Culture

L’autogestion sur les bancs de la fac à Lyon

Article publié le 2 novembre 2009
Article publié le 2 novembre 2009
La réforme de l’université française a vu naître des révoltes et des manifestations, elle a aussi donné naissance à des projets d’enseignement supérieur alternatifs : la fac autogérée propose de partager des connaissances et d’abolir la hiérarchie. Exemple à Lyon.

« Teachers ! Leave them kids alone ! », car la hiérarchie à la fac est finie. Finis les enseignements unidirectionnels et les notes, finis les redoublements et la vision utilitariste des études. Ce vieux rêve soixante-huitard a été récupéré et depuis le printemps 2009, un nouveau modèle éducatif essaie de s’affirmer : celui de l’université autogérée. « Ce n’est pas officiellement anarchiste, ni le contraire d'ailleurs ; mais il s'en rapproche énormément, ne serait-ce que par le principe d'autogestion », explique Edouard Piron, 22 ans, étudiant à l’université de Lyon 2.

« Beaucoup d’étudiants voulaient proposer un projet alternatif à la loi et au système actuel »

Dans cette ville, deux projets sont nés des luttes contre la loi LRU (relative aux libertés et responsabilités des universités) voulue par le ministre de l’enseignement supérieur Valérie Pécresse. « On avait l’impression que le combat n’aboutissait à rien et beaucoup d’étudiants voulaient proposer un projet alternatif à la loi et au système actuel », poursuit-il. Ainsi l’« université partagée Lyon Zéro », dont Edouard est un des membres, et « l’Université autogérée » (UA) émergent grâce aux actions de « deux groupes différents qui ont les mêmes objectifs, mais pas les mêmes moyens », explique Edouard. La première a un statut associatif, un cadre juridique et cherche une coopération avec l’université Lyon II, alors que la deuxième se veut totalement autogérée.

(Andrea Giambartolomei)

« On a tous des connaissances »

A la base de ces projets il y a surtout deux concepts simples : l’absence de hiérarchie et le partage des connaissances, afin qu’elles ne soient « consommées et diffusées de manière unilatérale, alors qu’on voudrait que cela soit un système ‘apprenant/apprenneur’, précise Edouard. On a tous des connaissances à partager. » De plus, « le problème est qu’à la fac, on étudie seulement pour trouver un emploi. Nous ne voulons pas supprimer cet objectif, mais aider les gens à apprendre pour le plaisir de connaître. »

« Nous pouvons étudier un sujet, faire une recherche collective et après en discuter ensemble »

Comme les doctrines anarchistes le prévoient, dans ces universités, la motivation se substitue à la sanction, et l’auto-évaluation aux notes, comme dans les écoles Steiner. Cependant, il existe bien certaines règles : « Au départ, elles sont nécessaires, et après, quand ça marche, on les enlève », dit l’étudiant en citant un concept de Bakounine. « Lyon Zéro » n’a pas vocation à remplacer le système traditionnel, « nous voulons montrer une autre voie, une voie complémentaire. » Complémentaires, les cours le sont aussi : « Le type de cours dépend des gens qui viennent et donc, comme nous sommes alternatifs, les sujets sont nouveaux, jamais traités à la fac. » Une réflexion sur le concept de temps et de vitesse, une autre sur les discriminations sexuelles, un atelier de micro-politique des groupes, de danse contemporaine ou de nomadisme : voilà quelques exemples des thèmes traités. Si la boite à idée est vide, « nous pouvons étudier un sujet, faire une recherche collective et après en discuter ensemble. »

Enseignements nomades

« Lyon Zéro » compte presque trente membres actifs. Etudiants, professeurs, chercheurs, retraités et aussi salariés… beaucoup de gens suivent ce projet et certains sont intéressés par les ateliers. En France, d’autres expériences similaires ont vu le jour, le plus souvent sans suite. Au début du mouvement de protestation contre la loi d'autonomie des universités, en novembre 2007, à l’université Paris 3, une « Unité de formation et de recherche » (UFR) autogérée a été créée. En 2008, c’est au tour de l’UFR « Zéro » de Paris 8. En 2009, alors qu’en Italie, les chercheurs italiens décidaient de faire cours dans les rues et sur les places, la ligne 14 du métro parisien est investie par des étudiants et des chercheurs qui créent « l’université Paris 14 » (la création de Paris 13, la dernière fac parisienne inaugurée, remontant à 1971). Comme la ligne 14, l’université « n’a ni chauffeur, ni président, ni instances dirigeantes. Elle est autonome, autogérée, critique, nomade et ouverte à tous ». Pour l’instant, son emploi du temps est vide, mais cela ne veut pas dire que le rêve est fini : « Nous ne sommes pas morts, informe Guillaume Lachenal, chercheur et membre de Paris 14, nous avons ralenti à cause de l’absence de grève générale en ce moment. »