Culture

Les femmes et l'islam : le ballon optimiste de Lorentzen

Article publié le 15 novembre 2012
Article publié le 15 novembre 2012
Un ballon rempli d'espoir et de soif de changement dans le monde islamique. Le seul et unique récepteur : Allah. C'est à la fois si simple et si compliqué.
Quand elle était enfant, la réalisatrice d'origine turque installée en Norvège, Nefise Özkal Lorentzen, essayait de lancer en l'air un petit ballon dans lequel serait recueilli le besoin de changement des femmes musulmanes : « Beaucoup de femmes de ma famille ne parlent pas de ça et me demandent de ne pas évoquer le sujet parce qu'elles ne veulent pas que je sois stigmatisée. » Aujourd'hui, elle en a fait un film : A balloon for Allah.

Dans A balloon for Allah (2011), Nefise entreprend un voyage de redécouverte de sa propre culture et des bases de l'islam, essayant de connaître en profondeur les modes d'action de sa société. Quand elle était petite, elle était trop jeune pour comprendre certaines attitudes et comportements, mais ce besoin de changement a toujours été latent au travers de la figure de sa grand-mère : une femme qui passa toute sa vie sous le contrôle de la figure masculine et qui chercha une évolution positive pour les futures générations féminines. Le chemin était tout tracé : elle n'avait qu'à suivre la voie de sa famille soufie (du soufisme, un courant spirituel de l’islam, ndlr) pour pénétrer dans les entrailles de l'islam, essayer de comprendre son fonctionnement et favoriser un changement positif pour le genre féminin.

Ce n'est pas la première fois que cette réalisatrice essaye d’avoir une incidence sur l'essence de l'islam : elle l'a déjà fait en 2008 avec le film Gender me – dans lequel elle découvrait le monde inconnu de l'homosexualité dans un contexte musulman – ou avec la collection de documentaires pour enfants I have two countries (2005), dont l'axe principal était l'adaptation de deux enfants d'une famille turco-norvégienne après leur déménagement en Turquie.

Entre rêves et réalité

Le spectateur doit ouvrir son esprit pour comprendre la véritable essence de ce documentaire. Ce n'est pas facile. Le film alterne constamment sa situation actuelle et ses rêves. Nefise a besoin de connaître la société islamique dans différents pays. Allah doit recevoir un ballon rempli de changements en faveur de la femme musulmane, mais pas choisis au hasard.

Pour cela, Nefise fait l'expérience de la diversité de villes comme Le Caire, Istanbul ou Oslo pendant qu'elle partage un thé avec des figures comme la féministe égyptienne Nawal El Saadawi. Chez elle, elle trouve l'espoir et l'inspiration pour continuer son chemin de recherches, sur lequel elle rencontrera des personnes qui ont reçu des menaces de mort pour leur libre interprétation de l'islam.

La femme : axe de l'évolution islamique

Sa vision européenne de la femme et le fait de vivre en Norvège pendant des années lui rend difficiles à comprendre certaines situations auxquelles elle doit faire face. Sa rencontre avec un intégriste musulman, dont l'épouse n'a jamais été seule durant leurs six années de mariage, mérite d'être mentionnée. Pour elle, de confession musulmane mais qui occupe une place fondamentale dans la construction de sa famille, l'oppression et la capacité d'influence de l'homme sur la femme dans la prise de décisions semblent accablantes.

La métaphore du ballon prétend concilier les sentiments et les opinions de beaucoup de femmes musulmannes avides d'un changement dans leur culture.

Asma Barlas, la plus importante interprète féminine contemporaine de l’islam lui parle de la relation entre le christianisme, le judaïsme et la religion de Mahomet ainsi que l’oppression des femmes, un sujet qui la préoccupe durant tout son voyage. Ces conversations sont parsemées d’images d’un rêve créatif où elle divague sur la domination des hommes sur les femmes. Lorsqu’elle parle avec les deux extrémistes et des fidèles libéraux, Lorentzen se demande si ces différences entre les sexes sont la raison du manque de compréhension de la vie et de la religion islamique dans les sociétés occidentales.

« Tôt ou tard, tu recevras mon ballon »

Des mots comme hijab, burka ou polygamie semblent presque convaincre les gens que l’islam opprime les femmes

Beaucoup de gens pensent que ce que disent ou font les femmes musulmanes n’est pas important pour convaincre le monde du contraire, puisque des mots comme hijab, burka ou polygamie semblent presque convaincre les gens que l’islam opprime les femmes. Même celles qui sont éduquées, éloquentes et qui remplissent les conditions de modestie du hijab, ne peuvent pas faire grand-chose pour dissiper le mythe. Nefise reste observatrice et nourri des doutes là-dessus : au travers de son regard attentif, l’application des normes d’amour et de respect envers les femmes ne se trouve pas en tête des objectifs de la communauté islamique.

Le Coran précise que les femmes ont le droit d’accepter et de refuser des propositions de mariage comme bon leur semble, et que les femmes mariées sont complétement libres de l’obligation d’entretenir leurs familles. Son expérience et son observation actuelle sont en totale contradiction avec ces affirmations. La seule manière de transformer ces paroles en faits réels se trouve dans la réalisation d’une proposition directe à Allah : son ballon recueillera le désir et le sentiment de sa grand-mère et de tant d’autres femmes, dans lesquelles elle s’inclue elle-même, qui exigent un changement dans l’islam. Il ne s’agit pas de transformer les années d’histoire, de religion ou de culture : il est seulement question d’atteindre un climat d’égalité entre les êtres humains. Tôt ou tard, Allah recevra ce ballon que Nefise envoi. L’évolution de la société repose sur ses épaules.

Photo : Une et texte (cc) Gabriela Camerotti/Flickr. Vidéo: IDFA/YouTube.