Culture

Natalie Weiss : Blogueuse allemande à la mode parisienne

Article publié le 7 septembre 2010
Article publié le 7 septembre 2010
Depuis 2008, Natalie Weiss, alias Schnati, rédige pour Les Mads (les Mademoiselles), considéré comme le plus grand blog de mode allemand. Récemment, elle a créé le sien sur lequel elle présente ses créations, partage points de vue et projets, tout en scrutant d’un œil alerte le moindre tressaillement dans l’univers des nouvelles élégances.

Schnati achète pas mal de ses vêtements dans des magasins vintage, mais aussi chez H&M« Quand j’entendais dire que Paris était mort au mois d’août, je pensais toujours qu’il s’agissait d’une blague. » Balayant d’un coup d’œil rapide le flot de touristes qui déambulent dans le Marais en ce jour de torpeur estival, Schnati ne peut s’empêcher de rire : « Pourtant c’est vrai. Comme tu le vois, ici, il n’y a personne ! » Nous nous asseyons dans un bar où elle s’empresse de commander des tartines beurrées : « Désolé, je n’ai encore rien eu le temps d’avaler ce matin. »Ce séjour à Paname dans le cadre de ses études aura permis à la jeune femme de bloguer sur un sujet qu’elle affectionne particulièrement : la mode et tous ses accessoires. Dans le courant du mois d’octobre, elle sera de retour à Cologne où elle poursuit des études de communication et de journalisme. « Malheureusement, déplore-t-elle, à la rentrée il y aura beaucoup trop d’informatique au programme. » Si elle a choisi de passer son Erasmus à la Sorbonne Nouvelle où elle a suivi des cours de cinéma, c’est avant tout parce que son petit ami est français. « Et bien entendu, aussi, parce que Paris reste la capitale absolue de la mode. » s’empresse-t-elle d’ajouter. Elle admet cependant volontiers que le déroulement de son programme d’échanges n’est pas des plus typiques : « Les choses se passent différemment quand tu vis sur place avec ton partenaire. Quoiqu’il en soit, les cours que j’ai suivis ici me donnent droit à des unités de valeur, une fois rentrée à Cologne. »

L’oiseau rare de la toile

Das Bild ist Teil der Serie "Gipsy", fotografiert von Schnatis FreundSous une longue chevelure brune et bouclée, vêtue d’un chemisier noir à pois clairs et d’un pantalon beige collant, un long collier orné de petites clés pendant autour du cou, Schnati me parle de ses photos d’accessoires qu’elle présente plusieurs fois par semaine sur son site. Sur Schnati à Paris, les internautes peuvent exprimer leur opinion : « Les commentaires sont toujours extrêmes ; soit les gens trouvent que les objets sont absolument géniaux, soit ils se plaignent. Malheureusement, les critiques constructives sont rares. J’ai le sentiment que certaines personnes sont jalouses, peut-être parce qu’elles aimeraient bien, elles aussi, gagner de l’argent avec leur blog. »

Il est vrai que sur la toile, Schnati fait encore figure d’oiseau rare. Du moins, en Allemagne où un blog rémunéré n’est pas chose courante. « A ce sujet, on profère beaucoup de bêtises », soupire-t-elle comme pour montrer qu’elle est confrontée aux médisances. « Ma soeur Jessica et sa partenaire Julia Knolle ont conçu les Mads en 2007. A leur début, elles ont soumis leur projet aux décideurs des éditions Burda. Ces derniers, intéressés, choisirent de participer au projet. » Or, ce partenariat d’un genre nouveau n’a pas manqué de faire des gorges chaudes. « Sur notre blog, nous gardons une très grande liberté qui est pour ainsi dire sans limites. D’ailleurs, il apparait clairement sur le site que nous sommes des employées. Malgré tout, nous restons fidèles à nous-mêmes, les éditeurs n’interfèrent pas dans nos affaires. »

« En Europe, une blogueuse de treize ans qui blogue et court les défilés n’est pas chose courante. »

Pour l’instant, alors que sa sœur Jessica se consacre à plein temps aux Mads, le blog de Schnati reste un job d’étudiante « Bien sûr, pendant le semestre, j’ai beaucoup œuvré sur mon blog. En ce moment, j’y passe d’ailleurs la majeure partie de mon temps. La quantité de travail fournie reste souvent sous-estimée. Les gens ne voient que les articles rédigés sur le site, mais ils n’ont pas conscience de tout le temps passé en recherches sur la Toile afin de les écrire. » Après lui avoir demandé si elle est acceptée par les médias, Schnati réfléchit un instant avant de répondre : « Nous commençons à être prises un peu plus au sérieux. Nous recevons maintenant des invitations de la part des stylistes et des marques. Aux Etats-Unis, les réactions sont tout à fait différentes. Bien plus en avance. A l’opposé, en Allemagne, une adolescente de treize ans qui blogue et court les défilés ne serait pas une chose bien acceptée. Aux USA, les blogueurs se chargent eux-mêmes de leur propre promotion publicitaire. Le phénomène n’a pas à surmonter autant d’obstacles qu’en Europe. L’interconnexion entre blogueurs y est beaucoup plus développée. »

Schnati sieht sich selbst als "Vor-Ort-Bloggerin" und berichtet besonders gerne von Mode-Events - die Einladungen dazu flattern immer öfter ins HausPourtant, bien que tout reste encore entravé par les spécificités nationales, un phénomène similaire se profile déjà dans la blogosphère européenne, encourageant ainsi l’échange au-delà des frontières. Selon Schnati, il y a toujours dans chaque pays des différences d’approche sensibles. En France, par exemple, l’espace commentaires est beaucoup plus utilisé qu’ailleurs. En matière de mode, je me demande si Paris a changé quelque chose dans sa manière d’être : « Bien sûr, admet-elle, la ville où tu vis a une incidence sur toi. Cependant, si tu as déjà trouvé ton propre style, l’influence du milieu ambiant n’est que secondaire. » Pourtant, elle reconnait qu’auparavant elle n’avait jamais fait les boutiques comme en France. Mais sans jamais vraiment acheter : les articles y sont plus chers qu’en Allemagne. Des traits de comportements locaux la poussent-elle parfois à se sentir Allemande ? : « Je ne me sens vraiment Allemande que quand les gens autour de moi ne tiennent pas leurs engagements, assène-t-elle, avant d’ajouter avec le sourire, d’un autre côté, j’ai su aussi me plier aux bonnes manières françaises… Après tout, ne suis-je pas arrivée en retard tout à l’heure ?

Photos: ©Natalie Weiss/Schnati à Paris