Culture

Les nuits milanaises aux couleurs du reggae

Article publié le 4 décembre 2009
Article publié le 4 décembre 2009
Pour les amateurs de musique jamaïcaine et les nostalgiques de Bob Marley, une seule destination : Milan. Des centres sociaux à la radio, les effluves du reggae se diffusent dans cette ville cosmopolite.

Tout a sans doute commencé le 27 juin 1980, quand Robert Nesta Marley, qu’on connait mieux sous le nom de Bob Marley, est arrivé à l’aéroport de Linate. Il s’apprêtait à jouer lors du premier de deux seuls concerts que la star a donné en Italie (le second ayant eu lieu au Stade communal de Turin). Ce jour-là, Milan a été le témoin exclusif d’un événement mémorable : dès les premières heures de l’après-midi, cent mille personnes environ se sont réunies sur le gazon du stade San Siro, destiné pour la première fois à accueillir un événement non-sportif. Depuis ce jour, les bonnes vibrations du reggae n’ont jamais cessé de résonner dans les clubs, les rues, et dans les écouteurs de ses fidèles disciples.

Vito War et I-Tal Sound

L’Italie, et la cité lombarde en particulier, doivent principalement la promotion de la musique reggae et de la culture rastafari qui l’accompagne au vétéran Vito War. Dès les années 80, ce pionnier commence à organiser les premiers concerts de groupes italiens devenus depuis fort connus comme Africa Unite, Sud Sound System et Pitura Freska. Son aventure radiophonique sur le réseau de Radio Popolare commence en 1988. Il anime alors l’émission Radio Reggae Station, le plus ancien programme radio d’Italie. Vito War poursuit sa mission, enflammant les dance-halls milanais et ceux du reste de l’Italie, souvent épaulé par de jeunes promoteurs, parmi lesquels I-Tal Sound. Œuvrant à la promotion du reggae italien depuis 1998, ce collectif a invité, en dix années d’activité, les sound systems italiens les plus importants, et rendu possibles des collaborations internationales qui ont amené à Milan le DJ britannique David Rodighan, ainsi que de nombreux artistes jamaïcains, comme le controversé Sizzla, ou le « prophète » Capleton.

La Jamaïque à Milan

Les nuits commencent à se teinter de sonorités jamaïcaines dès les premiers jours de la semaine. Le mardi soir, le jardin évocateur de l’espace Corte Reggina, situé dans un palais typiquement milanais, abandonne ses habits de jour, ceux d’un centre de bien-être, et revêt les nippes du reggae, grâce à la participation de sounds d’exception comme Vito War, les Irie Soldiers et Golden Bass. Le mercredi, en début de soirée, à la Porta di Roma, Suna, chorégraphe de l’Italian Dance Hall Queen Crew - classée troisième lors de l’édition 2008 de l’European DHQ Contest - donne des cours destinés aux queens et aux kings du « dance hall ». Au cours de ceux-ci vous pouvez apprendre les pas, anciens et nouveaux, du Pon di River ou du Gully Creepa, diverses techniques de tricks acrobatiques, ou les danses de couples et de groupe. Et pour ceux qui voudraient continuer à danser jusqu’aux petites heures du matin, le Molotov (rue Cesare da Sesto) ouvre ses portes pour l’immanquable rendez-vous des Mercoleweed.

Le jeudi, le reggae est à l’honneur au centre social Leoncavallo, la première salle de concert à avoir accueilli Sud Sound System, un groupe célèbre en Italie et qui chante dans le dialecte de Salente. Dans le grand hall d’entrée, ainsi que dans le bar, petit mais accueillant, du jardin du « Leonka », les productions indépendantes locales alternent avec les grands noms du reggae international. En fin de semaine, les amateurs peuvent se déhancher dans les murs vénérables du Circolo Magnolia, dans le quartier de Linate, et du Live Club de Trezzo sull’Alda, sans oublier de faire un saut dans des lieux plus underground comme les nombreux centre sociaux et autres espaces autogérés qui, depuis toujours, propagent avec la même passion les ondes reggae : SOS Fornace, Casa Loca, CSO Cantiere...

One Love, One heart

Outre les clubs et les divers promoteurs du genre, c’est le « massive », la communauté, qui a fait de la ville une véritable destination « reggae » en Europe. Parmi les nombreux aficionados, il faut compter avec les Jamaïcains « pur souche » résidant à Milan, dont le nombre exact échappe sans doute au recensement du Consulat général de Rome. Beaucoup parmi eux travaillent le jour et chantent la nuit. Ainsi Ragien Nesta Lawrence, actif sous le pseudonyme de High Priest. S’il est né trop tard pour avoir pu rencontrer le grand Bob Marley, il a cependant grandi dans le district de St Ann, à quelques pas de Nine Mile, le lieu qui a vu naître la star. De là sans doute sa vocation. « Le reggae est vrai parce qu’il te montre la vie dans sa totalité : le bien et le mal, le pauvre et le riche, affirme High Priest. A Milan, la musique reggae est encore plus vraie, car elle est capable d’unir sous un même toit des cultures différentes qui, en dansant librement, se retrouvent dans le message ‘One Love, one Heart’. Dans ces soirées, on peut véritablement voir le visage cosmopolite de la ville. »