Culture

La mauvaise conduite de l'art finlandais

Article publié le 28 octobre 2014
Article publié le 28 octobre 2014

La photographe finlandaise Iiu Susiraja expose en ce moment à Francfort quelques photos de sa série Hyvä käytös — Bonne conduite. Ces photos sont ironiques, impitoyables et choquantes. Cette femme ne semble pas vraiment représenter la bonne conduite, n’est-ce pas ?

Les Finlandais ne parlent pas. Lorsqu’ils parlent, ils ne peuvent de toute façon pas se comprendre et sont aussi drôles que les films de Kaurismäki. Ou pas. Du moins d’après le cliché. On n’en sait pas beaucoup plus sur ce pays situé au nord de l’Union européenne. Quoique le groupe Lordi est peut-être une exception, si on les considère comme des artistes.

Les photos de Iiu Suriraja font actuellement fureur. Ces photos sont actuellement exposées à Francfort dans la catégorie Potretti. L'artiste avoue elle-même ne pas trouver ses photos typiquement finlandaises. « La seule chose qui les rendent finlandaises c’est le fait que j’essaye d’être authentique et sincère dans mes photos. L’authenticité et l’honnêteté sont des valeurs primordiales en Finlande. En tout cas, c’est comme ça que les Finlandais se perçoivent. »

Authentiques et honnêtes, ils le sont tous. C’est vrai. On pourrait même dire impitoyablement honnêtes. Lorsque Susiraja se colle des escarpins sur les jambes car elle ne rentre plus dedans, dans un monde standardisé où la folie du paraître de Rennee Zellweger est perçue comme provocante - cette photo est quelque peu choquante. 

Mais en réalité, la provocation n’était pas le but recherché. « Pour moi, rien n’est provocant dans mes photos », explique Iiu. Et, quelque part, c'est vrai. Les photos sont choquantes seulement pour le public qui les perçoit comme telles. Parce qu’il n’est tout simplement pas habitué à voir une femme s’afficher de cette façon, comme le fait Susiraja. Nous sommes habitués aux bouches en cœur, aux hanches courbées et aux longues jambes.

Se considère-t-elle forcément comme féministe ? Pas vraiment. Elle ne prend pas part consciemment au féminisme. « C’est donc naturellement que cela apparaît dans mes photos. » Elle se présente simplement comme elle est. Elle sait rarement à l’avance à quoi vont ressembler ses photos. Elle sélectionne soigneusement les objets à l’avance, mais le produit final est généralement une surprise.

Certaines photos sont plus intimes, comme la peau nue pourrait l’être. N’a-t-on pas peur de révéler autant de soi ? « Non parce qu’il y a des choses que je garde malgré tout uniquement pour moi. »

« Je préfère la combinaison entre beauté et laideur. La beauté seule ne m’impressionne pas particulièrement. » Et c’est ce que laissent transparaître ses photos. Mais cette combinaison est souvent considérée comme grossière ou même mauvaise. Cette femme ne sait tout simplement pas comment se comporter, on peut le voir dans la photo.

Mais c’est exactement ça le but de l’art, n’est-ce pas ? Ça ne doit pas forcément être joli à regarder, ça doit nous toucher, nous choquer et nous transformer. Nous faire découvrir des choses encore jamais vues. L’art doit faire preuve de courage et c’est ce que nous retrouvons dans les photos de Susiraja. Sans aucun mot et heureusement, sans bonne conduite.