Culture

La tauromachie est interdite en Catalogne

Article publié le 28 juillet 2010
Article publié le 28 juillet 2010
Par 68 voix contre 55 et 9 abstention, le parlement catalan s'est prononcé en faveur de l'« initiative législative populaire » contre la tauromachie en Catalogne. La loi entrera en vigueur le 1er janvier 2012. Scandale pour le quotidien madrilène El Mundo, qui vilipende une région dont « l'idée est de proscrire tout ce qui est espagnol ».
En effet, la pratique ancestrale continue de faire des émules et des heureux dans tous le pays. Alors, la décision est-elle politique ou se joue-t-elle sur les valeurs, patrimoine culturel d'un côté contre droit des animaux de l'autre ? Plongée dans l'arène.

La foule des enthousiastes grandit à l’extérieur du stade et les reporters se rassemblent pour s’imprégner de l’atmosphère. Les questions en viennent inévitablement au sang et à la cruauté tandis que la tension monte entre les fans et les opposants, qui sont tenus à l’œil par un cordon de police de l’autre côté de la rue. José Gomez Ortega, un directeur d’opérations de Barcelone, est fatigué d’entendre toujours les mêmes questions. « Je me contente de dire que les sensibilités des gens sont différentes. Je suis sensible à des choses que d’autres ne ressentent pas, et vice-versa. » A l’instar des questions sur le sujet, le sang n’intéresse pas les fans.

« Je suis là pour l’atmosphère »

 Le dernier matador espagnol a avoir trépassé dans l'arène est Jose Cubero Sanchez, mort en 1985

En dehors de la musique, de l’architecture bien particulière des arènes et de l’air que l’on y respire, le but et l’intérêt principal de la tauromachie viennent du fait que « c’est le seul spectacle au monde où un homme risque sa vie ». Le spectacle de cette après-midi en fait une fois de plus la démonstration. Manuel Diaz « El Cordobes » échappe de peu à une punition mortelle de son opposant. Après un coup à la tête, il quitte le stade en ambulance, souffrant d’une contusion et de cécité passagère. « C’est ça la tauromachie » commente-t-il le lendemain, assis dans son lit d’hôpital en attendant la guérison de nez cassé. « Les moments de gloire et de satisfaction alternent inévitablement avec la douleur ». Réponse virile d’un homme au sein d’un sport où la fierté est omniprésente.Mais comme dans tous les sports, la tauromachie ne limite pas à ce qu’il se passe sur le terrain. En marge du spectacle central, il y a une culmination de musique, d’art et de culture qui contribue à un évènement que beaucoup considèrent comme un symbole du patrimoine national. De l’architecture grandiose aux costumes flamboyants, l’éventail de plaisirs visuels suffit à attirer des foules d’autochtones et, bien sur, de touristes.

En France, des manifestations ont régulièrement lieu contre le sport« Je suis là pour l’atmosphère. Je pense que je me détournerai probablement à la première vision de sang » explique Amy Wray, une galloise vivant à Barcelone. Cependant, ce ne sera pas sa première expérience de ce genre. Alors qu’elle voyageait en Colombie l’année dernière, elle est tombée sur un combat de coqs dans le petit village de Sant Agustin. « Je ne voulais pas y aller au début mais mon petit ami m’y a trainée. En fait, ça a été un des moments les plus intéressants du séjour ». Amy dit qu’elle ne sera jamais d’accord avec le combat et la cruauté, mais pour elle, l’expérience culturelle n’a pas de prix. « La camaraderie et la fraternité entre les locaux » lui sont restés vivement en mémoire jusqu’à ce jour.

Majorque dit stop

Les mêmes attractions sont clairement reflétées dans l’obsession espagnole pour la tauromachie, de l’émotion de l’évènement à l’ivresse de l’interaction sociale. Chaque corrida est un festival de couleur, de tradition, de beauté et une expression passionnée de la culture. Le sport a une longue histoire, répétée saison après saison jusqu’à nos jours : « Tout est le produit d'un processus de culture et de tradition dans la tauromachie » explique Hilda Tenorio, une des plus talentueuses toreras du Mexique. « C’est une fête très traditionnelle qui est emplie d’art ». Une fête où le temps est soigneusement conservé dans chaque partie de cette liturgie doucement évoluée, des antiques costumes d’or et d’argent qui sont des « produits de la tradition » à l’ordre du spectacle délicatement orchestré, où il n’y a « pas de demi mesures ». En fin de compte, le spectacle d’une corrida dégage un enthousiasme et une connection entre les gens inégalés.

Néanmoins, une interdiction du sport dans la province de Catalogne est en suspens au parlement local depuis janvier 2010, en attente d’une date pour être votée (Ndlr : mercredi 28 juillet, on apprend que l'initiative législative populaire a été validée par le Parlement Catalan et que l'interdiction de la corrida en Catalogne entrera en vigueur le 1er janvier 2012). Porté au parlement par quelques 150 000 signatures sous la forme d’une Iniciativa Legislativa Popular (Initiative législative populaire), il est évident que le mouvement a l’assentiment du public. Mais est-ce que la loi sera votée ? C’est difficile à prévoir. 200 personnes ont manifesté contre l’abolition de la corrida à Majorque le 11 avril. Quel que soit l’issue, le parlement devra surement affronter une bataille interne car les dissensions sont aussi présentes au sein des partis. Enfin, le conflit est aussi intime. Statuer sur la fin possible de ce savant mélange de culture et de tradition, c’est jouer « l’esprit contre le cœur » selon l’expression d’un avocat barcelonais.

Cet article a été publié une première fois en juin 2010. Nous le republions en actualisant les informations concernant la loi sur l'interdiction de la corrida en Catalogne, mais le reste du contenu n'a pas été retouché.

Photos : Une ©Roberto Rizzato ►pix jockey◄ Facebook resident/ Flickr; torero ©(oranje)/Flickr; posters ©ajgelado/Flickr; manifestation contre la corrida ©Ekinez Sortu/ Flickr