979). Tu n’imagines même pas combien de groupes se sont inspirés d'eux ! Seulement, en Italie il y en a des tonnes ! Je ne vois pas pourquoi ils devraient arrêter. Pour te faire plaisir ?

Katha : Moi, ils m'inspirent surtout une pinte de bière en pleine fête foraine. Oui, je les respecte, ces gars de Camden Town, pour leur histoire musicale et pour avoir eu l'honneur de jouer en face de la Reine d'Angleterre cet été. Mais honnêtement, si je ferme les yeux sur « Misery » (nom de chanson très parlant) ils me font plutôt voyager à Munich : on se croirait à la fête de la bière avec des Allemands bourrés en train de se balancer bras dessus, bras dessous sur des bancs. C'est quand même pas ça les Madness de «Our house» !

« Avec le nouvel album des Madness on peut enfin commencer à parler de musique avec un grand M »

Fede : Bah écoute, selon moi, ce genre de musique se valorise surtout sur scène, pas en album studio. Oui, je pense que toi t'écoutes du ska pendant l'heure du thé ? Je te dirai qu'une fois, j'ai mis « Leon » – ma chanson préférée de l’album - pendant une fête et tout le monde s'est éclaté ! J'ai vu des vidéos en live. Franchement ils sont forts... Après je te dis pas que j'ai aimé tout l'album. Je les préfère quand leur son reste en Angleterre, pas quand ils font des virées au Mexique par exemple.

Katha : Ah ben on est d'accord alors. Le morceau « La Luna » c'est du Madness en sombrero, ça ne fonctionne vraiment pas. « Leon »ou « My girl 2 » - en provenance de Londres – du coup ça marche. Mais dès qu'ils nous font balader, ça cloche. Pourquoi à tout prix ce côté musique du monde ? Pour moi ce sont bizarrement leurs balades  « Small World » et « Powder Blue » rappelant David Bowie qui fonctionnent. Par contre pour danser tu dis  ? « So alive » (titre traître) me fait penser au cercle  matinal d’un groupe de retraités qui battent des mains. Désolé, mais les Madness ont pris un sacré coup de vieux.

Fede : T'es libre de penser ce que tu veux. Moi je te dis seulement qu’un groupe qui se fait dessiner la pochette par Peter Blake, également auteur de celle de Sgt Peppers Lonely Hearts Club Band des Beatles, c'est à dire un des plus grands artistes britanniques vivant, ne peut pas être un truc pour les retraités. Et je vais te dire encore un truc ! Je les estime encore plus parce que malgré tout, je les connaissais peu, et je pense sincèrement qu'ils se foutent du marketing ! En tout cas après sa sortie en Angleterre, l’album est directement entré dans les Top 10.

Katha : Certains mélanges sont assez fou, oui, comme faire du Beethoven dans du ska ou du reggae en marche nuptiale. C’est déchaîné, j’avoue. Mais la chanson la plus déjantée résume en même temps assez bien la tendance générale de cet album : « Death of a Rude Boy ». Lors de la dernière chanson du disque - quand la chorale revient encore une fois - je me suis dit : Non, non, no, no, nein, nein, niet, niet.

Madness serait en concert au Studio SFR à Paris le 13 novembre. Les 14 et 22 décembre prochains, ils se produiront à l’O2 Arena (Londres)

Photos : Une © Katharina Kloss et Federico Iarlori, Texte © courtoisie de la page Facebook officielle de Madness ; Vidéos : "One Step Beyond" mokiat/YouTube ; "Our House" xoxGeordie66xox/YouTube