Culture

La route européenne du blues

Article publié le 15 janvier 2009
Article publié le 15 janvier 2009
Pour Mike Sponza, un musicien italien, le blues n’est pas seulement un genre musical américain, il contribue aussi à l’intégration… européenne. Rencontre.

« Kakanic » ou plutôt « lié à l’Europe centrale ». Mike Sponza, bluesman de Trieste, a emprunté ce terme à l’écrivain autrichien Robert Musil pour nommer son projet Kakanic Blues. Après trois albums (le quatrième est prévu pour 2009), et des collaborations nombreuses avec des musiciens originaires de Croatie, Hongrie, Slovénie ou encore Italie, il façonne son projet de blues centre-européen, avant d’élargir l’initiative à l’Europe entière.

Comment est née l'idée de créer un groupe de blues centre-européen ?

Habitant à Trieste, une ville italienne mais géographiquement proche des Balkans et de l'Autriche, je suis habitué à travailler et à faire des concerts en République tchèque, Pologne, Slovaquie... Ainsi il était naturel, quand de nouveaux Etats sont entrés dans l'UE en 2004, d'élaborer un projet qui rassemble des artistes de l’Europe centrale. Les nouvelles possibilités de rencontres de musiciens de blues se sont avérées fécondes notamment parce que le blues, contrairement à ce qu'on pense, est comme un fil rouge qui relie les Etats européens, au même titre que la musique classique et le jazz.

(mikesponza.com)

Quelles sont les difficultés, les problèmes logistiques rencontrés lorsqu'on rassemble autant de musiciens de différentes nationalités ?

Le problème de l'organisation existe, surtout pour réaliser un CD « pan-européen ». Nous avons élaboré une technique innovante, que nous pourrions qualifier de « song crossing » : à partir d'une première session de travail effectuée à Trieste par mon trio, sont réalisés des enregistrements successifs dans les autres villes. Quand on ne pouvait pas se déplacer, on envoyait le matériel par Internet. Par exemple, un guitariste de Copenhague envoie une chanson à un autre à Budapest, parce qu’il estime que ce dernier saura mieux réinterpréter le morceau. Puis, la partition passe entre les mains d’un Espagnol et ainsi de suite.

Peut-on affirmer qu'un nouveau genre musical est en train de naître en Europe ?

Oui, tout à fait. Le blues comporte beaucoup de styles différents : certains sont plus rock, d'autres plus « Rhythm and blues », ou années cinquante. Evidemment, l'origine du blues se trouve aux Etats-Unis, mais aujourd'hui, on peut aller au-delà des modèles anglo-saxons. Le fait d'appartenir à une aire géographique et culturelle « autre » doit venir enrichir la musique blues, plutôt que d'être ignoré : nous devons suivre l'exemple des musiciens croates ou hongrois qui ont développé une approche personnelle du blues. Ils ont commencé à le faire car ils ne pouvaient pas écouter de blues, ce genre musical étant interdit au-delà du Rideau de fer. Le résultat, c’est une musique authentique, sans clichés importés. Les seuls en Europe occidentale à avoir fait quelque chose de semblable ont été les Français, qui ont tendance, par réflexe culturel, à filtrer les produits culturels étrangers. La scène blues française est crédible.