Culture

« Le libéralisme est la dernière grande religion de l'Occident »

Article publié le 23 janvier 2007
Article publié le 23 janvier 2007
A la veille d'une nouvelle édition du Forum économique mondial qui s'ouvre le 24 janvier à Davos en Suisse, certains s’interrogent sur le rôle que joue l'UE dans la mondialisation.

David Calleo, 63 ans, est un professeur d'économie politique américain, titulaire d’un doctorat de l'Université de Yale. Directeur du programme d'Etudes européennes à l'Université Johns Hopkins à Washington, ce fils d’immigrés italiens confesse une grande admiration pour Napoléon et affirme que l’UE doit se maintenir comme un contrepoids amical à l’influence des Etats-Unis.

Le plombier polonais en Amérique

Les dilemmes économiques mondiaux comme les délocalisations, le flux de capitaux ou les problématiques environnementales existent aussi en Europe : il n’y qu’à se souvenir des débats sur l’élargissement à l’Est ou du tollé autour du mythe du plombier polonais censer casser les salaires en Europe occidentale. Aux yeux de Calleo, de telles questions ne sont néanmoins pas aussi problématiques que les défis représentés par l’Inde ou la Chine : «les pays d’Europe de l’Est attirent pour l’instant les investisseurs grâce aux salaires peu élevés mais au fur et à mesure de leur intégration dans l’Union, ils vont vite s’aligner sur les tarifs Occidentaux. »

Calleo n’hésite d’ailleurs pas à critiquer les élargissements de 2004 et de 2007 : « la procédure a été précipitée. Le vrai problème c’est le fossé entre l’Est et l’Ouest à propos des questions institutionnelles, des relations transatlantiques, de la politique étrangère et de sécurité commune ou du degrè d’intégration politique du continent. »

Une ‘eurosclérose’

Alors que le libéralisme est toujours en vogue, Calleo estime que « le commerce international doit être régulé pour ne pas mener à une détérioration inacceptable de la qualité de vie des travailleurs européens, conséquence d’une concurrence excessive de main d’œuvre bon marché.»

La taille d'un Etat a ainsi son importance : « la Chine ou l’Inde sont de grandes nations avec d’immenses marchés intérieurs : leurs gouvernements ne peuvent donc pas continuer prétendre être des économies dépendant entièrement de leurs exportations comme de petits pays comme Hong Kong ou la Corée du Sud. » Selon lui, le libéralisme excessif sans aucune considération sociale, est trop souvent aux yeux de Calléo « la dernière grande religion d’Occident. »

Evitant les comparaisons simplistes entre la croissance économique de l’Europe et des Etats-Unis, il juge que « l’Europe a souffert durant de nombreuses années d’un taux de chômage plus élevé que les Etats-Unis, avec néanmoins des niveaux de pauvreté et d’inégalité plus faibles ». Selon lui, « ni les politiques de stimulation de la demande par l’augmentation des salaires ou l’investissement public, ni les politiques d’équilibre budgétaire ou de réduction d’inflation ne sont suffisantes ». En clair, protéger les emplois de l’industrie européenne d’une compétition étrangère excessive est impossible.