Culture

L’Europe, ce maître d’œuvre

Article publié le 1 avril 2008
Publié dans le magazine
Article publié le 1 avril 2008
Ouverture, transparence, efficacité : les bâtiments qui abritent les instances européennes ont inspiré les architectes au fil des chantiers. Petite visite conceptuelle de ces œuvres de pierre cimentées de démocratie.

Le Parlement européen : l’Agora à Strasbourg

Le Parlement européen à Strasbourg(Photo: ©inyucho/flickr)

En matière d’innovation architecturale, l’hémicycle de l’Union européenne est souvent cité à titre d’exemple. Depuis 1999, les parlementaires se réunissent chaque mois dans un bâtiment, également appelé Louise Weiss, situé dans le nord de l’agglomération strasbourgeoise. Ce nom, cette façade brillante qui se reflète dans la rivière Ill, le doit à une femme politique française, active partisane de l’Europe dans les années 1920.

Cette œuvre architecturale devait donner un toit à la démocratie européenne. Mission accomplie. Le bureau français Architecte Studio qui a remporté en 1991 l’appel d’offre internationale, a réuni dans ces 220 000 mètres carrés, l’essence stylistique de l’architecture européenne. Le rond et l’ellipse dominent le bâtiment : des formes à la fois « fermées », issues de la période classique et d’autres lignes plus « ouvertes et infinies », celles de l’art baroque.

Vu de l’extérieur, le Parlement se structure grâce à des arcs qui abritent des salles de conférence, l’hémicycle ainsi qu’une tour de bureaux pour les députés. Cette tour semble ne pas être terminée. Et du coup, suscitent bien des interrogations. Fait-elle référence au Colysée de Rome ? Ou serait-ce plutôt un clin d’œil à la tour de Babel ? Selon ses concepteurs, les visiteurs doivent avoir à l’esprit, face à cette tour ouverte et libre d’accès, un des piliers fondateurs de la démocratie occidentale : l’Agora grecque. Une place où se déroulent les débats publics comme ceux, mythiques, de la Grèce antique. L’hémicycle aussi est rond, rappelle la place publique et fait échos à la tour de bureaux.

Le Palais de l’Europe : le charme des années 70

Siège du Conseil de l'Europe à Strasbourg (Photo: ©Kpalion/Mai2004)

Un seul regard au Palais de l’Europe suffit à comprendre les propos satiriques du journal allemand Süddeutsche Zeitung, selon lequel le bâtiment Louise Weiss est « un domicile de luxe » pour les représentants européens. Le bâtiment parallélépipédique, à la façade très structurée, a été conçu en 1977, sur les plans de l’architecte français Henry Bernard.

Face au Palais, l’Europe apparaît tout d’un coup moins ouverte au débat que le nouveau Parlement. La façade haute de 38 mètres devait incarner la force et la fermeté de l’Union, selon l’idée de Henry Bernard. En revanche, pour l’intérieur, l’architecte a choisi des formes pleines de déliées, pour une libre circulation des idées. Encore aujourd’hui, le Palais de l’Europe abrite le Conseil européen. Jusqu’en 1999, les parlementaires s’y réunirent aussi, faute d’alternatives.

La cours européenne des droits de l'homme

Richard Rogers & architects/Paris 2008 (Photo: ©dalbera/flickr)

La déesse Justitia tient une balance dans ses mains. L’allégorie de l’équité a du inspirer Richard Rogers, véritable architecte vedette, pour la conception de la Cours européenne des droits de l’Homme. Dans une perspective de d’oiseau, les formes arrondies des salles de conférence du tribunal ressemblent à deux balances surdimensionnées. Cette construction, achevée en 1995, associée au bâtiment Louise Weiss et au Palais de l’Europe, constitue le fameux « triangle » magique, au cœur du quartier européen de Strasbourg.

Mais cette Cours, faite de glace et d’acier, ne doit pas être « un mémorial », mais bien une « marque symbolique», qui puisse donner à l’Europe une image crédible, selon les souhaits de l’architecte. Rogers, anglais d’origine italienne et détenteur du prix Pritzker en 2007, décrit les principes fondateurs d’une justice équitable à travers ce projet : transparence et visibilité. La symétrie de la construction puise sa source dans la violence originelle de la Justice.

A Francfort, le géant de la finance

Site de la Banque centrale à Francfort(Photo: ©Mike from Zurich/flickr)

En février 2008, la ville de Francfort a accordé le permis de construire. Les travaux doivent commencer en avril. Dans la banlieue Est de la métropole allemande, à la place des anciennes halles, s’élèvera la Banque centrale européenne (BCE). Le bureau d’architecte autrichien Coop Himmelb(l)au a dessiné une tour de 185 bureaux, composée de deux tours s’enchevêtrant et tournant l’une sur l’autre, en atrium brillant. Un symbole, selon l’architecte viennois, « de transparence, d’efficacité et de stabilité ». Des propriétés qui doivent aussi s’appliquer au garant de la monnaie européenne.

Mais la BCE restera dans son bâtiment actuel, l’Eurotower qui date des années 90, jusqu'en 2012 au moins. Car la Skytower, est avant même sa construction, un nid à soucis : les anciennes halles sont protégées comme patrimoine de la ville. Et les héritiers de Martin Elsaesser, son bâtisseur, protestent énergiquement contre ce projet de construction. La première proposition du cabinet a déjà été abandonnée à la suite de vives protestations.

Les anciennes halles où devrait voir le jour le nouveau bâtiment de la Banque centrale européenne (Photo 2006: ©dontworry)

Juste à côté des halles, doivent être construites des salles de conférences en forme de Groundscrapers, des sortes de « gratte-sols », à l’opposé des tours verticales. Mais peut-être seules les halles seront finalement transformées en salles de conférence. Bref, le projet donne à Francfort, matière à discuter.