Culture

Opéra : Verdi sur le Web

Article publié le 28 février 2007
Article publié le 28 février 2007
Du 16 au 18 février à Paris, une conférence européenne s’est interrogée sur la manière de ranimer l’intérêt des jeunes générations pour l’opéra.

On peut résister aux phénomènes de mode quand on a 400 ans. Soit exactement l’âge de l’Orphée de Monteverdi, dont la représentation le 24 février 1607 avait marqué le début de l’histoire de l’opéra. Et voilà que 4 siècles plus tard, un genre musical pourtant qualifié par l’écrivain et réalisateur Alexander Kluge d’« usine à fabriquer des sentiments » semble menacé d’extinction.

Un loisir de vieux ?

L’opéra aurait certes besoin d’un nouveau souffle mais la ‘Flûte enchantée’ de Mozart ou la ‘Traviata’ de Verdi attirent aujourd’hui de moins en moins de jeunes. Aussi l’association ‘Opéra Europe’ a-t-elle dédié un Forum spécial aux jeunes mélomanes lors des ‘Journées européennes de l’Opéra’ qui se sont déroulées du 16 au 18 février derniers à Paris.

Directeurs de théâtres, artistes ou aficionados de l’Opéra venus de toute l’Europe se sont, durant un week end, creusé les méninges pour tenter de réinsuffler aux jeunes le goût de l’opéra. Car si les amateurs restent nombreux, près d’un tiers d’entre eux se situent dans la tranche d’âge 55-64 ans, selon une enquête menée par ‘Opéra Europe’.

La moitié de ce public se composerait de chefs d’entreprises et de cadres moyens et supérieurs, alors que les étudiants et les enfants ne représentent plus qu’un spectateur sur dix. Les abonnés fidèles se recrutent toujours parmi les aînés, tandis que les plus jeunes ne vont qu’occasionnellement à l’opéra. Le prix des places jugé trop cher constituerait un réel obstacle pour ces néophytes, non sans raison, puisqu’à en croire le sondage précité, il se situerait en moyenne aux alentours de 60 euros.

Opéra et web 2.0

Mais la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît car la plupart des grandes salles de concert accordent depuis fort longtemps des réductions à leur jeune clientèle. « Les prix sont un aspect de la question, mais ce qui motive les jeunes en est un autre » estime Philippe Agid, consultant en management culturel et auteur d'un livre sur le bel canto. Avant d’ajouter : « si un jeune a envie d’un i-pod, il se l’achète. Il faut se demander pourquoi il n’emploie pas cet argent pour aller à l’opéra? »

Achim Thorwald, directeur général du Théâtre municipal de Karlsruhe, juge lui que « le problème réside dans le fait qu’à la différence d’il y a cinquante ans, la jeunesse d’aujourd’hui est assiégée d’innombrables tentations. » L’opéra se retrouve amené à ouvrir ses portes à de nouveaux supports de communication, comme Internet.

Dans son discours d’ouverture, l’écrivain Jacques Attali a exhorté les décideurs de l’univers de l’opéra à se lancer dans la révolution du web. Selon lui, le Web 2.0 et des initiatives comme ‘My Space’ et ‘You Tube’ pourraient réussir à transformer de simples spectateurs en actifs protagonistes.

C’est ainsi l’objectif poursuivi par l’Opéra national britannique avec son projet ‘Inside Out’. L’objectif : susciter l’intérêt d’un nouveau public pour l’opéra. La page d’accueil propose des cours de chant interactifs et chacun peut y télécharger un air d’opéra de sa composition puis inviter les cybernautes à émettre leur avis. Le site offre aussi la possibilité d’assister à des répétitions en temps réel et celle de commenter les dernières représentations dans des blogs conçus à cet effet.

Ce phénomène de virtualisation provoque toutefois certaines réticences chez les organisateurs de spectacles, dont certains pensent que « l’opéra doit conserver sa prise directe sur la réalité : ce qui fait sa singularité et ce qui lui confère un caractère unique dans un monde envahi par le virtuel ». C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré Kaspar Bech Holten, le jeune directeur de l’Opéra Royal de Copenhague lors d’un débat sur ‘l’Opéra et les technologies modernes’.

A ses yeux, l’opéra est de toute façon déjà en lui-même un moyen de communication interactif, en raison du pouvoir qu’il exerce naturellement sur les émotions et les sentiments des spectateurs. Il a ainsi suggéré aux jeunes de considérer l’opéra comme une sorte de ‘centre de fitness pour émotions’, suggérant d’aller à l’opéra, «  l’endroit rêvé pour entraîner tous les muscles sentimentaux qui commandent l’amour, la haine et l’envie. »

De l’argent

Achim Thorwald partage cette conviction qu’il faut interpeller les jeunes directement pour espérer les convertir à l’opéra. « A Karlsruhe, nous avons ouvert des clubs de jeunes et organisons des fêtes pour célébrer leur entrée à l’Université ».

Par ailleurs, son théâtre sert de cadre à des dimanches en famille où, tandis que les parents assistent au spectacle, leurs enfants sont conviés à participer activement à la représentation dans le cadre d’un atelier. « Les parents sont tout étonnés de constater à la sortie que leurs enfants ont perçu et vécu la musique tout comme eux » commente Thorwald, dans un sourire.

Hélas en Allemagne, les théâtres de moyenne dimension ont de plus en plus de peine à assumer les frais de telles entreprises. Thorwald déplore à cet égard le manque d’argent et de soutien politique tandis que Philippe Agid confirme cette situation financière bancale. « En comparaison avec les autres pays d’Europe, les autorités en Allemagne et en Italie ne cessent de réduire leurs subventions à la culture. En France, les théâtres se portent plutôt bien et l’opéra espagnol connaît actuellement un vigoureux essor  ». En bon gestionnaire, Philippe Agid préconise donc une culture de qualité en dépit des coupes à son budget.