Culture

Matthieu Saglio, éternel Erasmus : «Le violoncelle est un instrument merveilleux»

Article publié le 5 mars 2010
Article publié le 5 mars 2010
Violoncelliste français au cœur espagnol, Matthieu Saglio nous a promené dans les rues de Lisbonne, entre projets musicaux métissés et amour à la mode Erasmus

Après une prestation acclamée à L'Institut Franco-Portugais de Lisbonne, j'avais rendez-vous avec le violoncelliste français Matthieu Saglio pour un entretien-ballade dans une Lisbonne fraîche mais ensoleillée. A l'heure, décontracté sous son chapeau à carreaux, l'artiste qui vit aujourd'hui à Valence débarque, appareil photo autour du cou : « Je suis un vrai touriste ! » s'excuse-t-il presque. Après avoir parcouru le très chic quartier de Graça, on se cale dans les sièges du café au Chapitô, le quartier général de la vie culturelle de Lisbonne.

De Rennes à Valence

Le violoncelliste Matthieu Saglio visite Lisbonne« J'ai commencé dès l'âge de 8 ans », commence Matthieu, «on le voit tout de suite quand on est petit, si on va être musicien ou pas». Ses parents n'en ont pas douté une seconde, en l'inscrivant dare-dare au Conservatoire de Rennes. Attiré par la flûte, il doit y renoncer, la faute à ses doigts trop petits ! C'est donc un peu par hasard qu'il découvre le violoncelle, «un instrument merveilleux qui donne la possibilité de faire plein de choses». Pourtant, jeune, il a failli tout arrêter : «A l'âge de 12 ans les intérêts étaient différents». Trop dur, au point de baisser les bras ? Sa mère refuse ; celle qui regrette tant d’avoir abandonné le piano quand elle était jeune lui force un peu la main. Aujourd'hui, il lui doit beaucoup. Mais c'est une autre femme qui l'a poussé à quitter la France. Étudiant en agronomie à Nancy, il tombe raide amoureux d'une étudiante espagnole en Erasmus, au point de la suivre à Valence, encore merci Erasmus, avant de rentrer à Rennes pour terminer ses études. Déterminé, il retournera en Espagne faire un master, pour la forme, mais surtout pour se marier, faire deux enfants, et se consacrer à la musique à plein-temps !  

Violoncelliste inclassable

La musique, c'est sa vie, mais, comme dans toute vie de couple, il ne la conçoit pas sans un bon public : «Je suis comme un oiseau en cage quand je ne joue pas» avoue l'artiste. Drogué de l'applaudimètre, il est aussi accroc du métissage musical, et reconnaît volontiers préférer évoluer «en dehors des chemins classiques“. Pensez un peu, un violoncelliste formé au classique qui se tourne vers le jazz, puis introduit pour la première fois un violoncelle en flamenco, avec le groupe Jerez-Texas, avant de monter un quartet composé d'un percussionniste panaméen, d'un pianiste espagnol et d'un joueur de kora sénégalais ! Son concert à l'Institut Franco-Portugais de Lisbonne, diffusé en direct sur Antena 2, radio référence de la musique classique au Portugal, était un bon signal : Matthieu a eu trois rappels, ses CD sont partis comme des petits pains. La suite ? Son nouveau projet, Cello Solo, seul avec son violoncelle : «Ce projet solo est très original et sincère, je crée un bon rapport avec les gens». Une recette qui semble porter ses fruits ; un soir, la salle d'un café-concert en reste même bouche-bée : «Il n’y avait que du silence autour de mon violoncelle!» se souvient-il encore.

Musique d'expat

Le coeur d'Erasmus du violoncelliste français bat pour LisbonneOn retourne ensuite se balader vers Graça et son église majestueuse. Devant le miradouro, il revient sur sa vie d'expatrié en Espagne : «Je ne me suis jamais senti étranger dans cette ville», sourit-il. Matthieu est un amoureux de Valence, mais il sait aussi en voir les défauts. Entre la coupe d'Amérique et le grand prix de Formule 1, il y a peu de place pour les projets sociaux dans cette ville qui monte et se façonne une image de ville riche, regrette l'artiste. Dans cette ambiance «show biz», la culture doit être une activité rentable. Et le public, chaleureux et nombreux, se déplace surtout pour les artistes reconnus. Qui aime bien châtie bien...

Erasmus mon amour

«En Espagne, on n'entend pas trop parler du Portugal, c'est dommage !». Là, c'est l'ancien étudiant Erasmus qui parle :  «L'Europe n'est pas un pays, mais bien une Union de pays, raconte-t-il les yeux rivés sur le Tage. La monnaie et la facilité des échanges nous permettent de voir ces pays se rapprocher. Mais le point clé de la compréhension mutuelle entre les pays c'est le programme Erasmus». Un programme crucial pour en savoir plus sur nos voisins, mais surtout pour aller s'enrichir à l'âge doré de l'étudiant : «Il est bon pour un étudiant de connaître un monde différent, de créer de nouvelles amitiés, de connaître d'autres langues, cultures et traditions. L'Erasmus c'est un voyage, la vie dévient un voyage... quand on commence on ne s'arrête plus jamais». Le musicien polyglotte sait de quoi il parle. Voilà neuf ans qu'il habite à Valence, un bel hommage au programme qui a changé sa vie.

 Les dates de concert de Matthieu Sagliodans plusieurs pays Européens

Photos : ©Fabio Scetti