Culture

Kosovo : l’anniversaire d’une indépendance mouvementée

Article publié le 16 février 2009
Article publié le 16 février 2009
Il y a un an, le gouvernement albanais du Kosovo déclarait l’indépendance de la province serbe. Mais dans les Balkans, rien n’est stabilisé. Une éventuelle adhésion de la Serbie à l’UE changerait-elle quelque chose ?

54 membres de l’ONU ont reconnu le Kosovo il y a an. Un anniversaire que ne souhaitent pas fêter les cinq Etats membres de l’UE qui attendent toujours un accord avec la Serbie. Petit rappel des événements d’une année 2008 chargée dans les Balkans : en février, le gouvernement albanais prend le pouvoir au Kosovo en déclarant l’indépendance de cette petite province serbe. C’est la fin d’une mission d’administration intérimaire de l’ONU qui a duré neuf ans. En décembre dernier, l’Europe via Eulex prend le relai pour s’occuper de la gestion de la police, de la justice et des douanes dans le nouvel Etat. Le 21 janvier 2008, la Force de sécurité du Kosovo (FSK), de facto une armée nationale, remplace le Corps de protection du Kosovo régulé par l’ONU et majoritairement non armé.

Belgrade et les divisions du Kosovo

A l’heure actuelle, la Serbie fait obstacle aux efforts de Pristina à la fois sur la scène internationale et au Kosovo. En finançant deux systèmes de santé, d’éducation et deux structures de services sociaux parallèles, la Serbie maintient les Kosovars serbes hors de la portée des autorités albanaises. En mars, le quotidien albanais Koha Ditore a publié un article indiquant que Belgrade avait affecté 50 millions d’euros pour payer les Kosovars serbes qui travaillent pour leur gouvernement. En juin, une assemblée rivale a été formée dans la ville ethniquement divisée de Mitrovica. Les bureaux administratifs de la Serbie émettent des passeports serbes dans la ville de Gracanica, une enclave serbe au Kosovo. C’est pour cette raison que le Kosovo demeure ethniquement divisé.

(litherland/ ctot_not_def/ DumbYellowDog/ Flickr)

En novembre, la Serbie a gagné le soutien de l’ONU pour la mission Eulex. Mais au lieu de confirmer l’indépendance du Kosovo, la mission européenne a été déployée de façon neutre. Dans une interview pour l’agence BETA de Belgrade le 14 novembre, le président serbe, Boris Tadic, s’est réjoui : « Eulex assure le fonctionnement de la résolution 1244, le seul acte international qui assure l’intégrité de la Serbie. » La Serbie aura « suffisamment d’outils pour influencer la situation dans les régions à populations serbes. »

La Serbie membre de l’UE

(GNU-FDL/ ds.org.yu/ zorandjindjic.org/ Wikimedia)La Serbie pourrait-elle être candidat à l’UE fin de 2009 ? Le bilan 2008 indique que Belgrade a fait des progrès significatifs notamment sa coopération avec le Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie. Cependant, avoir de bonnes relations entre ses voisins est aussi une des conditions d’admission. L’UE a déjà utilisé la « carotte d’adhésion » en avril lorsqu’elle a proposé à la Serbie de signer l’accord de stabilisation et d’association pour soutenir, finalement avec succès, les chances de Tadic lors des élections parlementaires de mai.

Son gouvernement pro-européen a délaissé les positions obstinées de l’ancien premier ministre Vojislav Kostunica et s’est ouvert à de possibles négociations. Belgrade a restauré ses ambassadeurs dans les pays qui avaient reconnu le Kosovo et demandé à la Cour international de justice de se prononcer sur la légalité de l’indépendance du Kosovo.

Manœuvres serbes

Mais la Cour international de justice mettra plusieurs années à revoir le dossier. La Serbie peut employer ce temps à renforcer sa candidature : c’est le grand objectif de Tadic. Pour Belgrade, l’adhésion peut très bien avoir lieu avant que le statut du Kosovo soit fixé, comme dans le cas de la Chypre en 2004. La Serbie peut donc encore demander aux pays qui n’ont pas reconnu le Kosovo de déposer leur opinion auprès de la Cour et empêcher Pristina de se joindre à des organisations internationales. « Le Kosovo ne sera pas un membre de l’ONU ou de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Elle ne fera pas partie de la communauté mondiale de nations souveraines », a même dit à l’AFP, le ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic, le 28 février 2008.

« Toutes les solutions sont meilleures que l’un gagnant tout au détriment de l’autre »

Belgrade espère qu’une fois membre de l’UE et une fois que la Cour aura pris sa décision, le Kosovo lui reviendra. Dans une interview à l’agence de presse FoNet de Belgrade, le 2 janvier 2009, Tadic a ajouté que la Serbie était en train de chercher une solution pour les Albanais comme pour les Serbes du Kosovo. L’UE poussera probablement la Serbie à faire des concessions, comme l’a indiqué le ministre des affaires étrangères français Bernard Kouchner.

Les pays européens ne sont pas unifiés dans leur opposition et l’UE ne peut donc rien imposer. Le quotidien populaire serbe Blic a indiqué que l’UE et les Etats-Unis pourraient fermer les yeux sur une unification du Nord du Kosovo et de la Serbie si le Sud du Kosovo était reconnu comme indépendant. Tadic a déclaré qu’une séparation « n’était pas au programme » dans une interview pour la RTS de Belgrade le 29 septembre. Mais « toutes les solutions sont meilleures que l’un gagnant tout au détriment de l’autre. » Jusqu’à ce que la Cour donne son verdict aucun grand changement n’arrivera réellement. Le Kosovo ne gagnera probablement aucune reconnaissance sauf si la Serbie devient un pays membre de l’UE ou si le Kosovo réussit à intégrer la minorité serbe.