Culture

Mahler, Varela, Faurisson : comment l’Europe réagit face au négationnisme

Article publié le 26 janvier 2009
Article publié le 26 janvier 2009
L’UE a tenté d'harmoniser la législation sur le négationnisme en Europe. Mais d’un pays à l’autre, la notion de liberté d’expression pèse plus ou moins dans la balance.

A première vue, la vie de Horst Mahler est singulièrement… contradictoire. Dans les années 60, il est l’un des fondateurs de la Fraction armée rouge, groupe terroriste d’extrême-gauche qui ébranle la République fédérale d’Allemagne. En 2000, Mahler devient membre du parti d’extrême-droite NPD qu’il quitte finalement en 2003. Depuis 2007, Mahler envoie régulièrement des CD ou DVD véhiculant des idées négationnistes. Ce qui, en Allemagne, constitue un délit. Tout cela, pour finalement se présenter spontanément devant la justice. C’est à se demander si cet homme de 72 ans est bien conscient de ses actes.

« Si je suis ici, c’est parce que je l’ai bien voulu », a déclaré Mahler lors du procès préliminaire, le 12 janvier 2009, à Munich. Premier acte : le tribunal doit prouver que l’holocauste a bien eu lieu avant de pouvoir inculper qui que ce soit. L’homme aux cheveux gris et courts et aux lunettes sans monture, qui a déjà été condamné six fois, n’a rien du militant d’extrême-droite de base, mais les opinions qu’il émet lors du procès ont de quoi choquer. Il se sert du banc des accusés comme d’une tribune et n’hésite pas à calomnier les Juifs. Jusqu'à ce que le juge lui retire la parole. 

(Florence Renault)Depuis plus de quatre ans, Mahler ne perçoit plus de revenu, son droit d’exercer son métier de juriste lui ayant été temporairement retiré. Mahler a déjà passé 26 ans derrière les barreaux pour ses agissements au sein de la Fraction armée rouge, puis neuf mois pour incitation au racisme. Pour les militants d’extrême-droite, il représente un martyr qui se bat pour faire éclater la vérité. Et pourtant, aucun fait dans l’histoire de l’humanité n’a fait l’objet d’autant de recherches que l’holocauste. Prétextant défendre la liberté d’expression, ceux qui comme Mahler nie son existence font en fait de la propagande d’extrême-droite. 

Quelle législation sur le négationnisme ?

Horst Mahler n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays européens, on trouve de célèbres négationnistes : David Irving en Angleterre, Robert Faurisson en France, Pedro Varela en Espagne. Et sur tout le continent, on est loin de traiter ces cas de la même manière devant la Justice. En Autriche, France, Pologne, Allemagne, Belgique et Suisse, les négationnistes s’exposent notamment à des peines de prison de plusieurs années. En revanche, dans plusieurs autres pays, il n’existe pas de peine similaire. 

Les lois pénales sur le devoir de mémoire, comme l’interdiction du négationnisme, lancent la polémique dans les régimes démocratiques, où la liberté d’expression est inscrite dans le droit constitutionnel. D’après le droit constitutionnel allemand par exemple, le déni de l’holocauste repose sur une fausse affirmation à laquelle la loi sur la liberté d’expression ne s’applique de prime abord pas. En Angleterre en revanche, ou le droit pénal et constitutionnel est plus fortement axé sur la notion de liberté, l’introduction d’une loi sur le devoir de mémoire a jusque là été impossible. La liberté d’expression prime en toutes circonstances. En Italie, le « Manifeste des 150 », composé d’historiens de gauche comme de droite, s’est opposé pendant plus de deux ans à un amendement de la loi qui prévoyait de pénaliser le négationnisme. 

Premiers pas vers l’harmonisation

(Florence Renault)En 2007, l’UE entreprend un premier pas vers l’harmonisation. Une décision-cadre d’avril 2007 prévoie une harmonisation minimale des peines appliquées dans la lutte contre le racisme et la xénophobie. Selon la décision, le fait d’« approuver, de nier ou de minimiser l’existence d’un génocide, d’un crime contre l’humanité ou d’un crime de guerre, alors que le crime est commis contre un groupe de personnes à cause de leur race, de la couleur de leur peau, de leur religion, de leur origine nationale ou ethnique, est punissable par la loi. »

Par conséquent, quiconque dénie publiquement l’existence d’un génocide, dont la preuve a déjà été faite devant des tribunaux internationaux, et prétend que ce génocide n’est qu’une invention du groupe ethnique concerné, encoure une peine de prison et le paiement de dommages et intérêts. En effet, tenir de tels propos signifierait non seulement un déni du génocide à l’encontre du groupe ethnique concerné, mais également une incitation à la haine envers ce groupe. 

La qualification d’un crime historique en génocide, crime contre l’humanité ou crime de guerre relève de la responsabilité du tribunal compétent au cas par cas. Concernant l’holocauste, cette qualification a été faite il y a bien longtemps par le tribunal de Nuremberg. En Espagne, depuis deux ans, et cela malgré les efforts entrepris au niveau européen, le négationnisme est à nouveau légal. Le droit constitutionnel espagnol donne ainsi la priorité à la liberté d’expression ; bien sûr, quiconque justifie l’holocauste ou tout autre génocide risque toujours jusqu'à deux ans de prison. L’assouplissement de la loi en Espagne fait suite a la plainte déposée par le négationniste Pedro Varela. En Allemagne, Horst Mahler ne devrait pas connaitre le même succès…