Culture

L'art de la provocation

Article publié le 14 février 2008
Article publié le 14 février 2008
Laid, dégueu ou politiquement incorrect : certains artistes européens n'hésitent pas à choquer leurs spectateurs avec des oeuvres qui frôlent parfois l'écoeurement.

Le sens profond du porno

Walerian Borowczyk est né en Pologne, en 1923. Et il a un faible pour les objets auxquels il accorde une place très particulière dans ses court-métrages d'animation surréalistes et dans sa vie personnelle. Sa passion : leur forme et leur résonance à l'écran. Son oeil : celui du fétichiste. L'artiste aborde aussi la sexualité dans des longs métrages, comme Goto, l'île d’amour réalisé en 1968 et Blanche sorti en 1971. Ces deux films ont catapulté ses dessins animés sur les feux de la rampe et allumé les lumières rouges de la controverse. Son travail se situe dans un monde qui a ses propres règles, ses rituels et ses fétiches et dans lequel le désir est moteur de toute vie. Encore aujourd’hui, les scénaristes puisent leur inspiration de ce réalisateur porno-philosophe comme le célèbre Lars von Trier ou Terry Gilliam et ses camarades des Monthy Python. Les dessins et les graphismes qui ont servi à la composition de ses films sont exposés au Centre d’art moderne de Varsovie jusqu’au 30 mars 2008.

La Bête

Faire sauter les tabous

Le madrilène Santiago Sierra est né en 1966. Il s'est attaché à mettre en scène les tabous de la société. Sexe et pouvoir de l’argent : de quoi les gens sont-ils capables si on les paye ? Ils se masturbent devant une caméra, écoutent des discours papales même en étant anars ou se font tatouer le dos. Et en illustrant ce propos, un artiste peut lui-même gagner beaucoup d'argent ! Une installation de Sierra se nomme 245 mètres cubes (2006). Elle projette du gaz de pot d’échappement de voitures dans une ancienne synagogue près de Cologne. Une manière d'exposer sa vision de la « banalisation de l’holocauste ». Mai les critiques se font entendre : ce thème devrait être traité de manière plus raisonnable, disent-elles. Alors, déraisonnable Senor Sierra, mission accomplie ?

Piégé sur le trône

Des murs comme instruments de pouvoir, un monde fait de verre et d’acier, des cratères de volcan en forme de phallus... L'oeuvre de l'Italienne Monica Bonvicini est une course infinie de sexe et de violence. L'artiste, née 1965, souligne la symbolique du pouvoir masculin dans l'architecture. Pas de message politique, mais une insurrection énergique contre toutes les formes de rigidité. Elle aime la provocation et joue avec les hontes et les angoisses des visiteurs : son installation Never again est faite d’éléments empruntés au monde du bâtiment et de l’érotisme. Avec elle, les hamacs sont en cuir noir et les balançoires érotiques. Son WC, Don’t Waste a Sec (Art Basel 2004), d’extérieur très sombre, est translucide de l'intérieur et provoque une forte anxiété, une fois à installé dedans.

WC, Don't Waste a Sec

Un joujou historique

Toujours vêtu de noir, veste de jogging, cheveux au vent, Jonathan Meese frôle souvent le mauvais goût. Il aime provoquer, manie parfois le salut hitlérien et les images de Jésus-Christ. Dans son univers où se mélangent le porno, le pop et le sang, les plus grandes figures du Mal évoluent, impartiales, dans des sculptures, des décors de théâtre et des dessins. Meese représente Néron, Caligula ou encore Staline sous un angle détourné et les noie dans le non sens. Ainsi, il prépare le terrain pour la « conquête du monde part l’art », comme le dit lui-même cet allemand, né en 1970 à Tokyo. « Je suis sur cette planète pour proclamer la dictature de l’art », déclare-t-il humblement. Naïf, carrément cinglé ou provoquant à l’extrême ?

London, Tate Modern, Februar 2006

Art scatologique

L’œuvre la plus connu et la plus visitée de Wim Delvoye dans les années 1965 est Cloaca, la machine à caca. L’artiste tourmenté reconstitue le système humain de digestion, l’alimente et représente le processus intestinal à la vue de tous. Il va même jusqu'à produire la matière fécale. Derrière la machine infernale, on peut acheter des petites saucisses, proprement empaquetées sous vide. Un exemple d'imitation de la nature à la pointe et une attaque humoristique contre l’art actuel et la société de consommation. L’installation s'arrache dans les galeries du monde entier. Ironique, toujours à la limite de l’écoeurement, Wim le Belge hésite : peut-il tatouer des ailes d'anges sur la couenne d'un cochon sans se faire attaquer par la SPA...? Artiste : un métier à risque.

Cloaka

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