Culture

Persepolis : l’Iran ni noir, ni blanc

Article publié le 30 novembre 2007
Article publié le 30 novembre 2007
Le film d’animation de Marjane Satrapi part à la conquête des écrans européens. Il est même nominé pour le prix du cinéma européen, décerné à Berlin, le 1er décembre.

Voilà sept ans, ‘Persepolis’ sortait aux Editions de l’Association. Un ton acerbe envers la société iranienne, beaucoup d'humour : les quatre volumes de ce livre d'images autobiographique ont reçu immédiatement un immense succès. Certains journalistes l'ont même comparé à ‘Maus’, la BD au prix Pulitzer, écrit par l’américain Art Spiegelman.

Avec ‘Persepolis’, Marjane Satrapi réalise un travail remarquable : elle se met dans la peau de sa jeune alter ego, en noir et blanc. Elle couche sur le papier sa propre enfance et adolescence dans une histoire, somme toute, plutôt triste et violente.

La petite Marjane a neuf ans lorsque le fameux Shah est expulsé d’Iran. Le pays est en liesse et sa famille, intellectuelle et bourgeoise, se sent soulagée. Mais leur espoir de voir émerger une république moderne est rapidement anéanti : la révolution iranienne donne les rênes du pouvoir à des fanatiques religieux, encore plus terribles que leur prédécesseur.

Du jour au lendemain, Marjane doit porter le voile en public. Impuissante, elle est témoin des rafles organisées par le nouveau régime et pleure son oncle adoré, assassiné pour avoir exprimé ses idées communistes. Lorsque la guerre éclate entre l’Iran et son voisin, l’Irak, la vie à Téhéran devient chaque jour plus dangereuse : les parents de Marjane décident d’envoyer leur fille unique à Vienne. Là-bas, loin de chez elle, elle devrait être libre et en sécurité pour faire ses études. Mais la liberté a un prix.

Du papier à la toile

(Foto: © 2007 PROKINO Filmverleih GmbH)

Cette histoire, faite de rire et de pleurs, a donc été adaptée au cinéma par l’auteur elle-même. Sur un grand écran, le noir et blanc expressionniste de la bande dessinée, impressionnant de simplicité, parvient à illustrer l’absurdité et la cruauté d’un régime religieux, vues par une enfant.

Rien de surprenant là dedans. Marjane Satrapi a dirigé le projet et réalisé le film, en collaboration avec Vincent Paronnaud, un artiste français. Ils n’ont pas souhaité utiliser des effets spéciaux ou des animations réalisées par ordinateur. Ce qui en fait une œuvre rare, car peu de films d’animations sont encore réalisées à la main aujourd’hui.

Toutes les scènes des 350 pages de la bande dessinée n’ont bien sûr pas pu être transposées au cinéma. Pas de quoi en tenir rigueur à l’auteur : l’histoire sur grand écran se déroule, limpide. Les images animées dévoilent un Iran où la vie publique est en grande partie faite de mensonges et de subterfuges. La vraie personnalité des habitants ne peut s’exprimer que dans la sphère privée.

Apatride de Vienne à Téhéran

L’atmosphère est tendue. Le spectateur peut rire puis, à la seconde suivante, voir apparaître les garants de l’ordre et de la religion dans le pays. Derrière eux, hurlent les sirènes. La mort, la guerre et la persécution deviennent les camarades du quotidien de la petite Marjane. Un vécu qui la sépare de ses nouveaux amis à l’université de Vienne.

Mais ‘Persepolis’ n’est pas seulement une attaque contre la brutalité du pouvoir iranien. Vienne, symbole de l’Occident, n’est pas non plus le paradis sur terre. Là-bas, Marjane, adolescente, est libre de dire et de faire ce qu’elle veut. Mais elle le paie au prix fort : elle déprime et se sent apatride.

Iranienne à Vienne, elle n’est qu’une curiosité étrangère sans cesse observée, avec méfiance et suspicion, par les locaux. Et en Iran, elle connaît trop bien le sens de la liberté pour ne pas étouffer. Et souffrir de voir son peuple périr sous un régime dictatorial. Pourtant, les Iraniens aussi aiment, boivent, rient et pleurent. ‘Persepolis’, finalement, évoque la difficile réalité de l’auteur qui doit choisir entre son pays et son libre arbitre.

Persepolis à découvrir sur nos babelblogs Islamineuropa, Linea et Lumière et obscurité.

Persepolis en Europe

Voici les dates de sortie du film en Europe :

Espagne: 31 octobre 2007

Allemagne: 22 novembre 2007

Suède: 23 novembre 2007

République Tchèque: 29 novembre 2007

Autriche: 30 novembre 2007

Italie: 4 janvier 2008

Pologne: 25 janvier 2008

Pays-Bas: 28 février 2008

Royaume-Uni: 11 avril 2008

Persepolis Bande annonce