Culture

Le Belgistan fanfaronne «dans un univers sans limite»

Article publié le 15 décembre 2009
Article publié le 15 décembre 2009
Depuis 2001, la fanfare du Belgistan fait danser les filles sur des rythmes balkaniques endiablés. Et ce n’est pas pour leur déplaire. Rencontre avec Tom, et ses sept acolytes belge-franco-marocain-islandais. Mais avant tout « Belgistanais ».

Le Belgistan, « né d’une bande de pote » est un pays « au cœur de l’Univers ». Aux confins de l’Europe de l’Est, de l’Orient, de l’Afrique du Nord et de la chanson française. Aucun guide n’en parle. Depuis neuf ans, l’accès dans ces contrées ne se fait que par voie auditive. Y vivent sept musiciens et un ingénieur du son « jamais d’accords, sauf sur scène ». « Belgistan libre ! » : la devise du pays fait référence aux libertés musicales autant que géographiques. D’ailleurs, mieux vaut s’abstenir de parler de frontières à Tom. « C’est que des conneries ces histoires, s’agace le franco-islandais de la troupe. Nous sommes tous des êtres humains. La diversité est une richesse. » Alors le pays roule sa bosse, représenté par la bande de joyeux lurons, instruments en bandoulière. 

« Un langage qui s’exporte bien »

Ce soir, avant le début de concert, ils dinent dans l’ambiance feutrée du studio de l’Ermitage, quartier Belleville. « Un lieu accueillant et familial, ce qui est rare à Paris ». « Musique et danses du Belgistan », dernier CD sorti, ce sont leurs propres compositions. Sans parole : « Après des détours musicaux avec les Ogres de Barback, ou Néry, nous revenons aux sources. » Le langage universel du Belgistan « s’exporte bien » malgré les dissonances qui étonnent les oreilles peu averties. Souvent définis comme une fanfare de cuivre et de percussions, l’abus de langage est minimaliste. Sur scène, trois bois, qui croassent et bourdonnent : saxophones soprano, alto et baryton. En basse, un majestueux soubassophone, une caisse claire et cymbale dite tapan, et une derbouka, percussion africaine. Et pour couronner le tout, une trompette. Les influences variées les dénotent du répertoire balkanique, largement repris depuis les années 2000. Des sonorités festives aux plus mélancoliques, « nous suivons la route des gitans, qui ont une tradition de mélange, d’assimilation, de copies, indique Tom. Un courant qui n’hésite pas à revoir la BO de James Bond. »

Des concerts « en trans »

Après un buffet froid où chacun est venu picorer, ils vont fumer leurs clopes devant la salle. Assis sur une barrière, sans fard ni paillette. 48 concerts du 1er juillet au 16 août 2009. Entre l’Italie, l’Espagne, le Canada et les Etats-Unis, le Belgistan a tracé sa route avec un rythme effréné. « A la fin de la tournée, je dormais à peine quatre heures par nuit, se rappelle Tom. On ne mange plus. Mais on a de l’énergie au-delà de la fatigue. » L’un de ces amis glisse que Tom s’est déjà évanoui sur scène. En aparté, le saxophoniste explique son intérêt pour la « trans » d’un peuple marocain. Et en effet, ils se donnent tous sur scène. Sans esbroufe mais avec une richesse musicale jamais à bout de souffle.

De l’été, Tom retient son passage à San Francisco. Un des rares endroits où ils sont restés assez de temps pour s’en imprégner. « Aux Etats-Unis, ceux qui décident de se lancer dans un projet musical partent dans des extrêmes que la culture subventionnée n’atteint pas. » Tom n’hésite pas à mentionner son état « privilégié » d’intermittent belge. « Un titre qui nous offre une qualité de vie confortable. » Il a l’impression de ne pas se reposer sur « les 1000 euros par mois à vie » que lui accorde son statut. De temps en temps, il faut bien faire de l’alimentaire, « des animations moins excitantes que de partir sur la route ». S’ils ne rouleront pas sur l’or, ils créent du son d’abord pour eux. « Notre musique, c’est un choix de vie pour être bien dans nos têtes. » Depuis 2001, les fanfarons ont toujours la bougeotte, piqués par le virus du voyage. Leurs instruments ne sont qu’un prétexte. « Lorsque nous arrivons dans un pays, nous venons échanger de la musique. Loin du touriste qui donne de l’argent contre un souvenir à ramener dans ses valises », décrit-il avec aversion.

La claque, c’est de rentrer à Bruxelles et de reprendre son quotidien. « Le retour dans la vie est pourtant essentiel pour ne pas devenir fou, ajoute David, le trompettiste. En tournée, on se déconnecte, c’est agréable, ce côté infantile. Nous n’avons pas à penser à la dernière facture à payer… » A peine posé, Tom et ses copains attendent de repartir et se lancent dans des projets parallèles. Des groupes référents ? Radiohead autant que Duke Ellington en passant par le saxophoniste nigérien Fela Kuti. Ici encore, c’est « no limite ».

En concert au studio de l’Ermitage de Paris, le 22 janvier 2010.

Crédits photos: myspace.com/belgistan