Culture

Lindsey Davis : « L'écriture-thérapie, quelle mode épouvantable ! »

Article publié le 1 octobre 2007
Article publié le 1 octobre 2007
Auteur britannique de romans historiques et policiers, Lindsey Davis, 58 ans parle du fait d'« être comme la plupart des anglais », contrastant singulièrement avec sa manière d'écrire.

« Mes éditeurs américains craignaient par-dessus tout que mes premiers livres en anglais britanniques ne parviennent pas à se vendre aux Etats-Unis», fait remarquer d’entrée Lindsey Davis, dans un des salons de l'hôtel Forum de Rome. L'histoire de la capitale italienne tient un rôle essentiel dans la série retraçant les péripéties à la fois historique et comique de son héros détective privé, Marcus Didius Falco, qualifié de ‘personnage de fiction le plus sympathique’ par les auditeurs de la BBC.

« Et si c'était le cas, » reprend t-elle, « j'en perdrais mon identité d'écrivain. En Angleterre, nous n'insistons jamais pour que les films ou les livres se déroulant dans de petites villes américaines soient à tout prix traduits en anglais britannique ! ».

Davis est bien connue pour son tempérament. Les commentaires qu’elle poste sur son blog à la suite des remarques de lecteurs témoignent de la vivacité d’esprit de cette écrivaine plusieurs fois primée. En 1999, elle recevait le prix Ellis Peter du roman historique et le prix Sherlock du meilleur ‘détective comique’ en 2000 pour son héros Marcus Didius Falco.

Les débuts

Née et élevée à Birmingham, Lindsey Davis se voit très vite éveillée à la politique, encouragé par son père, pendant que son professeur de latin lui transmet l'amour des classiques et de l'archéologie. Enfant, elle lisait fréquemment des romans historiques dans lesquels les héroïnes apportaient bien souvent leurs lumières au héros. « Dans ces aventures, les gens tentaient malgré tout de survivre dans un monde injuste », observe-t-elle.

Davis étudie ensuite les lettres à l'Université d'Oxford au Lady Margaret Hall -célèbre pour certaines de ses étudiantes devenues des artistes, écrivains et femmes politique reconnues-. Dans une note prise au hasard de son site internet, elle dit ainsi à une lectrice : « Je suis désolée que vous ayez abandonné vos études. Je crois que chaque fille devrait avoir un diplôme à retrouver au fond d'une armoire de temps en temps pour se rappeler les jours où elle aurait pu aller n'importe où et faire n'importe quoi au lieu d'atterrir au hasard le plus souvent, auprès d'un gars qui ne lui convient pas. »

Après avoir été diplômée, Lindsey Davis n'a pas abandonné sa passion pour l'écriture. « J’ai parfois des nouvelles des personnes qui ont travaillé dans le bureau où j'ai longtemps fait office de boniche », raconte-t-elle à propos de ses treize années comme fonctionnaire dans l’administration. « Désormais, ils envient énormément ma vie, exactement comme j'espérais qu'ils le feraient un jour », glisse t-elle, un tantinet perfide. Le succès n'a peut-être rien changé aux rapports qu'elle entretient avec ses amis de la première heure, mais concernant le monde extérieur, elle remarque qu'elle « doit faire beaucoup plus attention à [ses] relations ».

1985 constitue un tournant dans sa carrière : c'est l'année où elle concourt pour le prix Georgette Heyer du roman historique. Quand elle se souvient de son premier roman, la première aventure du détective Falco ‘Les cochons d'argent’ [Silver Pigs], publiée en 1989, elle dit que cela lui a « pris des années de lutte pour obtenir un véritable succès en tant qu'écrivain ». Ses histoires, en librairie au rythme d’un livre par an, retracent les aventures du détéctive privé Falco et de son épouse Helena Justina, des intrigues typiquement policières mais replacées dans le contexte de la Rome antique, à l’époque de l’Empereur Vespasien.

Lindsey Davis dit partager nombre des traits de caractère et opinions de son héros Falco et de sa femme Helena Justina, comme le rejet de l'hypocrisie, « mais pas tous ». « Je les utilise aussi bien en tant que faire-valoir dans un but précis que pour me moquer des conventions de l'époque », glousse-t-elle.

Un héros : Falco

Dans ses romans, Lindsey Davis côtoie des anciens écrivains européens comme Suétone, Juvenal, Martial et Virgile, pour mieux coller à l'époque. Son style n'a rien à voir avec l’écriture en sommeil des romans écrits à la va-vite par sa compatriote Agatha Christie. « Ce que je fais est original et complètement différent», remarque-t-elle. « Cela n'a rien à voir avec l'épouvantable vague moderne de l'écriture-thérapie. Je déteste être cataloguée : je n'écris comme personne d'autre. Je suis allée dans tous les pays où se déroulent mes aventures, et j'ai visité souvent plus d'une fois les sites décrits dans mes romans pour être le plus proche possible du lieu, de son échelle, de sa lumière et de son atmosphère ».

Elle ne mentionne pas que ses intrigues fournissent un guide malicieux pour qui voudrait en savoir plus sur cette contrée inconnue qu'est l'Empire Romain, en décrivant un monde qu'un Machiavel des temps modernes trouverait fort proche des actuels maîtres chanteurs de Berlin, Bruxelles, Paris ou même Rome.

Les lecteurs de la série des Falco ont probablement été amenés à découvrir les dangers du travail dans les mines d'argent britanniques, à cultiver des visions de la Grèce ancienne ou accompagner les soldats dans les sombres et menaçantes forêts allemandes. Néanmoins, beaucoup de fans rgrettent que ses ouvrages ne comprennent pas d’analyse plus détaillée de la politique de l'époque.

Etre publiée

Le dernier projet de Lindsey Davis est une nouvelle demandée par la BBC Radio 4. Il s'agit d’un nouveau programme qui entend rassembler les écrivains et les groupes de lecture du centre de l'Angleterre et sera diffusé en 2008. « Je tiens plus à ces contrats que beaucoup d'auteurs (de vraies poules mouillées !) », lance-t-elle en riant. Le prochain épisode de la série des Falco, censé se dérouler dans m’Alexandrie romaine, se verra éditée également en livres audio. Mais Lindsey Davis ne raffole aps du 7ème Art et met en garde contre les adaptation cinématographique. « Je ne vois pas l'intérêt de versions inférieures, » explique t-elle.

Davis n'est pas comme certains auteurs qui considèrent que l'envoi de leur manuscrit à l'éditeur signe la fin du processus. « Trouver un éditeur, être payé convenablement, voir son livre tiré à une grande échelle et obtenir une publicité suffisante pour s'assurer que les livres se vendent, tout cela est pareil dans tous les pays, c'est-à-dire très difficile ! »

Lindsey Davis admet être une Européenne passionnée, notamment grâce à la vente de son travail et l'accueil que lui offrent les pays européens. Et en ce qui concerne l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, elle répond « Pourquoi pas – après tout, elle fait partie de l'Empire romain ! Je suis d'ailleurs heureuse d'avoir un éditeur turc particulièrement passionné et efficace. » Mais elle admet être, comme beaucoup d'Anglais, « honteusement inculte en ce qui concerne la littérature européenne moderne. Même si j'ai lu Simenon ! Je n'ai pas le temps de m'y mettre ; l'ancien Phare et la Librairie d'Alexandrie m'appellent.