Culture

Le World Press Photo 2007

Article publié le 23 avril 2007
Publié dans le magazine
Article publié le 23 avril 2007
Beyrouth bombardé, Paris ou le Turkménistan : les images des événements marquants de 2006 ont été distinguées à Amsterdam, lors des World Press Photo 2007.

1955 – C’est un cliché noir et blanc prix lors d’une compétition de moto représentant un motard, les jambes en l’air, qui remporte le tout premier World Press Photo, censé récompenser les meilleures photojournalistes. Le succès remporté par le concours qui se déroule au Danemark va ensuite conduire de nombreux photographes internationaux à envoyer leurs meilleurs clichés au jury : catégorie actualité, sport, portrait ou histoire.

« Ces photos engendrent un effet psychologique et émotionnel qui reste gravé dans votre esprit », souligne Karl Lundelin, directeur de la communication du 'World Press Photo' qui s'est déroulé le 22 avril à Amsterdam. Les prix 2007 récompensent un grand nombre d’Européens, avec un jury de 13 experts, comprenant treize photographes et directeurs d’agences photo venus d’Allemagne, du Royaume-Uni, de France et de Pays-Bas.

Photo: Spencer Platt, USA, Getty Images

Spencer Platt, Américain : lauréat du World Press Photo 2006

Jerry Lampen, photographe néerlandais pour l’agence ‘Reuters’ et membre du jury, applaudit la photo car elle montre, selon lui, l’absurdité de la guerre israélo-libanaise contre les militants du Hezbollah l’été dernier. « Elle a un dynamisme qui manque à beaucoup de photos », explique le photographe américain membre de ‘Getty Images’. « Ses incongruités et ses éléments surréalistes nous en disent énormément sur les cultures, les individus et la capacité de chacun à survivre en temps de guerre ». De nombreux médias se sont d’ailleurs trompés à propos de cette image qui représente des jeunes Libanais dans une voiture de sport rouge, contemplant les ruines de leur propre quartier à Beyrouth. « La photo n’a été aucunement mise en scène ou manipulée. Autant que je sache, ces Libanais avaient perdu leurs maisons ou leurs proches durant la guerre cet été. Cette photo n’aurait jamais pu être prise à un autre endroit. Elle nous parle d’une Beyrouth triste et surréelle. »

Photo: Denis Darzacq, France, Agence Vu

Denis Darzacq, Français : lauréat dans la catégorie ‘Art et divertissements’

« Contrairement à beaucoup de lauréats des World Press Photo qui travaillent pour des journaux ou des magazines, mes travaux se retrouvent le plus souvent accrochés sur les murs des galeries », explique le photographe parisien Denis Darzacq. « Le jury a fait un pas important en me décernant ce prix. » L’homme, qui décrit la relation entre le documentaire et l’art comme un « mariage militant », a été distingué pour une série de photos, intitulée ‘La chute’ où des jeunes sont saisis en plein vol, lors d’acrobaties réalisées dans le nord de Paris.

«J’ai demandé à des adolescents athlétiques de sauter pour moi devant un arrière-plan neutre – on ne peut pas voir si l’image a été prise dans un quartier pauvre ou aisé, ni même si les scènes ont eu lieu à Londres ou à Berlin. 95% des images de ‘La chute’ ont été prises avec un appareil argentique. Ces travaux métaphoriques reflètent une idée d’urgence à propos de la réalité des jeunes en Europe. J’ai 45 ans, et je peux m’exprimer par la pensée et par l’écriture. Le premier langage des jeunes, c’est leur corps, et ce corps vit dans un monde où l’on a peur de tout – de la Chine, de l’islam, des Etats-Unis. ‘La chute’, c’est une sensation d’urgence, qui touche à la suspension et à l’attente. Mon image est plus l’expression d’un désir d’être plus fort que ce que nous sommes qu’un commentaire social. Elle a une valeur esthétique ainsi qu’une valeur politique, mais chacun devrait lire ce qu’ils aiment dans les photos. L’image pose plus de questions qu’elle ne donne de solutions. »

Photo: Nicolas Righetti, Switzerland, Rezo

Nicolas Righetti, Italien : lauréat de la catégorie ‘Portraits’

« J’ai eu l’occasion de me rendre au Turkménistan plusieurs fois cette année, quand le président-dictateur Saparmyrat Niyazov était encore vivant [Niyazov est décédé en décembre 2006], » se souvient le photographe italien Nicolas Righettin. « Le portrait du président était dans la maison de mon guide, accroché à la hauteur où l’on place habituellement un miroir. Même en se brossant les dents, cet homme regardait son roi intelligent et charmant. Avant cela, j’étais allé en Corée du Nord, un autre pays fermé au monde, où je n’avais jamais l’occasion de parler aux gens. Au Turkménistan, j’ai réussi à surmonter la barrière de la langue et de la censure. Le photojournalisme est symbolique. Une photo, c’est un petit moment dans le temps, c’est un cliché qui raconte une histoire. Aujourd’hui, tout le monde a un appareil photo mais une bonne image, c’est une image qui raconte une histoire. Et ça, ce n’est pas une chose facile. »

Photo: José Cendon, Spain

José Cendon, Espagnol : lauréat de la catégorie ‘Problèmes contemporains’

« J’étais en poste au Rwanda où je couvrais la région des Grands Lacs pour l’AFP<:i> », explique l’Espagnol José Cendon. « Je trouvais cela étonnant que, dans une région avec une histoire si chargée de morts et de guerre, quasiment personne ne s’occupe de santé mentale ». La photo a été pris à l’hôpital neuro-psychiatrique de Kamenge à Bujumbura, la capitale du Burundi. « Le malade était allongé sur cette espèce de lit en pierre, dans une cellule d’isolement. J’ai capturé le moment où il se relevait avec un effort surhumain. Il ressemble à une statue grecque, où toutes les lignes convergent vers sa silhouette. Cette histoire fait partie d’un projet de plus grande envergure sur la folie qui règne dans la région des grands lacs. J’ai essayé de montrer la souffrance des internés de manière personnelle. Je voulais remuer les gens qui regardent mes photos. Je ne pense pas pouvoir changer grand-chose avec mes photographies, mais au moins je peux aller où je veux, et dire ce que j’ai à dire. »

Merci à l’aide précieuse de Mariona Vivar Mompel

Les expositions près de chez vous

24 avril-17 juin : Amsterdam, Oude Kerk

26 avril-27 mai : Hambourg, Gruner+Jahr Presshaus

27 avril-27 mai : Athènes, Aéroport international d’Athènes

27 apri-20 mai : Poznan, Centre culturel Zamek

30 avril-27 mai: Knokke-Heaist, Centre culturel Scharpoord

6 mai- 21 mai : Milan, galerie Carla Sozzani

8 mai-21 mai : Split, Akvarij

Micro-photo: Michael Bretherton)

Avec l'aimable autorisation du World Press Photo