Culture

La Roumanie après la chute du Mur : du communisme au consumérisme

Article publié le 19 mai 2009
Article publié le 19 mai 2009
La Mur de Berlin tombe, et les régimes communistes de plusieurs pays de l’Est avec. Comme le dictateur Nicolae Ceaucescue. Depuis, la Roumanie est devenue Etat-membre de l’Union européenne. Le poète roumain Mihai Mircea Butcovan vit en Italie depuis 1991, il revient sur toute une époque et la suite de l’Histoire.

Alors que le Mur de Berlin s’effritait sous les coups de marteau, les pierres roulaient vers l’Est. Un mois plus tard, elles arrivaient en Roumanie, déclenchant la Révolution qui renversa le régime. « Toi, tu ne le sais pas/ Moi, j’y étais ». Le poète et auteur roumain Mihai Mircea Butcovan clôture ainsi Décembre ’89. Vingt ans plus tard, l’auteur de Borgo farfalla regarde de l’Italie à Bucarest et évoque les événements de la nuit du 24 décembre, quand Nicolae Ceaucescu a été fusillé. Des attentes, des désillusions et ses compatriotes révolutionnaires nombreux à choisir l’émigration. Rencontre.

Qu’avez-vous éprouvé lorsque le Mur de Berlin est tombé ? Les images, au moins celles que le régime a laissé passer, laissaient-elles présager l’avenir en Roumanie ?

Nous ne pouvions pas avoir des nouvelles de ce genre. Et puis j’étais militaire et je ne pouvais donc même pas écouter Radio Free Europe ou Voice of America, les témoignages radiophoniques dissidents auxquels nous nous connections à la maison en cachette et qui, de l’Occident, nous indiquaient à quel point le régime se tenait caché. Tout ce qui s’était passé en Europe, je ne l’ai su qu’en décembre, directement après la chute de notre dictateur.

Qu’est-ce qui est arrivé à Bucarest immédiatement après la Révolution ?

Vous savez ce que chante Franco Battiato, ce chanteur italien, dans l’une de ses chansons ? « L’évolution sociale ne sert pas le peuple si elle n’est pas précédée d’une évolution de la pensée ». Ce qui s’est passé, c’est que la Roumanie s’est réveillée de son beau rêve révolutionnaire et qu’elle s’est retrouvée dans un cauchemar, elle est tombée dans une crise qui alors qu’elle aurait pu être une crise de « mutation » de la conscience, a servi juste à comprendre le temps qui serait encore nécessaire pour sortir de contradictions multiples.

Quelles contradictions ?

La plus importante est la suivante : beaucoup de ceux qui ont collaboré avec le régime de Ceaucescu comme espions, se sont recyclés dans les gouvernements suivants donnant à la démocratie une empreinte vieillotte (et même déformée). J’avais alors 22 ans, cela m’a poussé à quitter mon pays.

Vous êtes arrivé en Italie en 1991. Vous avez quitté votre terre comme tant d’autres Roumains juste après la Révolution. Pourquoi partir si vite après ?

J’ai quitté la Roumanie pour me donner la possibilité de poursuivre des études ; ma famille, comme tant d’autres, était sortie détruite des événements de 1989. Lorsque le régime est tombé, j’ai pensé que la Révolution aurait immédiatement changé la réalité. Non seulement cela n’est pas arrivé. Mais je peux dire aussi que l’ouverture à l’Occident a apporté différents changements négatifs. Pour empirer les choses, aujourd’hui, il y a une classe dirigeante qui a hérité beaucoup, tant de la forma mentis que du modus operandi du régime et qui, à la suite de ma génération, maintient les jeunes de vingt ans assis et en attente d’un renversement effectif.

L’entrée dans l’Union européenne n’a servi à rien ?

L’UE est nécessaire et utile mais, une fois de plus, elle est une opportunité partiellement cultivée. Dans ce cas, les responsabilités sont aussi bien celles de la Roumanie que de ladite union. Mon pays devrait exiger (et également mieux surveiller) le traitement civil de ses émigrants dans les autres pays de la communauté. De l’autre côté, quand elle concède l’entrée d’un nouveau pays, l’UE devrait tenir compte de l’élargissement non seulement territorial mais également culturel. Malheureusement, les campagnes de sensibilisations arrivent toujours trop tard. En Italie, on en sait peu sur les Roumains et ce qui se sait est souvent de la propagande instrumentée et la majorité des Italiens ignorent même que la Roumanie fait partie de l’UE : ils nous appellent extra-communautaires.

Comment réagissez-vous à la nostalgie qui existe parmi vos compatriotes et qui les portent à affirmer « c’était mieux avec Ceaucescu » ?

Avant la chute du Mur, il y avait une forte disparité sociale dans mon pays et en plus il n’y avait aucune liberté d’expression, le régime surveillait même la pensée. Après la Révolution, la disparité sociale s’est aggravée et paradoxalement la Roumanie d’alors s’est avérée plus respectueuse de libertés civiles que celle d’aujourd’hui. Ceaucescu disait : « Une maison et du travail pour tous » ; l’éducation était publique, ainsi que la santé, ce qui n’était plus possible après la fin de la dictature communiste. Mon prochain recueil de poème aura pour titre Du communisme au consumérisme et synthétise ce qui s’est déroulé au cours des vingt dernières années. Il y avait une oligarchie politique à laquelle est venue se substituer une oligarchie économique qui s’enrichit en profitant du marché libre aux dépens de la collectivité.

Qu’est-ce qui demeure, alors, de la Révolution de décembre 1989 ?

Comme pour tous les régimes, également en Roumanie s’est vérifié ce que Trilussa, poète romain, décrit très bien dans son texte Nombres : « Le dictateur, comme le un, grandit en pouvoir et en valeur en fonction du nombre de zéros qui le suivent. » Alors, il faut se demander ce que les zéros ont fait et s’il s’est agi d’une révolution ou d’un coup d’Etat faisant partie de desseins et de politiques internationales encore obscures aujourd’hui.