Culture

Olga Rodríguez: «L’UE n’arrive pas à s’exprimer sur la situation en Palestine»

Article publié le 11 décembre 2009
Article publié le 11 décembre 2009
Cette journaliste de 34 ans a deux passions, le Moyen-Orient et les médias, et un cauchemar, une information aseptisée et mondialisée. Rencontre à Madrid.

Un jeune Israélien refusant de faire son service militaire, un ouvrier textile égyptien fortement impliqué dans un syndicat et critiquant sur son blog l’action du gouvernement Moubarak, une Iraquienne anciennement détenue à la prison d’Abou Ghraib, une jeune Syrienne rêvant de devenir actrice... Ces hommes et ces femmes, qui tentent de survivre dans une région empêtrée dans des problèmes en apparence insolubles, sont les personnages principaux du dernier livre d’Olga Rodríguez, intitulé El hombre mojado no teme a la lluvia (Editorial Debate, 2009). « Je voulais écrire sur ces personnes, dont on parle si peu dans les journaux, parce que ce sont elles qui subissent véritablement les conséquences de l’instabilité politique et militaire de la région », explique l’auteur, qui connaît bien la réalité du Moyen-Orient : sa première visite dans la région remonte à 2003, à l’occasion d’un reportage sur l’invasion de l’Irak.

« Nous, les journalistes, avons tendance à être très individualistes »

Olga ne s’est pas contentée de rencontrer ses personnages dans le cadre de voyages professionnels, elle s’est efforcée de les connaître le mieux possible, de garder le contact. C’est ainsi qu’elle a pu constater, mieux que personne, à quel point la situation s’est dégradée dans de nombreux domaines, ces dernières années dans la région. Mais l’Europe peut-elle y faire quelque chose ? Oui, selon Olga, qui estime que l’Europe n’a pas encore pleinement utilisé son potentiel : « L’UE n’arrive pas à s’exprimer clairement sur la situation en Palestine. La plupart du temps, nous nous contentons de financer la reconstruction des infrastructures détruites par les Israéliens. Je pense que l’Union européenne pourrait jouer un rôle bien plus important dans le cadre du conflit israélo-palestinien, au lieu d’avaliser simplement les décisions prises par les Etats-Unis. »

Médias à profusion et qualité médiocre

Il est bientôt minuit et l’interview se poursuit. Bien que nous ayons convenu d’un bref entretien, Olga tient à prendre le temps de m’expliquer son point de vue. S’il y a bien un sujet qui la passionne autant que le Moyen-Orient, c’est le journalisme. Olga partage l’avis de nombre de ses collègues quant à la difficile situation dans laquelle se trouvent actuellement les médias soucieux de diffuser une information de qualité. Et la crise économique n’est pas seule en cause. Selon Olga, la véritable crise que traversent les médias est une crise d’identité, qui dure depuis quelques années.

« Les grands groupes de communication européens – et le problème est le même au niveau mondial – ne semblent pas disposés à investir dans l’envoi de journalistes sur le terrain ou dans le recrutement de correspondants, remarque Olga. L’actualité internationale n’a pas l’air d’être une priorité. On préfère utiliser l’information envoyée par les grandes agences de presse car cela revient moins cher.Le problème est que ces agences produisent une information aseptisée, qui est en outre la même pour tous les médias.C’est dommage, parce que beaucoup de journalistes compétents et motivés sont obligés de confectionner des nouvelles à partir de 'copiés-collés' de dépêches élaborées dans une rédaction. Ce problème n’affecte pas seulement les sections internationales, il touche aussi les informations nationales, et même locales. » Olga est convaincue du fait que les lecteurs sauraient apprécier une information de qualité qui expliquerait les problèmes d’un monde de plus en plus globalisé et interconnecté. « Le problème ne réside pas dans la quantité d’informations diffusées, de plus en plus nombreuses, mais dans leur piètre qualité, qui n’est pas à la hauteur des moyens humains et techniques existants. »

Avant que nous nous séparions, Olga m’explique que cette situation déplorable pousse nombre de journalistes, frustrés par leur travail au service des grands médias, à tenter de mettre sur pied des projets alternatifs qui leur permettraient de réaliser le travail qu’ils pensent être de leur devoir d’accomplir. « Nous, les journalistes, avons tendance à être très individualistes. Le fait qu’un grand nombre d’entre nous mettent leurs efforts en commun pour essayer de changer les choses est déjà en soi plutôt encourageant. »

Crédits photos : Joseacavero/ Wikimedia