Culture

Miss Platnum : «Un air de différence»

Article publié le 21 avril 2009
Article publié le 21 avril 2009
Jeune rappeuse de 27 ans, originaire de Roumanie mais installée à Berlin, Miss Platnum, au look très kitch, s’élève contre la dictature de la minceur, les contraintes du paraître et se dit sans détours terre à terre. Elle sera au Printemps de Bourges le 26 avril.

(Four Music Production)Assise en terrasse d’un café russe à Kreuzberg, le quartier très coloré de Berlin, j’attends Miss Platnum. Je suis toute impatiente car l’artiste est bien connue pour ses entrées en scène fracassantes et son look excentrique à mi-chemin entre la « baronne-tzigane », la diva de la soul et la rappeuse bling-bling. Avec son fort accent roumain, qu’elle continue d’ailleurs à cultiver, son orchestre d’instruments à vent et ses choristes habillées de façon au moins aussi voyante qu’elle, elle chante ses chansons à pleine voix de chanteuse soul. Son dernier album Chefa l’a fait connaître, en particulier grâce à la collaboration de Peter Fox, le légendaire chanteur de Seeed, la référence reggae selon la radio berlinoise Multikulti. Après un été bien rempli à participer à divers festivals, Miss Platnum, alias Ruth Maria Renner dans le civil, est revenue à Berlin pour travailler à un nouvel album qui devrait sortir au printemps prochain.

Elle arrive, avec une demi-heure de retard, et nullement à l’arrière d’une limousine mais sur une vieille bicyclette. « Toutes mes excuses, j’arrive tout juste d’une interview à la radio et cela m’a retardée un petit peu », me dit-elle poliment. Puis, elle ajoute : « Je suis aussi un peu fatiguée car nous avons fait la fête hier. » A vrai dire, elle n’a pas l’air trop K.O. La femme que tout le monde connaît, avec son maquillage outrancier, ses manteaux en fausse fourrure et quelques fois même une petite couronne sur sa luxuriante chevelure, est arrivée pour l’interview sans maquillage aucun, portant un pantalon de couleur mauve, une chemise à carreaux et une veste d’aspect brillant. Pas vraiment le genre souris grise, mais rien non plus qui fasse sensation dans cette région de Berlin.

Ne pas ranger dans des cases

Malgré ses 27 printemps, Ruth a déjà beaucoup vécu. Originaires de Timişoara, en Roumanie, ses parents ont émigré en Allemagne en 1989, peu avant la chute du régime de Ceauşescu, laissant leur fille de 8 ans chez ses grands-parents avant de revenir la chercher six mois plus tard. Qu’est-ce qui l’a marquée de son enfance roumaine ? Qu’a-t-elle en elle d’allemand ? Et de roumain ? « C’est un cliché que de dire que les Allemands sont très corrects, et ponctuels. Ça, je ne le suis pas, ça s’est bien vu aujourd’hui ! Peut-être que pour certaines choses je suis un peu plus légère, et un peu moins mesquine, mais ça ne veut pas dire que je trouve tous les Allemands bornés. Je trouve débile de tout vouloir mettre dans des cases. »

Devenir chanteuse, c’était le rêve le plus cher de Miss Platnum, depuis toujours. Elle a néanmoins attendu un an après le bac avant de vraiment oser essayer de réaliser son rêve. Son premier album a toutefois fait un quasi flop et n’est pas pour grand-chose dans sa notoriété actuelle. Un revers douloureux dont elle ne se remet toutefois pas si facilement. Au contraire, drogue et alcool sont toujours au programme. « J’ai joué avec l’idée de tout laisser tomber parce que je ne savais plus du tout par où commencer. Je pensais vraiment que j’avais tout bien fait et avais tout mis dans cet album. Et puis, un jour, j’ai remarqué qu’il était trop quelconque, trop ressemblant à ceux d’autres musiciens. Et par bonheur, j’ai eu l’idée de me concentrer davantage sur moi et sur ce que j’ai de propre, de spécial. »

Cheese cake et chicken wings

Les concerts de Miss Platnum ont quelque chose de sauvage. On y chante, on y danse beaucoup et, à la fin, on ne se refuse pas un ou plusieurs verres de vodka. « Mon but, avec ma musique, c’est de rendre les gens heureux. C’est tout simplement fou ce que la musique peut t’apporter, et encore plus super de savoir que tu peux partager cette sensation avec d’autres gens. »

Son mot-clé est joie de vivre. Dans sa chanson Give me the food, Miss Platnum chante le plaisir de manger, des chicken wings épicés au café avec beaucoup de crème en passant par le cheese cake. Ce qui a permis de la cataloguer porte-parole des femmes un peu rondes. Quelque chose qui ne manque pas d’être indiqué dans tout article la concernant. « Dans mon métier, c’est simple, la plupart des chanteuses sont maigres, voire décharnées, et se précipitent chaque jour dans une salle de fitness. D’accord, je fais aussi du jogging, mais je refuse d’avoir faim. Je leur trouve un air de merde, malsain. Cela devrait être normal qu’il n’y ait pas un seul type de silhouette. C’est comme pour le business de la chanson : tout ne peux pas être semblable, tout, avoir le même air. »

Et comme pour souligner ce qu’elle vient de dire, la voilà qui boit une grosse gorgée de son Coca (pas light !). Qu’est-ce qui lui importe encore ? « Ma vie doit s’écouler décontractée. Je hais le stress à tous égards. Pas parce que je suis paresseuse mais parce que je trouve que cela ne sert à rien. Ça te rend nase et ça rend les choses malsaines. » Une vie décontractée, un job de rêve, le succès et la reconnaissance de son public, le doute ne semble pas troubler Miss Platnum outre mesure. « Parfois, je regarde ce que je fais et je me dis que tout est bien égoïste. Ma profession n’a rien de social, je ne peux pas aider les autres. Je suis toujours à la recherche de ce qui pourrait me donner le sentiment que je suis capable de donner directement. Cela me manque encore dans la vie et je pense que c’est important. »

Une chanson contre le paraître

Elle s’intéresse à des thèmes politiques et sociétaux, et cela ne se voit, pas seulement dans ses chansons comme, par exemple Marry me dans laquelle elle parle des mariages blancs entre femmes de l’Europe de l’Est et hommes de l’Europe de l’Ouest, mais aussi dans ses paroles : « Je nous souhaite moins d’intolérance dans le monde. Je suis malheureusement quelquefois intolérante moi-même. On est simplement trop paresseux pour réfléchir à ces choses. Ici, en Allemagne, j’ai le sentiment que beaucoup ne savent pas du tout ce qui ne va pas. Ça serait bien si on pouvait changer le système de façon que les gens deviennent conscients de ce qu’on peut faire soi-même. Je crois que ce n’est à vrai dire pas difficile du tout. Mais on ne se facilite pas les choses. »

Pour son avenir personnel, Miss Platnum, la chatoyante diva de la scène, se souhaite quelque chose de très terre à terre : « Je souhaite rester en bonne santé, avoir toujours assez d’énergie et de créativité. Je souhaite également avoir un jour une famille et une petite maison, peut-être à la campagne. »

Cette interview a été publiée une première fois le 14 novembre 2008.