Culture

Le Studio Asylum de Ljubljana : tranquille asile

Article publié le 30 octobre 2012
Article publié le 30 octobre 2012
La Slovénie, pays de transit pour migrants européens, balkaniques et d'ailleurs, vante sa politique d'asile. À Metelkova mesto, quartier et zone autonome culturelle auto-proclamée de la capitale, Studio Asylum, utilise le concept d'asile et encourage la diversité multiculturelle grâce au monde des arts.
En attendant, les autorités locales, elles, sont toujours hésitantes en matière de collaboration.

Tshepo Maponyane, sudfricain et artiste résidant à Studio Asiylum, peint des poubelles à Metelkova mesto. Son engagement contre la pollution symbolise la ligne de conduite révolutionnaire du centre. Beaucoup de membres de la communauté noire slovène, mais aussi des autochtones, des artistes ou des routards séjournant à l'hôtel Celica voisin, ont visité son exposition. « Ils pensent que je suis le cousin d'Obama », plaisante-t-il.

La peinture fait figurer une formule : "La journée rencontre le crépuscule " et est dédiée à la grêve des mineurs à Marikana, en Afrique du Sud, durant laquelle certains mineurs ont été tués par la police.

Située dans le cœur de Ljubljana, la zone culturelle indépendante occupe d'anciennes casernes militaires abandonnées par l'armée yougoslave après la déclaration d'indépendance de la Slovénie en 1991. Metelkova n'a jamais eu aucun statut légal, ce qui rend difficiles ses relations avec le gouvernement. Metelkova, c'est un peu une ville miniature unique qui exhibe sa collection de galeries, de boîtes de nuit, d'organisations non gouvernementales et d'ateliers. Un patchwork de styles visuels différents qui vous fait ressentir le récent passé et les transformations sociales. « Au premier coup d’œil, on voit que Metelkova, n'est pas un coin très formel », nous dit Tshepo, qui fut recommandé aux membres du centre après avoir rencontré un collègue slovène à l'institut indonésien d'arts de Denpasar. « J'ai été inspiré par le chaos qui m'entourait. J'ai pensé que je pouvais faire quelque chose pour magnifier cet endroit. »

Studio Asylum ou la diversité multiculturelle au travail

Pour les immigrants de Metelkova, il est difficile de gagner sa vie à Ljubljana. La majorité des demandeurs d'asile en Slovénie en 2011 proviennent des Balkans, de Turquie, d'Afghanistan et du Nigeria. Selon Urška Šlibar, coordinateur du programme communautaire Equal, les autorités publiques les considèrent comme fauteurs de troubles ne désirant pas travailler. Nataša Serec, président de l'association KUD Mreža, va bientôt mettre en place la première et unique entreprise sociale de Slovénie qui viendra en aide aux immigrants dans leur lutte contre l'administration pour l'obtention de la citoyenneté. Grâce au système de résidences du Studio Asylum, Nataša Serec cherche à donner une chance aux artistes émergents qui n'ont pas accès à la « grande scène artistique ». Elle explique : « Nous avons besoin de personnes qui apportent de nouvelles idées, de nouvelles façons de vivre et qui s'engagent de manière passionnée dans leur travail. C'est en tout cas l'histoire qu'ils veulent raconter. »

« Metelkova ne peut pas être cataloguée comme toutes les autres instituions. »

Nataša retourne fièrement un instrument de musique pour enfants, récemment construit. Elle explique qu'il a été fabriqué avec les morceaux de marbre délaissés suite à la rénovation du Parlement tchétchène. A ses côtés, Jernej Brzin, doctorant, mélangeant espagnol, anglais et slovène explique comment il a transporté un des deux oliviers de Croatie vers Metelkova, liant ce dernier bien plus avec le monde environnant qu'avec les autorités locales. « Nous rencontrons encore des difficultés avec eux, simplement parce qu'ils ne nous comprennent pas », admet Nataša. « Metelkova ne peut pas être cataloguée comme toutes les autres instituions. »

Atmosphère "Do It Yourself".

