Culture

La Bande à Baader : de la réalité au mythe

Article publié le 12 novembre 2008
Article publié le 12 novembre 2008
La Bande à Baader, une adaptation du livre de Stefan Aust, sort le 12 novembre en France et représentera l’Allemagne aux Oscars. L’histoire d’une démystification de l'organisation terroriste Fraction Armée Rouge (RAF).

Tremblez, bourgeois ! Baader-Meinhof-Komplex, son titre en langue allemande, décrit les agissements des deux premières générations de la RAF, une organisation terroriste issue du mouvement étudiant de la fin des années 60. La fraction avait déclaré la guerre au « système » et considérait que la dé-nazification menée à bien par les puissances d’occupations était encore à réaliser. Le nouvel état allemand n’étant soi-disant qu’un nouvel état fasciste. La lutte armée sous forme de guérilla urbaine (attentats ciblés sur des banques, institutions étatiques) menée par une avant-garde communiste éclairée avait pour but de réveiller les masses contre le patronat et contre les forces américaines stationnées en Allemagne, considérées comme un occupant impérialiste.

Des milliers de sympathisants

La RAF a été active de 1970 à 1998, presque trente décennies au cours desquelles elle assassina 34 personnes. C’est tout un pan de l’histoire de la République fédérale qui est ici représentée dans un de ses moments de faiblesse, plus particulièrement jusqu’en 1977, une période où la RAF avait réussi à attirer un cercle réunissant plusieurs dizaines de milliers de sympathisants.

En 1971, 51 % de la population allemande considérait les membres de l’organisation comme des combattants politiques. La société était divisée face aux méthodes à utiliser à l’encontre des terroristes. Les mesures dures prisent par l’Etat ne risquait-elles pas de motiver d’autres vocations terroristes ? Le manque d’action décisive risquait d’un autre côté d’apparaître comme un début de victoire pour l’organisation. En quelques mots, la tension ne fit qu’augmenter au cours des années de plomb, jusqu'à atteindre son paroxysme en 1977, avec le suicide en prison de 3 terroristes ainsi que l’exécution de Hanns-Martin Schleyer, président de la confédération des employeurs allemands. Pour beaucoup, la République risquait de sombrer dans la guerre civile.

Mythe ou réalité ?

Mais la donne a changé. Trente ans après, le film met en scène des acteurs des plus populaires tels que Moritz Bleibtreu dans le rôle d’Andreas Baader, une des figures les plus symboliques du groupe. Il est représenté tel un rebelle au grand cœur, contre le système et l’autorité, aimant faire la fête, conduisant des voitures sportives, prêchant la libération sexuelle. Une sorte de pistolero qui n’a pas froid aux yeux, affrontant, à lui tout seul une brigade de policiers accompagnés de véhicules blindés.

Le spectateur partage la montée d'adrénaline que semble chercher Baader dans ses faits d'armes. Pourtant, la réalité semble être très éloignée de cette vie de Billy the Kid moderne. Dans une interview au journal Die Zeit, Bleibtreu explique que lors de l’écoute des bandes sonores du procès de Stammheim, il a été déçu par la voix de Baader, elle ne rayonnait d’aucun charisme : « A l’époque, l’Etat ne voulait laisser filtrer aucun enregistrement, il ne voulait pas faire du procès une tribune politique pour la RAF. Cette stratégie était contreproductive, si on avait diffusé ces enregistrements, 50 % des sympathisants auraient commencé à douter. »

(www.bimfilm.com)

Des interprétations très discutables

Dans le film pourtant, Baader s’emporte contre le juge et va jusqu’à l’insulter en emportant les applaudissements des spectateurs du procès. Peut-on parler ici de manipulation ? Cherche-t-on vraiment à démystifier la RAF ? La veuve d’une victime a décidé de porter plainte contre le réalisateur car il n’aurait pas représenté l’assassinat de son mari tel qu’il a réellement eu lieu.

Eichinger, scénariste du film, aurait dû être plus honnête avec le public. Styliser des événements dans le but de faire une histoire filmable et intéressante au niveau cinématographique ; cela n’a en soit rien de mal si c’est un but avoué. C’est d’ailleurs ce que voulait une majorité du public, voir une sorte de nouveau Bonnie and Clyde. Seuls contre tous ! La journaliste Tanja Dückers, n’exprime rien d’autre quand elle prétend que les personnages de la RAF éveillent une certaine « chaleur domestique ».

Quid de la vérité historique ?

Ils ne représentent plus, comme il y a trente ans, de dangereux anarchistes le couteau entre les dents, en pleine folie meurtrière. Dans un monde où les dangers et conflits se multiplient pour des raisons souvent obscures pour le commun des mortels, une époque où le plus grand danger était une bande de jeunes ayant, avec le recul, l’air si naïfs, ne peut que susciter un certain réconfort.

Le problème est dans ce désir de faire un film qui pourrait mettre tout le monde d’accord sur l’histoire de la RAF. Mieux vaut chercher les réponses aux questions historiques là où on peut les trouver, et que les cinéastes fassent sans prétention ce qu’ils savent faire le mieux : nous raconter des histoires.

Merci à l'auteur de cet article, membre du blogHistoria.Le blog d'histoire (qui n'en est pas un...) de cafebabel.com. Pour le visiter, cliquezici!