Culture

La production de vin en Géorgie : « un passeport pour le monde civilisé »

Article publié le 21 novembre 2011
Article publié le 21 novembre 2011
Si vous envisagez de partir en voyage œnologique, oubliez le sud de la France et mettez le cap sur le Caucase. Le tourisme œnologique et l’industrie viticole, fortement soutenus par l'actuel gouvernement, sont en pleine explosion en Géorgie.

« Gaumarjos !» lance Gia Aliashvili, producteur de vin de la Kakhétie, dans l’est de la Géorgie. Là-bas, c’est l’expression utilisée pour trinquer. Le vignoble et la cave de Gia se sont fait une place sur l’itinéraire des touristes amateurs de vin. Aliashvili, comme de plus en plus de viticulteurs géorgiens, accueille durant tout l’automne des visiteurs étrangers dans son « marani », sa cave à vin.

Pas pour les papilles russes

L’ « œnotourisme » n’est pas franchement une innovation, comme l’explique Maya Sidamonidze, responsable de l’agence nationale du tourisme en Géorgie. C'est un commerce historique, qui remonte environ à 5 000 ans avant Jésus-Christ. « De nombreuses personnes venaient en Géorgie pour goûter les vins nationaux et découvrir la culture viticole locale », raconte-t-elle. Il existe dans le pays plus de 400 variétés de raisins, dont seules 38 sont utilisées pour la production viticole. « Tous ceux qui connaissent la Géorgie connaissent aussi le vin géorgien. » John Bass, l'ambassadeur des États-Unis en Géorgie, est bien d’accord : « La Géorgie est un petit pays, dans une région compliquée, mais c’est un endroit unique pour plusieurs raisons », confie-t-il. « L’ancienne tradition de la fabrication du vin a survécu. »

Malgré sa longue histoire, le vin géorgien a connu des moments difficiles. En 2006, la Russie a interdit l’importation de vins géorgiens. L’embargo « a ralenti pour quelque temps le développement de la culture viticole géorgienne », reconnaît l’œnologue Teimutaz Glonti. « Mais maintenant, les Européens et les Américains s’y intéressent. » D’après les statistiques officielles de 2010, un quart du vin géorgien est exporté : c’est un commerce qui représente 28,5 millions d’euros. Malgré l’interdiction russe, le vin géorgien a gardé la cote auprès des autres pays voisins. Les exportations partent en Ukraine, au Kazakhstan et en Arménie, mais aussi vers des pays plus lointains comme les États-Unis et l’Allemagne.

L’agence du tourisme en Géorgie a même organisé un programme de formation spécialement destiné aux familles qui veulent accueillir des étrangers comment présenter leur vin

Les autorités nationales prennent désormais très au sérieux le développement de l’industrie viticole. Le président géorgien Mikheil Saakachvili est allé jusqu’à déclarer : « le vin est notre passeport pour le monde civilisé ». Pour 2011, le budget de l’État a alloué environ 500 000 laris (l’équivalent de plus de 218 000 euros) à des « mesures visant à promouvoir le vin géorgien ». « Nous avons des entrepreneurs privés qui produisent du vin, mais ils ont encore besoin qu’on les aide à trouver une bonne place sur le marché mondial », explique Teimutaz Glonti. C’est dans cette optique que l’un des projets vise à « former » les viticulteurs locaux. L’agence du tourisme en Géorgie a même organisé un programme de formation spécialement destiné aux familles qui veulent accueillir des étrangers, pour leur apprendre à présenter leur vin de façon plus efficace !

Des organismes internationaux ont également pris part, aux côtés d'entreprises locales de production viticole, au « processus de popularisation du vin », comme on l’appelle. Plus récemment, l'EPI (Economic Prosperity Initiative du gouvernement américain) et l’Agence américaine pour le développement international ont financé la visite d'une foire aux vins à Tbilissi pour une bonne cinquantaine de spécialistes du vin : historiens, journalistes, écrivains, et même archéologues !

Par Nana Tabatadze et Armine Narinyan. Cet article est le quatrième d’une série publiée par le partenaire de cafebabel.com cet automne, EuroCaucasus News. Le projet journalisme, multimédia et Europe, destiné aux étudiants d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Géorgie, est organisé par Canal France International (CFI). Pour plus d’information, consultez le blog officiel.

Photos : Une (cc) Bachi Kajaia; Texte : la récolte (cc) EuroCaucasus