Culture

Liberté religieuse: tenir tête à Pro-Köln

Article publié le 28 juillet 2009
Article publié le 28 juillet 2009
Sur les bords du Rhin, une grande mosquée ouvrira ses portes à 120 000 fidèles musulmans fin 2011. Une provocation selon le parti politique local Pro-Köln. Derrière un costume pro-démocratique, son discours anti-islam choque à son tour les habitants de Cologne. Retour sur.

Le parti d’extrême-droite Pro-Köln (« Pour Cologne ») cache bien son jeu. Au début, il a déployé toute son énergie dans la lutte contre la corruption supposée des partis politiques allemands. Ensuite, il n’a eu de cesse de militer en faveur d’une sécurité durable. A présent, il a pour projet de sauver Cologne de ce que certains parmi ses membres nomment l’islamisation de la ville. Masquant son discours ultranationaliste et xénophobe sous un voile pseudo-démocratique, ProKöln aime à se présenter sous l’aspect d’un mouvement responsable et citoyen. Jusqu’à présent, ainsi que le démontre le succès obtenu par quatre de ses membres lors des dernières élections locales en 2004, cette stratégie a visiblement bien fonctionné.

Grande mosquée, haut minaret

Face aux nouvelles échéances qui s’annoncent, l’essentiel de son programme, pour lequel il s’est activement mis en campagne, repose sur son refus de voir s’édifier une mosquée de grande envergure attendue depuis longtemps par la population musulmane locale. Il est prévu que cet ouvrage coiffé d’une coupole, haut de 35 mètres et dont les minarets s’élèveront à 55 mètres du sol, soit achevé fin 2011.

(pauneu/flickr)

L’Union islamique turque de Cologne (la DITIB) qui fédère les différentes associations musulmanes participant à la construction de la future mosquée, a su jusqu’ici déjouer avec une grande maestria toutes les attaques lancées contre le projet par la formation d’extrême-droite. Laissant de côté les polémiques d’ordre politique et le battage médiatique fait autour de l’édifice, l’organisation ne rate pas une occasion pour mettre en avant la nécessité qu’il y a, pour tous les musulmans de la ville, de pouvoir se rassembler dans un espace de culte digne de ce nom.

Ayse Aydin, responsable de la communication au sein de la DITIB le définit avant tout comme « un lieu de prière et de rencontres ». Elle a su éviter toute querelle en se démarquant bien de la sphère politique. Pour son organisation, voir la mosquée achevée « serait la concrétisation des efforts que nous avons tous prodigué pendant de nombreuses années. » Bien qu’il existe à Cologne quelques petites mosquées, l’urgence s’impose d’ouvrir un endroit plus vaste car la prière se fait le plus souvent dans des maisons particulières. Il y avait donc besoin d’un espace de prêche susceptible d’accueillir plusieurs milliers de fidèles.

Plusieurs noms, une même réalité

(DITIB-Zentralmoschee Köln/Wikimedia)Markus Beisicht, Manfred Rouhs et Bernd Schöppe, dirigeants et fondateurs de Pro-Köln sont habillés, se déplacent et vivent comme la plupart des hommes politiques de n’importe quelle autre formation ou partis européens. Sur les affiches, les plaquettes et les prospectus, rien ne laisse paraître quoique ce soit qui puisse inquiéter le passant. Vêtus de vestes impeccables, rasés de près et bien peignés, ils arborent toujours un sourire ouvert, cordial et politiquement correct. Toutefois, le soin mis à se tailler une costume démocratique ne doit pas faire oublier la vraie nature de leur message politique : un appel à la haine tournée contre tout ce qui n’est pas allemand et contre tous ceux qui se détournent de l’unique chemin idéologiquement acceptable (selon les militants du Pro-Köln). Bien entendu, les militants du parti n’ont pas le crâne rasé. Ils ne défilent pas non plus chaussés de bottes militaires et n’exhibent pas plus ostensiblement toute une panoplie de symboles fascistes. Malgré tout, le lait dont ils se nourissent coule bel et bien des mammelles d’une idéologie d’obédience résolument nationale-socialiste.

Tribunaux sur le coup

Dans son livre Rechtsextremismus in Kôln ?! (en français, La droite ultra à Cologne ? !), paru aux éditions Nsdok, le chercheur Ioannis Orfanidis montre quelle a été, à Cologne, l’évolution et l’adhésion aux règles de la vie démocratique des partis d’extrême droite. Orfandis décrit comment pro-Köln a construit sa stratégie de communication, en la présentant sous une forme moins agressive, ce qui lui a permis, d’une certaine manière, d’avoir pu institutionnaliser l’extrémisme de droite au cours des dernières décennies.

Dans ce but, au fil de leurs campagnes successives, les ultranationalistes ont veillé à calmer le jeu, en présentant leur programme sous un jour plus respectable. Cependant, si la ligne suivie semble en accord avec la réalité politique existante, le noyau dur du message n’a pas bougé d’un atome. Le discours central s’organise toujours selon des critères non démocratiques. Reste à savoir, si le parti réussira à passer sous les fourches caudines de la compatibilité constitutionnelle. Les tribunaux allemands planchent actuellement pour définir si les idéaux politiques de Pro-Köln sont bien en adéquation avec la liberté d’expression.

Contre l’islamisation

Dans l’espoir de trouver une plus grande audience et une meilleure représentation dans les institutions politiques allemandes, Pro-Köln entonne dès lors le discours islamophobe. Une de ses plus retentissantes campagnes a été l’organisation d’un congrès contre l’islamisation qui s’est tenu au mois de septembre 2008 en présence d’autres leaders de différentes formations européennes d’extrême-droite, parmi lesquelles le FPÖ autrichien et le Vlaamsbelang belge. Durant cette rencontre, militants et dirigeants d’extrême droite ont martelé le pavé des rues de la métropole rhénane en brandissant des pancartes dénonçant la construction de la future mosquée.

Face au caractère nettement xénophobe de la manifestation, les habitants de la ville se sont montrés réticents. Dans l’air ambiant, on a même senti un réel rejet de ces groupes. Toutefois, c’est le résultat des prochaines élections qui dira si les idées de Pro-Köln ont réussi à séduire l’électorat. Dans le cas contraire, ses structures politiques sont, à courte échéance, condamnées à disparaître. En attendant, le verdict final n’appartient qu’aux urnes.

Merci à Yvonne et à toute l'équipe de cafebabel.com à Cologne !