Culture

'Mein Führer' : comédie noire sur les chemises brunes

Article publié le 15 janvier 2007
Article publié le 15 janvier 2007
Quand Dani Levy, un réalisateur suisse de confession juive, tourne une comédie sur Hitler, les Allemands se demandent une nouvelle fois si l'on peut rire de tout.

Il y a certains films qu’il faut absolument avoir vu car tous les autres l’ont fait. C'est le cas de 'Mein Führer : la vérité vraiment la plus vraie sur Adolf Hitler', sorti le 11 janvier sur les écrans outre-Rhin, est arrivé en tête du box office allemand lors de son premier week end d'exploitation. Son pitch ? Une comédie sur le troisième Reich.

Un coach pour dictateur

1944-45 : Adolf Hitler, joué par Helge Schneider, va mal, très mal. Il est déprimé et profondément vexé par cette guerre contre les Alliés, qui est quasiment perdue. Le ministre de la Propagande Joseph Goebbels, incarné par Sylvester Groth, tente alors désespérément de le remettre sur pied afin de lui faire tenir un grand discours à Berlin, « comme au bon vieux temps ». Mais pour cela, Hitler a besoin d’un coach pour le motiver.

Goebbels se souvient alors de Grünbaum (Ulrich Mühe à l’écran), un professeur de théâtre juif. Ce dernier emrpisonné dans le camp de concentration de Sachsenhausen se voit immédiatement libéré pour refaire d’Hitler un véritable dictateur. Au programme de sa remise « en forme » : des exercices de respiration ou quelques astuces psychologiques pour faire taire sa mauvaise conscience.

'Mein Führer...' est certain d’attirer l’attention du public. L'acteur Ulrich Mühe a déjà brillé cette année dans le long métrage 'La vie des autres' pour lequel il a obtenu le Prix européen du film lors des Oscars européens à Varsovie en décembre dernier. Le comédien qui campe Hitler est également l’un des comiques allemands les plus connus. Quant à Dani Levy, le réalisateur, il a obtenu en 2005 le prix Ernst-Lubitsch, s’inscrivant désormais dans la filiation du grand cinéaste américain d'origine allemande, seul auteur en 1942 à Hollywood d'une comédie sur les nazis «Etre ou ne pas être ».

Daniel Lévy et son film occupent déjà des pages entières dans les journaux et magazines spécialisés. Avant même que le film 'Mein Führer' ne sorte dans les salles obscures, les Allemands débattaient à nouveau de leur passé. Peut-on vraiment rire d’Hitler ?

Des vaisseaux de guerres comme jouets

Selon Daniel Lévy, la réponse est 'oui'. Il est effectivement difficile de ne pas pouffer face à la scène où Hitler, déguisé en saucisse ridicule, joue dans son bain avec des bateaux de guerre ou lorsque l’on apprend que l’affreux dictateur était maltraité par son père. Mais l’interprétation de Helge Schneider est bien le seul ressort comique du film. L’ensemble reste assez convenu, avant tout parce que le récit est raconté du point de vue de Grünbaum, le coach juif, dont l’histoire est trop grave pour être drôle. Non, les camps de concentration ne font décidément pas rire.

La leçon du film, c'est qu’Hitler en tant que personne n’était pas seulement monstrueux et inhumain mais aussi ridicule. Evidemment 'Mein Führer' fait rire (jaune) de temps en temps et les spectateurs du reste de l’Europe en feront sans doute de même. Mais pour ces derniers, ce long métrage restera surtout marqué du sceau du politiquement correct.

'Mein Führer - ...' est sorti le 11 janvier en Allemagne. Il devrait sortir dans les salles européennes dans le courant de l’année.