Culture

Liban : le mirage de la paix

Article publié le 26 septembre 2007
Article publié le 26 septembre 2007
Dans la 'Suisse du Moyen-Orient', les groupes islamistes sont près à balayer d'un revers de manche le calme apparent qui règne, grâce aux troupes étrangères envoyées par l'ONU.

A bas les euphémismes. Les soldats de la France, l'Italie, la Pologne ou l'Espagne n'ont pas été envoyés en mission de maintien de la paix dans le sud du Liban mais en tant que forces d'interposition de paix. Un gouffre sépare ces deux expressions, un abime au fond duquel se nichent les groupuscules islamistes en recrudescence depuis la guerre éclair de l'été 2006.

Les rapports de l'ONU sont formels : jusqu'à six factions terroristes menaceraient la sécurité de des troupes qui participent à la Force Intérimaire des Nations Unies pour le Liban (FINUL) et dont le mandat vient d'être prorrogé au 31 août 2008.

Les Etats-majors le savent, les troupes le savent, l'Europe le sait, tout comme le savait Setefilla Garrido, la grand-mère de David Portas, un soldat sévillan âgé de vingt ans en poste au Liban, tué lors d'une attaque terroriste. « Il était conscient du danger mais il aussi conscient de quelque chose au-dessus de cela : il voulait apporter son aide à ceux qui en ont besoin. Si sa mort permet d'améliorer l'état de ce pays, si la paix est obtenue, alors lui aussi reposera en paix. »

Un état de guerre réel

En mai dernier, l'ONU a informé le gouvernement de Zapatero -l'Espagne est le troisième État en termes d’effectifs envoyés au Liban avec 1 100 soldats- qu'il doit être « sur ses gardes » face à la prolifération de ces groupuscules armés sunnites, opposés à toute présence étrangère à la frontière avec Israël. Mais Madrid doit également veiller au trafic d'armes illégales en provenance de la Syrie et de l'Iran.

Des sources au ministère de la Défense espagnol ont reconnu l'existence de cette mise en garde le jour même où une bombe tuait six soldats espagnols près de la base libanaise Miguel de Cervantes, en juin dernier. Le risque sur place était bien réel. « Ce sont des groupes qui se sont renforcés grâce à la contrebande, et qui sont depuis solidement installés dans des petits villages du sud. Nous avons eu quelques problèmes avec eux depuis notre arrivée, en septembre 2006 », reconnaît un des militaires dépêché dans cette zone, dans le cadre de la force opératoire espagnole.

L'utilisation des camps de réfugiés

Au coeur de ces zones, ce sont dans les endroits les plus pauvres où sont concentrés les réfugiés palestiniens que ces terroristes sont le plus actifs. Jund as-Sham, le camp de Ein al-Hilweh ou Sidón...ce sont là où des émissaires de Ben Laden ont mené le plus d'attaques contre les forces de la FINUL. L’influence des terroristes ne cesse de s'étendre, tissant petit à petit un réseau d'assistance à la population. Calqués sur le modèle du Hamas, les terroristes parviennent à gagner la confiance puis la complicité des Libanais.

Aux yeux des locaux, les troupes étrangères apportent peut-être leur aide contre les Israéliens mais représentent aussi une 'gêne' importée par l'Occident. Expliquant les attaques surprises contre les bases militaires, le refus de villages entiers de collaborer avec la force internationale, et évidemment, les attentats.

Depuis la crise de l’été 2006, les gouvernements européens ont intensifié leurs contacts avec l'Autorité palestinienne, conscient que cinq des principaux groupes responsables des attaques contre les troupes de la FINUL [Fatah Intifada, Fatah Al Islam, Jund Al Sham, Osbat Al Ansar y Jund Allah] sont des factions nées de l'Organisation pour la libération de la Palestine (OLP).

Comme si le président palestinien Mahmoud Abbas n'avait pas à affronter suffisamment de problèmes internes, il doit en plus arrêter les extrémistes répartis aux quatre coins des 12 camps de réfugiés d'origine palestinienne que compte le Liban. Ces camps sont « d'authentiques planques à explosifs, voitures piégées et réservoirs d'armes légères », reconnaît l'Espagne, qui conseille à ses troupes de rester éloignées de certaines de ces enclaves.

Depuis la fin de la guerre des 38 jours de l'été 2006, la FINUL a déjà localisé cinq camps d'instruction, gérés par le Fatah Al Islam et le Jund Al Sham, des groupuscules proches d'Al Qaeda. Selon les observateurs internationaux, ces terroristes sont responsables « d'attentats à moyenne échelle contre des hôtels et intérêts occidentaux », d'une agression sans blessés contre l'ambassade des États-Unis de Beyrouth -la capitale- et d'attaques « constantes mais de faible intensité » contre les casques bleus.

Le Hezbollah protège les Européens!

Face aux plaintes récurrentes des États européens dont les troupes sont installées au sud du fleuve Litani [le plus proche d'Israël], les chefs du Hezbollah ont promis que leurs émissaires protégeraient les arrières de la FINUL, et qu'ils feront tout pour empêcher les attaques d'Al Qaeda contre eux. Du moins est-ce ce qu'a affirmé le prestigieux journaliste de The Independent, Robert Fisk, en juin dernier.

Les troupes de la FINUL ont permis de ramener un smblant de stabilité au Liban, ont évité qu'Israël n’outrepasse les frontières de son espace aérien et constituent une garantie pour la frontière sud du Liban. Pour ces raisons, même les terroristes en guerre propre à l'intérieur de l'État libanais, comme le Hezbollah, s'engagent à les couvrir. Une belle résolution ?

Le numéro 2 d'Al Qaida menace les intérêts de la France et de l'Espagne au Magreb et insiste pour expulser les troupes de la FINUL du Liban