Culture

Les temps changent, les langues aussi

Article publié le 4 mars 2016
Article publié le 4 mars 2016

L'agitation provoquée par le petit Matteo et son nouveau mot « pétaleux », en italien, nous rappelle que les langues évoluent chaque jour grâce à leurs locuteurs. Nous dédions aujourd'hui notre Tour de Babel aux derniers ajouts de mots dans les langues européennes.

Il y a quelques jours, les médias de toute l'Europe, ainsi que les réseaux sociaux, ont relayé l'histoire d'un élève italien de primaire qui a « inventé » un mot : « pétaleux » (« petaloso » en italien), pour décrire une fleur avec beaucoup de pétales. L'intérêt de cette nouvelle réside dans le fait que Matteo, à seulement huit ans, a reçu une lettre de l'Accademia de la Crusca (l'Académie de la langue italienne) dans laquelle le garçon est félicité pour son invention et encouragé à diffuser ce nouveau mot. En échange, on lui propose d'ajouter le mot au dictionnaire italien si beaucoup de gens se mettent à utiliser « pétaleux ». Même le président du Conseil des ministres italien, Matteo Renzi, en a fait part sur Twitter.

L'histoire de Matteo n'est qu'un exemple d'une vérité universelle : les langues appartiennent à leurs locuteurs. Et de ce fait, elles évoluent, presque toujours, en fonction de leurs besoins. En espagnol, la Real Academia Española (RAE) est l'organisme chargé de veiller sur la langue et d'introduire de nouveaux termes dans le dictionnaire. La dernière édition, publiée en 2014, faisait état de près de 5 000 mots nouveaux.

De l'homme sandwich au citoyen en colère

L'évolution des nouvelles technologies représente l'une des raisons de la création de nouveaux termes. Si vous ne le croyez pas, demandez donc aux blogueurs et twittos qui ont constamment besoin d'une connexion WiFi. Il y a d'autres exemples comme bitcoin (la fameuse monnaie électronique) en français ou criptomoneta en italien. Les Allemands se lancent aussi dans la jungle des termes technologiques avec shitstorm, pour décrire le moment au cours duquel une déclaration faite sur la Toile provoque un flot de critiques. De leur côté, les Anglais ont cru bon d'inventer un mot pour faire référence aux smartphones tellement grands qu'il ressemblent à des tablettes : les phablets.

Une autre source inépuisable de nouvelles palabres (oui, ce mot est aussi admis), est le langage des jeunes. Les derniers ajouts au dictionnaire de la RAE comportent des mots comme amigovio (amigo+novio, contraction de pote + petit ami, bien que les réseaux sociaux aient été plus favorables à follamigo, l'équivalent de « sex friend », qui n'a toujours pas été accepté), okupa ou birra (de la bière en soi). Les Français ont admis le très répandu selfie (se photographier soi-même).

Et l'un des domaines générateurs de nouveaux termes que je préfère est la gastronomie. Les modes auxquelles l'alimentation se réfère ont donné lieu à la création de nouveaux termes tels que crudivore (personne qui mange uniquement des aliments crus) ou entomophagie (s'alimenter d'insectes) en français, ou encore locavore (qui consomme uniquement des aliments produits localement) en anglais. Les Italiens ont, quant à eux, opté pour la terminologie anglaise pour désigner la prolifération des programmes de cuisine à la télévision : cooking show, tandis que les Polonais ont inventé un mot spécifique pour mentionner la personne qui vend des menus dans les grandes entreprises : Pan Kanapka (littéralement, Monsieur Sandwich).

S'il y a bien quelque chose que nous devons célébrer, c'est l'adaptation de la langue qui permet de donner vie aux changements sociaux. C'est le cas de l'ajout de homoparental ou multiculturalidad au dictionnaire de la RAE. Même cas de figure pour expat (personne « expatriée ») en italien, covoiturer (utilisation partagée de la voiture) en français ou Wutbürger (citoyen en colère) en allemand. Les temps changent et, par chance, les langues aussi.