L'atmosphère relativement encline aux bavardages rend les rapports sociaux plus simples à Metelkova. Anna Ehrlemark est rejoint au bar par Leigh venu d'Irlande et Kinglsey du Nigeria. Tous parlent couramment le slovène. « Une citation sur un forum internet disait que Metelkova était remplie de femmes laides et d'hommes pauvres », rigole l'artiste suédois et ancien résident du Studio Asylum, qui travaille actuellement sur une nouvelle : « Desperate Rich Old Bitch, Zombie Girl ». Anna est arrivée à Ljubljana en 2003 en tant que volontaire. Au fil des années, elle a supervisé les ateliers d'artistes, s'est chargée de la collecte de fonds avant de devenir graphiste au sein de KUD Mreža. Elle dit que les gens et les espaces l'aident à apprécier le concept de la construction-communautaire. « Stockholm est extrêmement ségrégationniste alors que des personnes d'horizons très différents se côtoient et se mélangent à Metelkova. Je m'ennuie terriblement lorsque je suis à Stockholm. Metelkova accueille volontiers "les citoyens normaux" bien que le centre s’oppose à toute forme de standardisation. »

Art Center

La révolution verte de Tschepo détonne en plein milieu de la forêt du nord-est de Slovénie. Le parc naturel de Goričko se trouve dans la zone bilingue de Prekmurje, à 150m de la frontière hongroise. C'est avec un grand enthousiasme et à renfort d'argile et de paille que des activistes ont contribué à la construction de la résidence d'artistes d'Art Center (Art središče, ndt). En fait, Studio Asylum est né lorsque ces personnes furent mis à la porte de leurs locaux en 2006. Cherchant asile à Metelkova, ils ont rénové et transformé un ancien lieu de stockage en un espace pour les artistes avant de retourner à Goričko, en 2008.

Sur un côté de la maison, un graffiti dit : "L'UE soutient, la municipalité détruit."

Art Center est le premier et unique centre artistique résidentiel en Slovénie. Un endroit stimulant pour la production d'art multiculturel et une grande opportunité pour les artistes de toute l'Europe, dont l'attente d’interconnexions entre « ici » et « là-bas » a donné naissance à des sculptures cinétiques, des ateliers d'animations, des vidéos, des bouteilles de schnapps, des conceptions de vêtements... Vita, sculpteur et manager et Zdravko Pravdič aka Pec, le fondateur du centre, vivent dans une maison rénovée à la frontière de l'ex-Yougolslavie. Ils possèdent aussi deux autres terrains et un grand potager. Six années ponctuées de hauts et de bas, se cachent derrière cette photo écolo bien mignonne. Ils n'ont toujours pas eu d'explications légales concernant leur éviction en 2006 par « la mafia locale » (comprendre : la ville, ndlr). Parce qu'ils n’ont pu finir un certain nombre de projets financés par des donateurs locaux et internationaux, ils ont perdu la confiance de certains soutiens. Toujours impliqués dans divers procès, ils ne peuvent même plus postuler à la majorité des programmes de financement européens.

Maja et Simon, membres de Art Center, roule vers la frontière croate. Des piles de documents débordent de tous côtés de la voiture. A l’occasion de ce 18 septembre qui marque la journée de la coopération européenne, les deux collègues ont imprimé en croate et en slovène l’histoire du « mariage de U et du E » qui dessine en fait les contours d’un nouveau projet de média transfrontalier, SI-CRO. « Quand tu déchires le papier au milieu, chaque moitié peut lire l'histoire dans les deux langues. Ainsi tu peux garder une partie pour toi et faire passer la seconde moitié », expliquent-ils. Faire passer un message en utilisant l'art et l'activisme en tant que langue multiculturelle n'est pas le principal défi d'Art Center. Vita et Pec se battent aussi pour obtenir un accord avec le gouvernement et le ministère de la Culture afin d’assurer le fonctionnement indépendant de l'institution et garantir la liberté d'expression. Une large communauté internationale de personnes d'origines, de professions et d'intérêts très divers les soutient.

Cet article fait partie de la dixième et dernière édition de cafebabel.com 2012 concernant la série d'articles « MultiKulti » ou le multiculturalisme en Europe. Merci à l'équipe de cafebabel.com de Ljubljana

Photos © Plamena Slavcheva pour 'MultiKulti on the ground'', Ljubljana, Septembre 2012