Culture

Le festival de Benicassim ou les 5 raisons de ne pas y aller

Article publié le 20 juin 2011
Article publié le 20 juin 2011
Si tu es Européen et que tu as entre 18 et 30 ans, tu dois faire un festival cet été, mon pote. Tu vas halluciner, tu verras. Tu auras l'occasion de te bourrer de n'importe quelle substance interdite. Tu pourras arborer les t-shirts funky, coudoyer des peoples et montrer ta coiffure rétro. Et le plus important : dire que tu y as été. Alors vas-y… mais pas à Benicassim.

Certains festivals ont trouvé un filon au travers de cette nouvelle mode du consumérisme musical et sont devenus de grands centres commerciaux du son. Après l'explosion l'année dernière de la « bulle de festivals », les promoteurs qui ont survécu font comme les grandes banques, et se consacrent à exploiter de plus en plus leurs clients au lieu de les remercier de les maintenir en vie.

Moi je n'irai pas au Festival International de Benicassim (FIB) cette année, pour donner un exemple de l'un des nombreux festivals-commerce qui passent leur temps à traiter leur public comme des arriérés parce qu'ils sont jeunes et consomment des drogues. Bref, je vous balance les cinq vraies raisons de ne pas y aller.

Pour l'auteur, ils sont loin de pouvoir mettre le feu sur scène

La première (et la plus importante) : le prix de l'entrée

Comment est-il possible que, alors que ce sont pratiquement les mêmes groupes qui jouent, l'entrée pour le festival Super Bock de Lisbonne coute moins de la moitié de celle de Benicassim (180 contre 88€)? Si les grands groupes sont les mêmes, où est la grande différence? Dans les toilettes, peut-être? C'est vrai, celles de Benicassim sont dignes d'un film… comme Trainspotting, je veux dire.

La deuxième (et peut-être plus importante que la première) : le prix de la bière.

Cinq euros pour un peu d'eau sale (du robinet et chaude) me semble être abusé. Je suis désolé mais appeler bière une Heineken est aussi stupide que dire qu' Obama mérite le prix Nobel de la paix.

La troisième : l'affiche

Comme tous les ans, l'affiche a été conçue pour attirer le public anglais, qui remplit les plages, urine dans les rues du village et chie dans les eaux déjà chaudes de la Méditerranée. Arcade Fire, The Strokes, Artic Monkeys... il n'aurait manqué que MGMT pour compléter la liste de produits rock du hit parade, qui font tous des lives assez moyens, qui ont eu un succès énorme ces quatre dernières années mais dont personne ne se souviendra dans dix ans. A la digne exception de Portishead, les concerts promettent d'être aussi « funs » que le mariage princier anglais. En plus, comme pour les offres de téléphonie mobile, l'arnaque est écrite en tout petit. Lisez, lisez et ne vous laisser pas abuser par les néons.

La quatrième: l'ambiance de podium de mode

L'obsession de l'image transforme Benicassim en un ridicule défilé de mode. Chemises à carreaux texans, boutonnées jusqu'au cou (qui jugule l’afflux sanguin jusqu'au cerveau), lunettes à la Woody Allen « pseudo-intelectuelloïdes » et moustaches soignées genre Second Empire sont les dernières tendances pour les plus nerds (les loosers de la classe, depuis toujours). Elles, avec leur style vintage, m'ont plus l'air tout droit sorties d'un asile, avec leurs talons sur lesquels elles doivent marcher 10 heures, leurs chaussettes blanches jusqu'aux genoux et leurs chemisiers« lolitas » à manches longues. Mais ne t'inquiète pas si tu n'es pas assez moderne. Dans l'enceinte du festival, tu trouveras le Fibermarket et la Fibershop, où il y a presque plus de gens que pour les concerts. Et tu pourras t'habiller denier cri pour essayer de tirer un coup grâce à ton costume artificiel sans personnalité.L

La cinquième : le camping infernal

Des ados prêts à faire péter le son ? La zone de camping est communément nommée au FIB le « champ de patates ». Il est fascinant, sans payer un euro de plus, de pouvoir expérimenter ce que ressent une patate à son réveil chaque matin quand le soleil se lève sur la côte Est espagnole et atteint les quarante degrés. Ça c'est si tu as eu de la chance et que tu peux te réveiller parce que ça veut dire que tu auras pu dormir un peu et qu'il n'y a aucune rave dans la tente d'à côté avec des haut-parleurs de 10,000 watts et des sifflets de carnaval. Mais ne t'inquiète pas, la discrimination et les classes sociales ont envahi Benicassim, alors, si tu es riche, tu peux te permettre un logement VIP, avec installations climatisées, une piscine et même une terrasse avec vue sur le camping des pauvres où tu pourras rire d'eux aussi longtemps que tu en auras envie.

On pourrait dire que le FIB est aux festivals de musique ce que Ryanair est aux vols européens, les tarifs attractifs en moins. Ils traitent leur client comme du bétail. C'est pour ça que, si tu ne veux pas suivre la trace de caca que laisse sur son passage le troupeau de moutons qui, aliénés, entrent et sortent de l'enceinte, voient des concerts a 200 mètres via écrans plasma géants et consomment, consomment, consomment sans savoir très bien quoi, comment, ni pourquoi, choisis un autre genre de festival pour t'éclater. Il y en a d'autres beaucoup plus sympas dont on ne revient pas avec une tête de con.

Photos : Une et texte (cc) Fiberfib/flickr ; Arcade Fire © fib