Culture

Pâques : le rite de l’œuf

Article publié le 28 mars 2008
Article publié le 28 mars 2008
En Pologne, on peint les œufs de Pâques à la cire. Une tradition ancestrale qui s’exporte de plus en plus… et intéresse dorénavant les pères de famille.

En Pologne, il existe bien des techniques de décoration des œufs de Pâques. Les Polonais utilisent des œufs de poule, de cane, d’oie et même d’autruche. Ils les font cuire pour qu’ils deviennent durs ou les vident en faisant deux trous aux extrémités, pour obtenir une coquille vide. Les plus populaires sont les œufs peints dont le motif est dessiné à la cire chaude à l’aide de petits bâtonnets de bois ou d’aiguilles. Quand la cire s’en va, on voit apparaitre un fin dessin blanc sur l’œuf coloré. « Cette technique permet de réaliser des choses très variées qui ont toujours du succès, est une source d’inspiration pour les plus jeunes », affirme un employé du département des formations du Musée ethnographique de Varsovie. « La cire chaude peut être dangereuse pour les enfants, c’est pourquoi on peut utiliser plutôt des crayons de couleur », poursuit-il.

On peut aussi choisir une technique complètement différente : teindre d’abord les œufs dans un bouillon coloré ou brun qu’on obtient avec des pelures d’oignons cuites, puis réaliser de fins dessins. « Cette technique est difficile et nécessite des mains habiles et des dons artistiques. Cela prend deux heures de faire chaque œuf de Pâques », ajoute une artiste venue d’Opola. Les amateurs devront y consacrer beaucoup plus de temps.

(Photo: ©BZedan/flickr)

Les œufs, une affaire de femmes ?

Jadis, seulement les femmes décoraient les œufs de Pâques. D’ailleurs, les maris avaient interdiction d’entrer dans la pièce où cuisaient les œufs peints. Aujourd’hui la parité est de mise et les ateliers de décoration d’œufs jouissent d’une popularité grandissante. Chaque famille y apprend, sous l’œil des créateurs, des techniques traditionnelles qui demandent beaucoup de travail. « C’est très agréable et c’est en même temps un moyen ludique et pédagogique de passer du temps avec les enfants », répond un jeune couple inscrit dans un atelier de Varsovie avec leurs deux petits enfants. « Nous pouvons observer leurs capacités pour les travaux manuels et nos enfants ont l'occasion ici de découvrir un pan de l’art populaire polonais. » Dans de nombreux foyers, la tradition des œufs peints pour Pâques se transmet de génération en génération : « Avant je faisais des œufs peints avec mes frères et sœurs. Maintenant nous les faisons avec ma femme et ma fille », raconte Marcin, un économiste de 30 ans.

Folklore 2.0

Les artistes d’aujourd’hui ne se focalisent pas seulement sur le week-end de Pâques. Ils développent des pages Internet sur lesquelles on peut acheter des œufs d’arts toute l’année. « J’ai vendu des œufs peints via Allegro, puis j’ai décidé de lancer une page et un forum thématique. Et il s’avère que’un grand nombre de personnes apprécie ce hobby relaxant. Un véritable mode de vie ! », dit Anna Gobniak, une artiste. « Mes œufs peints ne sont pas très colorés, mais ils ont du succès. J’ai une quinzaine de clients réguliers qui en commandent chaque année parce qu’ils les aiment, qu’ils sont uniques et que ce sont de sublimes cadeaux. Les pages sont visitées aussi par des personnes hors de nos frontières. L’année dernière, mes œufs peints ont été observés aux Etats-Unis, en Australie, en Autriche, en France, en Hollande et au Canada. »

L’oeuf au travers des cultures

Dès l’Antiquité, l’œuf représentait le bonheur, la fertilité, la prospérité et la santé. Il symbolise aussi la renaissance de la vie au printemps. Selon des croyances polonaises populaires, celui qui découvrait deux jaunes dans une seule coque allait être heureux et voir naître rapidement des descendants. Les Anglais faisaient des talismans avec des œufs de vieilles poules. Et les Allemands avaient l’habitude de prêter serment avec un œuf. Le plus vieil œuf décoré est en céramique. Il date de 3000 ans avant Jésus-Christ et a été découvert par des archéologues sur l’ancien territoire des Sumériens en Mésopotamie. La coutume des œufs peints et décorés est elle née en Perse où on célébrait la nouvelle année, lors de la fête de l’Œuf Rouge.

Aujourd’hui encore, en Hongrie, on représente des « cocons » qui symbolise des « œufs rouge » et qui sont aussi des œufs peints de pâques. En Bulgarie, le premier œuf peint est toujours dans les teintes de rouge et il n’est pas possible de le jeter jusqu’à la fête de Pâques suivante. Le conserver jusqu’à l’année suivante procure bonheur et santé dans tous les foyers. Pendant les visites à la famille ou aux amis, les Bulgares s’offrent mutuellement des œufs peints. On trouve des coutumes similaires en république Tchèque. En Grèce, le jour de la peinture des œufs est appelé jeudi rouge et tombe le Jeudi Saint et en Roumanie on dit que si les Chrétiens cessent de peindre des œufs en rouge, la fin du monde est proche !

(PHotos : ©Zormasa/flickr; ©BZedan/flickr; en Une - ©jmurawski/flickr; Encadré - ©madelinetosh/flickr)