Culture

Le festival Amal ou le cinéma euro-arabe en 5 clés

Article publié le 14 novembre 2012
Article publié le 14 novembre 2012
Le Festival International de Cinéma Euro-arabe Amal, référence de la scène audiovisuelle euro-arabe en Espagne, a une nouvelle fois et pour la 10ème année, aiguisé la curiosité du spectateur. Avec comme objectif de mettre en un genre cinématographique assez méconnu du grand public qui n’a pourtant pas grand-chose à envier aux grandes productions européennes.

Tous les films présentés (31 pour ce qui est du concours officiel) ont parfaitement reflété la situation actuelle des pays arabes sur les plans politique, économique et social : « une très belle sélection qui reflète le désir de liberté », commentait une anonyme parmi les spectateurs. Cependant, beaucoup trouvaient que les documentaires n’abordaient pas les situations politiques qui ont secoué les nations arabes ces derniers mois : une carence qui se justifie par l’absence de période de post-révolution réellement terminée, puisque la lutte pour le changement est toujours d’actualité.

Malgré cela, le festival Amal joue toujours un rôle important en tentant de refléter ce qu’il se passe jour après jour dans ces pays. Les pièces présentées ne cherchaient pas seulement à rencontrer un public de culture arabe, mais ont aussi créé un lien particulier avec le public occidental. Il y avait dans chacune d’entre elles des traits d’humour qui laissaient échapper une petite lueur d’espoir, qui montraient une société vivante et pleine de rêves en cette période de renaissance arabe. Il est donc nécessaire de souligner les 5 aspects essentiels, véritables piliers de ce festival : les cinq éléments qui ont permis d’apprécier cette fête du cinéma comme une vraie rencontre entre l’Europe et le monde arabe.

1. Le lieu : une ville et un théâtre de caractère

En effet, quel meilleur endroit que le Théâtre Principal de la capitale de la Galice pour célébrer ce festival, un lieu chargé d’histoire et de magie qui apporte aux films cette atmosphère chaleureuse, nécessaire pour transporter le spectateur au fil des images ?

C’est ainsi que face à l’ostentation et le luxe des galas de remise de prix hollywoodiens, des petits festivals comme celui-ci démontrent que la véritable essence d’un tel événement réside dans le contenu et la saine ambiance de compétition. Le fait que le festival se tienne à Saint Jacques de Compostelle, ville qui a vécu toute une transformation culturelle, est déjà un argument pour marquer la date dans l’agenda.

2. Le pari du genre documentaire

Rare sont les festivals qui dédient une vraie place au genre documentaire. C’est peut-être l’essence même du cinéma arabe qui favorise ce genre cinématographique, mais ce n’est pas pour autant que la fiction est laissée pour compte. Le scénariste galicien Alfonso Pato indique que « la majorité des films exposés sont tournés à partir du point de vue de l’humour et de la création d’un courant créatif ». Le parti pris pour la plus pure réalité, sans fioritures ni effets spéciaux est un vrai atout. Cela repousse la portée du cinéma, qui apporte alors une vision complémentaire à celle donnée par les médias.

Photo du documentaire réalisé par Mohamed El Wassifi.

3. Le jury : les grandes victimes

Oui, les victimes. Mais dans le sens positif du terme : les victimes du succès. Durant toute cette année, le festival a reçu une grande quantité de films de tous les styles : « C’est impossible que la sélection des films reflète tous les problèmes des pays arabes. En revanche, de chacune d’elle se dégage un vrai sentiment d’espoir », signalait l’actrice franco-marocaine Sanâa Alaoui, qui présidait le jury. La décision finale n’a pas été facile, mais ce qui est clair, c’est que le grand vainqueur de cette cérémonie a été le cinéma arabe, qui a gagné en visibilité.

Le festival prend fin avec la remise des prix.

4. L’appui des nouvelles technologies

Qui aurait pu imaginer qu’il serait possible d’organiser un débat en direct avec la Hollande ? Les nouvelles technologies ont été fondamentales dans l’évolution de cet événement et ont permis une plus grande interaction entre le public et l’équipe technique des films présentés au concours. Elles ont aidé à profiter pleinement du cinéma arabe.

Internet a permis de débattre en direct entre public et équipe technique du film.

5. Le public et sa soif de débats

Sans doute la clé principale. « Tous les films du festival doivent être vues par le prisme d’un contexte sociopolitique. Le thème des révolutions arabe et de la constitution des nouvelles démocraties n’est pas beaucoup traité », précisait Tahar Houchi, directeur du Festival International de Cinéma Oriental de Genève et membre du jury à Saint-Jacques de Compostelle. Sans l’attachement du public, la conversation autour des conséquences du Printemps arabe n’aurait pas eu lieu. Les réflexions et les échanges n’ont pas cessé durant les 6 jours du festival.

La réalisatrice des Emirats discute avec le public à propos de son film, “Hamama” (2010).

Si une chose est claire, c’est qu’aucune personne présente sur les lieux n’est repartie à la maison avec ses doutes. Il est toujours étonnant de voir comment une ville qui se trouve à des milliers de kilomètres des pays arabes garde une curiosité intacte et une soif de connaissance face à l’inconnu.

Photos : Une et texte © Festival Internacional de Cine Euroárabe Amal; Capture d'écran, © Mohamed El Wassifi/Vimeo.