Culture

Michel Houellebecq : la Soumission de l’Allemagne 

Article publié le 26 janvier 2015
Article publié le 26 janvier 2015

Pourquoi les Allemands sont-ils autant fascinés par l’écrivain français Michel Houellebecq, dont le dernier roman polémique, Soumission, s’est vendu  à 100 000 exemplaires en trois jours après sa sortie dans les librairies allemandes ?

Quand on parle des Français, il y a des choses que les Allemands ne comprennent pas – et inversement. Par exemple, les Allemands se demandent comment les Français peuvent-ils bien ingurgiter, quotidiennement, plusieurs plats à chaque repas sans devenir obèses (du moins, moins obèses que d’autres – un mystère qui peut rapporter beaucoup d’argent à ceux qui tentent de l’élucider). Quant aux Français, ils sont agacés par l’enthousiasme dont les Allemands font preuve pour l’auteur à scandale, Michel Houellebecq. Certes, les Français se sont habitués à sa présence, mais, sérieusement, que trouvent nos voisins allemands à cet auteur à l’apparence ravagée ? 

Un désespoir total et sans fin conjugué à l’ennui

En réalité, l’Allemagne ne s’est pas soudainement énamourée de l’auteur du best-seller Soumission, dont la popularité aurait notamment pu être due aux récents événements. Dans son roman, Houellebecq imagine un avenir sinistre pour la France et pour François, son personnage principal, un professeur à l’université. Les élections présidentielles de 2022 se soldent en effet par la victoire d’un parti musulman modéré contre le Front national de Marine Le Pen.

Déjà, en 2005, Les Particules élémentaires a été porté à l’écran en Allemagne. Réalisé par un Allemand et joué par de grands noms du cinéma allemand. Et, soudainement, l’ensemble de l’intrigue était allemande. Pourquoi Houellebecq est-il si bien accueilli outre-Rhin ? Voici un début de réponse : parce qu’il n’existe tout simplement pas d’équivalent à l’auteur français ni à sa création littéraire. 

« Elementarteilchen » (2006) par Oskar Roehler

Aucun écrivain d’âge moyen écrit sur des hommes d’âge moyen qui ont une relation étrange avec les femmes en général et leur propre vie sexuelle en particulier – à l’exception de Michel Houellebecq. L’atmosphère qui règne dans ses livres est celle d’un désespoir total et sans fin conjugué à l’ennui. Les protagonistes, qui ne se supportent pas eux-mêmes, présentent le plus souvent une absence totale de dispositions sociales.

Et, en Allemagne, c’est la raison pour laquelle l’on trouve cela super : cela vient de France et semble donc, d’une certaine manière, intellectuel et osé. Houellebecq renvoie l’image à la fois d’une personnalité publique et d’un intellectuel et, en Allemagne, c’est une espèce assez rare. Quant à ceux qui expriment dans leurs écrits ce qu’ils pensent de certains débats politiques, l’on aurait souvent préféré qu’ils s’abstiennent

Très français

Houellebecq a également l’avantage de ne pas être allemand. Pour nos voisins, il représente tout ce qu’il y a de français : cigarette aux lèvres, une impression d’ennui spirituel sur le visage, des vêtements amples au goût douteux, ainsi qu’une aura mystérieuse. À la suite de son unique apparition en Allemagne, lundi 19 janvier, à Cologne, le journal Die Zeit a écrit que Houellebecq agissait « comme s’il suivait la mise en scène de son propre roman : traînant les pieds, le visage froissé, vêtu d’un vieux parka, d’un pantalon bien trop court et d’une veste en jean informe. L’ennui personnifié. » Ah, ces Français. Tellement anticonformistes et rasoirs !

La suite du feuilleton allemand sur le passage de l’auteur français a été ponctuée d’un « Je m’en fous ». Après tout, les gens avaient espéré obtenir des réponses de cet homme mal sapé, auteur du livre du moment et encensé par la critique littéraire. Alors, monsieur Houellebecq, qu’en est-il désormais de l’islam en France ?

Malheureusement, l’auteur lui-même n’a absolument aucune envie de répondre à ce genre de questions. Le Süddeutsche Zeitung a ainsi écrit : « Lorsqu’il s’agit de politique, Houellebecq devient très distant. C’est qu’il ne se voit, en effet, pas responsable, et ce bien qu’il ait écrit un roman considéré par beaucoup comme une bombe politique. » Assez médiocre pour le Français perçu dans Die Welt comme le successeur de Sartre et Foucault (il faut admettre qu’il partage avec Sartre le mauvais goût vestimentaire).

D’assez bons livres

Bon, alors, pourquoi les Allemands aiment-ils tant Michel Houellebecq ? Certainement pour ce je ne sais quoi avec lequel les Français naissent. Et puis, le fait que Houellebecq écrive d’assez bons livres qui, parfois, perturbent mais donnent également matière à réfléchir. Ça aussi, ce doit y être pour quelque chose.

Au final, prenez : un Français, gros fumeur, mal vêtu, mal luné. Ajoutez-y un talent pour l’écriture et un flair pour les sujets polémiques. Saupoudrez l’ensemble d’une pincée d’arrogance et d’un rapport perturbé avec les femmes et la sexualité. Et voilà : vous obtenez un écrivain qui plaît aux Allemands.