Culture

Le phénomène Tokio Hotel, contagieux ?

Article publié le 31 mars 2008
Article publié le 31 mars 2008
Ils sont très jeunes, talentueux ou agaçants selon les goûts. Les bébés rockeurs atteignent les sommets du Top 50 dans l’Europe entière. Une déferlante qui ravit les profs d’allemand.

Derrière les guitares, les rock-stars sont de plus en plus jeunes. Leurs fans aussi. Rivaliser en âge avec les groupes actuellement au top des ventes est une mission impossible. Fabi, le batteur du groupe punk-pop allemand les Killerpilze, littéralement les champignons tueurs, vient tout juste d’avoir 14 ans. Les jeunes rockeurs de ce groupe bavarois semblent être les dignes héritiers de Tokio Hotel. Leur nom, ils le doivent à un champignon énorme sur une pizza entre ami. Une blague qui précède la sortie de leur album L’invasion des champignons tueurs (Die Invasion der Killerpilze) en 2006. Un premier cri avant l’âge de la puberté et leur second album Mit Pauken und Raketen (A grand fracas ).

Tokio Hotel. Ce groupe chante en allemand et a pourtant réussi à entraîner dans son sillon hard rockeux des fans de tous les horizons. Pour ses fans anglophones, Bill Kaulitz chante dans la langue de Shakespeare ; et pour satisfaire ses spectateurs français, il tente un « je m’appelle Bill » sur scène. Même à New-York, le groupe originaire de Magdebourg près de Berlin, fait salle comble devant des teens américains enthousiasmés. Bill, Tom, Georg et Gustav ont été récompensés pour leur clip Spring nicht (Ne saute pas) dans la catégorie « meilleure vidéo nationale ».

Allemand, première langue

Un tel succès et les vieux préjugés sur la langue allemande sont vite balayés. Dans le collège André Cotte, à Saint-Vallier sur Rhône, au sud de Lyon, les collégiens font volontairement des heures supplémentaires pour rester en classe d’allemand :« Les élèves m’ont demandé si je pouvais chanter avec eux des chansons de Tokio Hotel. Quand je vois leur enthousiasme, je ne peux que les encourager ! », rapporte Muriel Kerence, professeur d’allemand.

Pourquoi cet engouement ? « Ils sont jeunes et beaux, explique Sarah, Bill surtout. » Florian attribue plutôt leur succès « à leurs belles voix », tandis que Pierre-Louis estime que « Tokio Hotel est un groupe spécial car on n’entend jamais de textes allemands en France. » Le 14 juillet dernier, la notoriété de Tokio Hotel a fait un bond de plus à l’occasion de la fête nationale. Le président Sarkozy les a invités à jouer au pied de la Tour Eiffel. Depuis, les petits Français apprennent tous l’allemand, une langue pourtant boudée au collège. Le Goethe Institute, l’agence culturelle allemande à l’étranger, constate même une récente vague d’inscription pour les cours d’allemand.

Des prix musicaux en pagaille

Mais Tokio Hotel est loin d’être un cas isolé. En France, ceux que l’on nomme « les Baby Rockers », comme les Plasticines, Naast ou BB Brunes, font aussi fureur. Les Bedwetters, un groupe de rock estonien, (littéralement, les enfants qui font toujours pipi au lit !) ont gagné les MTV Music Awards, dans la catégorie nouvelle musique d’Europe, représentée uniquement par des groupes d’ados, de 17 à 20 ans. A voir leur nombre, on se dit que le coup de marketing est réussi et que la vague Tokio Hotel qui se déverse sur l’Europe entière, fait des émules dans les maisons de disque.

Plus au Nord, Duné a été nominé groupe danois de l’année. Le « P3 Gold Award », distinction la plus élevée au Danemark, a récompensé ses sept membres d’une moyenne d’âge de 20 ans. Les mêmes ont aussi remporté l’EBBA en 2008, qui est chaque année attribué par la Commission européenne lors d’un événement musical à Cannes. Le but de l’opération ? Aider les jeunes pousses européennes et se faire connaître au-delà de leur pays d’origine.

Photo en Une(© Markus Merz/flickr), Albums des Killerpilze et de Tokio Hotel (© Universal Music Group), Les Bettnässer (© copyright 2008 Bebo), Dúné (Photo: Gregers Tycho/ myspace Dúné), Bill de Tokio Hotel (© Jens Boldt/ Universal Music Group)