Culture

Nucléaire iranien : si Londres dit 'non'

Article publié le 20 février 2007
Article publié le 20 février 2007
Le 21 février, la résolution 1737 adoptée suite au refus de l’Iran de suspendre ses activités d’enrichissement de l’uranium arrive à échéance. L’heure est-elle encore aux négociations ?

« Les ennemis de l’Iran savent pertinemment que toute tentative d’agression contre notre pays entraînera une réaction de l’ensemble de la nation iranienne contre ses agresseurs et leurs intérêts dans le monde entier ». Les mots ont été prononcés par l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, lors d’une récente intervention télévisée.

Il apparait désormais évident que l’Iran ne cèdera pas aux exigences du Conseil de sécurité de l’ONU de suspendre la majeure partie de son programme nucléaire d’ici le 21 février.

Les déclarations du chef suprême iranien reflètent néanmoins la peur grandissante des Iraniens et des Européens de l’éventualité de représailles militaires de l’armée américaine à l’encontre de la République islamique.

Doit-on réellement craindre un tel scénario ? L’administration Bush, pour l’heure incapable de se sortir du bourbier irakien dans lequel elle s’est engagée, est-elle actuellement en mesure de supporter le coût d’une nouvelle guerre, en particulier contre un adversaire tel que l’Iran ? Le peuple américain soutiendrait-ils une action militaire ?

Des sources proches de la Maison Blanche assurent que oui tout en admettant que le seul véritable obstacle aux ambitions américaines en Iran reste notamment la Grande-Bretagne.

Des dissensions entre l’Union européenne et les États-Unis

Le 8 février, Gregory Schulte, ambassadeur des États-Unis auprès de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), chargée par l’ONU de la surveillance sur le nucléaire, a exprimé sa colère vis-à-vis de la complaisance européenne à l’égard du programme nucléaire iranien.

Au cours d'une conférence sur la sécurité à Munich, Schulte a violemment critiqué les gouvernements européens qu'il a accusé de ne pas appliquer les sanctions économiques imposées à l'Iran par le Conseil de sécurité des Nations Unies en décembre dernier.

« Face à l'attitude provocatrice des dirigeants iraniens, l'Union européenne doit soutenir notre stratégie commune », a annoncé Schulte, avant de poursuivre : « l'UE pourrait, par exemple, supprimer les crédits à l'exportation pour les produits exportés en Iran et décourager davantage les transactions financières et les investissements des entreprises européennes. »

Assez ironiquement, la frustration ressentie par l'ambassadeur américain s'explique par les liens économiques très forts qui unissent plusieurs pays européens à l'Iran.

Outre un intérêt économique évident, l'Union européenne a d'autres raisons de ne pas sanctionner l'Iran. D'après des sources proches de Javier Solana, ministre des Affaires étrangères de l'UE, l'Europe aurait une stratégie bien définie sur la manière de négocier avec le gouvernement iranien et ne voudrait pas que les États-Unis interfère dans ses plans.

Par ailleurs, les autorités européennes sont convaincues que c'est en renforçant les relations économiques avec l'Iran et les Iraniens qu'il sera possible de renverser le régime religieux actuel.

Royaume-Uni et syndrome de Panurge

En 2002, lorsque les États-Unis sont entrés en guerre contre l'Irak et venus chercher des alliés en Europe, ils sont également parvenus à la diviser en deux. D'un côté, l'Allemagne et la France, de l'autre, l'Italie, l'Espagne et la Grande-Bretagne.

La décision de Tony Blair de se ranger derrière Bush a joué un rôle déterminant dans la masure où elle a fait basculer la balance du pouvoir en Europe et a conféré à des « poids légers » de la scène internationale, tels que l'Italie, l'Espagne et le Danemark, la légitimité de prendre part à un conflit rejetée par les opinions publiques respectives.

Mais alors que le gouvernement américain prépare à l'attention de la communauté internationale un discours destiné à légitimiser une guerre en Iran, le Royaume-Uni a décidé cette fois de ne pas se ranger derrière son cousin américain. Le gouvernement Blair adoptera ainsi la position de la France et de l’Allemagne, tout comme l’Italie, l’Espagne et le Danemark.

« Blair ne s’engagera jamais au côté de Bush dans une guerre contre l’Iran », a déclaré une source anonyme. Qui assure que le Royaume-Uni et le ministère des Affaires étrangères de l’UE travaillent plus que jamais en étroite collaboration pour trouver une solution diplomatique au conflit.

Pas d’alliance Blair-Bush, ni de conflit armé

Selon les spécialistes britanniques des relations internationales, sans alliance entre les États-Unis et l’Europe, il est peu probable que l’administration Bush soit en mesure d’entreprendre d’action militaire contre l’Iran.

Par le passé, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont déjà négocié avec succès avec l’Iran, notamment sur le dossier de l’enrichissement de l’uranium, en échange de certains avantages économiques. Il se pourrait que ce soit à nouveau le cas, si l’on en croit un rapport du think tank américain ‘Crisis Action’.

Ce rapport, soutenu par divers groupes de réflexion influents, serait favorable à une solution diplomatique à la crise internationale actuelle. Il souligne, par exemple, que « le Royaume-Uni a un rôle de médiateur à jouer entre l’Union européenne et les États-Unis dans le bon déroulement de ce processus. »

Toujours selon ‘Crisis Action’, « les conséquences d’une intervention militaire pourraient être à ce point désastreuses que les différents gouvernements impliqués dans la crise ont le devoir d’envisager l’ensemble des solutions diplomatiques à une sortie de crise. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. »