Culture

Meurtre d'une militante russe des droits de l'homme

Article publié le 17 juillet 2009
Article publié le 17 juillet 2009
Mercredi, des inconnus ont enlevé et tué la militante russe des droits de l'homme Natalia Estemirova dans la capitale tchétchène Grozny. Elle travaillait pour l'organisation de défense des droits de l'homme "Memorial" et était considérée comme très proche de la journaliste Anna Politkovskaïa, également assassinée.

El País - Espagne

(courtesy of ©RAW in WAR/ rawinwar.org)"Il existe peu de choses en Russie qui ont moins de conséquences que le meurtre de ceux qui montrent le mépris ambiant à l'égard des droits de l'homme", écrit le quotidien progressiste de gauche El Pais : "L'assassinat de Natalia Estemirova met à nouveau en lumière l'urgente nécessité pour l'Europe et les Etats-Unis, qui ont exprimé leur colère hier, de placer le thème des droits de l'homme au centre de tous les dialogues avec Moscou. … Aussi bien pour l'UE que pour les Etats-Unis, où Barack Obama joue ces jours-ci avec l'idée médiatique de faire repartir de zéro les relations entre Washington et Moscou, une Russie démocratique constituerait un partenaire largement plus digne de confiance et plus solide … que l'actuelle [Russie] autoritaire."

(17.07.2009)

Delo - Slovénie

L'assassinat de Natalia Estemirova représente un tournant singulier pour la Russie.

L'assassinat de la militante des droits de l'homme Natalia Estemirova a des répercussions sur la couverture médiatique de la région en conflit du Caucase du Nord, écrit le quotidien Delo: "L'assassinat de Natalia Estemirova, qui a obtenu le prix Nobel alternatif ..., représente un tournant singulier pour la Russie. Jusqu'à présent, les militants des droits de l'homme étaient les seules sources d'information sur les atrocités en Tchétchénie. C'est pour cela qu'on les tue les uns après les autres. Mais qui dira la vérité sur le Caucase du Nord si ces courageux reporters se taisent eux-aussi ? Il est donc grand temps que la communauté internationale ouvre enfin les yeux. Les crimes commis par l'armée russe et ses complices ne sont en effet pas moins horribles que ceux de [l'ancien président serbe Slobodan] Milošević en ex-Yougoslavie."

(17.07.2009)

Die Presse - Autriche

(Image: courtesy of ©RAW in WAR/ rawinwar.org)Natalia Estemirova est la dernière victime de toute une série de meurtres perpétrés contre des défenseurs des droits de l'homme en Russie et qui pour la plupart demeurent non-élucidés, écrit le quotidien Die Presse : "La justice russe est sensible à la lumière. Cette agression contre toute forme de transparence pourrait être une raison pour laquelle des dizaines de meurtres perpétrés à l'encontre de journalistes et de militants des droits de l'homme restent non élucidés. Particulièrement les personnes dans l'ombre et les donneurs d'ordre restent souvent cachés. Ainsi le cas [de la journaliste Anna] Politkovskaïa, que le Parquet voulait clore rapidement en condamnant des complices bien que les donneurs d'ordre soient restés inconnus jusqu'à aujourd'hui. Il en va de même dans le cas du [journaliste] Paul Khlebnikov pour qui non seulement les donneurs d'ordre mais aussi les acteurs restent en liberté. … Cette tradition ne présage rien de bon non plus dans le cas de la militante des droits de l'homme tchétchène Natalia Estemirova."

(17.07.2009)

Corriere del Ticino - Suisse

Le président russe a avoué que le meurtre de Natalia était étroitement lié à son activité de militante

Le quotidien progressiste Corriere del Ticino présume que le président russe Dmitri Medvedev pourrait s'émanciper du clan du Premier ministre Vladimir Poutine par sa réaction concernant le meurtre de Natalia Estemirova : "Le président russe est indigné … et a également concédé que le meurtre de Natalia Estemirova était étroitement lié à son activité de militante des droits de l'homme. La question est de savoir si cette sensibilité accrue que le nouveau chef du Kremlin affiche au grand jour sera aussi suivie d'un changement de cours de Moscou en matière de défense des droits de l'homme ou s'il ne s'agit uniquement que d'une réaction de façade face à l'émoi que ce nouvel acte sanglant a soulevé auprès de la communauté internationale. Le silence de Poutine, qui de par son rôle de chef du gouvernement collabore étroitement avec Medvedev, sur l'événement n'est pas un signe encourageant. Peu encourageant est également le fait que l'enquête concernant le meurtre de Natalia Estemirova a été confiée à Alexander Bastrikin. C'est le responsable controversé de la commission d'enquête. Il est lié à Poutine et on parle beaucoup de son échec dans le cas Politkovskaïa."

(17.07.2009)

Gazeta Wyborcza - Pologne

(Image: family archive, courtesy of ©RAW in WAR/ rawinwar.org)Le quotidien progressiste Gazeta Wyborcza se penche sur les objectifs politiques de la militante Natalia Estemirova en Tchétchénie : "Il est, d'un côté, positif que l'on puisse trouver des gens tels que Natalia Estemirova aux quatre coins de la Russie. D'un autre côté, il est tragique qu'ils se trouvent toujours en ligne de mire. Et les choses sont mal parties pour que cela change rapidement. … Estemirova - tout comme [Anna] Politkovskaïa d'ailleurs - ne soutenait pas l'indépendance de la Tchétchénie. Elle était contre les fanatiques qui ont dominé la Tchétchénie sans dirigeant dans les années 1990, et qui ont tenté d'y introduire la charia [droit islamique]. Et pour qui en réalité seuls comptaient l'argent et le fait d'exercer le pouvoir sans le partager. … Estemirova voulait que la Tchétchénie obtienne une véritable autonomie au sein de la Russie. Et elle ne voulait pas que l'on en vienne dans cette région à la violence et à la privation des droits - quels que soient les dirigeants de la République."

(17.07.2009)