Culture

Jonas Bloquet : les lauriers des Césars

Article publié le 24 février 2017
Article publié le 24 février 2017

À seulement 24 ans, Jonas Bloquet a déjà travaillé avec certains des réalisateurs les plus reconnus en Europe. Son rôle dans Elle de Paul Verhoeven lui a valu une nomination aux Césars. Mais le jeune acteur belge ne compte pas s'arrêter là, même s'il faut défier Marine Le Pen et Donald Trump sur le chemin.

À le voir siroter un jus d’orange à la terrasse d’un café à deux pas de la place Vendôme, Jonas Bloquet n’a pas vraiment l’air d’une star. Avec sa barbe naissante et ses cheveux blonds légèrement ébouriffés, il affiche plutôt les traits d’un étudiant que ceux d’un acteur qui a travaillé avec des réalisateurs comme Paul Verhoeven ou des actrices comme Isabelle Huppert. Et encore moins ceux d’un candidat nommé aux Césars. Mais Jonas cultive une certaine idée de la différence. Après tout, rares sont les comédiens qui percent grâce une annonce laissée sur un panneau d’affichage dans un club de tennis belge.

« Le cinéma anglophone prend plus de risques »

« Ils cherchaient un jeune entre 15 et 17 ans pour interpréter le premier rôle dans Elève libre (film de Joachim Lafosse, 2008, ndlr), raconte Jonas. Ils voulaient vraiment un casting 'sauvage.” » Le métier d’acteur n’avait jamais traversé l’esprit du jeune homme, alors âgé de 14 ans. À l’époque, il bûchait tranquillement son bac S et comptait devenir ingénieur. C’est sa mère qui l’a convaincu d’accepter le rôle. « J'ai envoyé des photos, mais ils ont d’abord dit non parce que j'étais trop jeune, puis ils m'ont rappelé deux mois plus tard pour que je vienne me présenter à une audition. J'ai fait un premier casting, puis un deuxième, et j'avais le rôle. Ça a réveillé quelque chose en moi », confie l’intéressé.

Depuis, Jonas est en pleine ascension. Il a joué dans des films en anglais comme Malavita de Luc Besson et 3 Days to Kill de McG avant de camper, l’an dernier, le fils impuissant d’Isabelle Huppert dans Elle, le dernier film du légendaire réalisateur néerlandais Paul Verhoeven.

N’importe qui serait impressionné - à raison - à l'idée de travailler avec un réalisateur d’un tel calibre, et Jonas n’a pas fait exception. « C'est toujours un peu stressant au début, admet-il. On ne sait jamais quel premier contact on aura avec eux. Mais on se rend vite compte qu’ils ont deux bras, deux jambes et une tête comme toi, tu peux discuter avec eux comme tu le ferais avec n'importe qui. Par ailleurs, je trouve que les gens qui font du cinéma sont des gens plutôt ouverts à la discussion et à la rencontre avec de nouvelles personnes ».

Pour Jonas, le tournage d’Elle a représenté une réelle expérience qui avait pour objectif de sortir les gens de leur zone de confort. Pas seulement parce que le sujet du film est sombre (il s’agit d’une victime de viol qui décide de prendre sa revanche sur son agresseur) mais aussi parce que c'était le premier film en français de Paul Verhoeven. « Paul n’a parlé qu’en français sur le tournage, précise Jonas. Toute l'équipe était francophone, et il ne voulait pas nous parler en anglais. C'était important pour lui de créer une symbiose avec l'équipe, et ça commençait par parler la même langue. » Cette obstination à vouloir parler une langue étrangère, Jonas la comprend bien puisqu’il a lui-même travaillé sur des films anglais. Curieusement, il avoue même préférer parler une autre langue à cause de la liberté que cela lui accorde. « L’anglais a quelque chose de très mélodieux, explique-t-il. C’est beaucoup plus facile de chanter en anglais qu’en français. Quand je passe un casting en anglais, je n’ai pas peur d'aller au-delà de ce qu'ils me demandent, d'en faire presque des caisses. C’est plus facile pour moi, je ne pense pas à l’intonation et je me concentre davantage sur le rôle. »

Un sentiment qu’il applique à l’ensemble du cinéma anglophone : « Pour moi, le cinéma anglophone prend plus de risques. Les acteurs français restent plutôt dans les limites du naturalisme. Mais j’aime beaucoup l’abstraction du théâtre et on observe ça davantage dans les films anglophones. »

Le Meilleur Espoir contre Marine Le Pen

Il y a cependant un réalisateur français que Jonas adore. « J'aime beaucoup ce que fait Luc Besson. Il apporte beaucoup au cinéma français, que ce soit le côté artistique ou le côté 'business'. Il exporte le cinéma français au reste du monde et je trouve ça génial. Il lui apporte un peu de fraîcheur. J’aime beaucoup ses premiers films comme Léon ou Le Cinquième Élément. C’est pour ça que je me suis battu pour être dans Valerian»

Le dernier film de Besson, Valerian et la cité des mille planètes, se fonde sur une série de bandes dessinées de science-fiction française et, avec un budget de 197 millions d’euros, c’est de loin le film français le plus cher jamais réalisé. Le tournage a été l’occasion pour Jonas d’explorer une autre façon de jouer. « J'ai passé 4 jours dans un costume de motion-capture avec des petits points partout sur mon corps et des échasses de 20cm pour que je sois plus grand ! C'était une expérience incroyable, ce n’est pas quelque chose que l’on s'attend à faire ici en France. »

Après autant de films en si peu de temps, le jeune acteur a cependant été surpris d'être nommé pour le César du Meilleur Espoir Masculin cette année. Lorsque son agent l’a appelé pour lui annoncer qu’il faisait partie de la première liste de sélection, Jonas a réagi en demi-teinte. « Au début j’ai juste dit ‘Ah, c'est cool!’ Mais plus ça avance, plus les gens te disent "Tu vas l'avoir, tu vas l'avoir..." Et malgré toi tu commences à y croire », confie-t-il. « Le jour des nominations, j'étais tellement stressé. Pendant une heure et demie, ma famille et mes amis m’ont envoyé des messages pour savoir si ça avait marché. Honnêtement, je suis heureux d’avoir été ne serait-ce que nommé, si je gagne, c'est la cerise sur le gâteau. »

Le nouveau président américain, Donald Trump, s’étant fermement positionné contre « l'élite libérale » symbolisée par Hollywood, il n’est pas étonnant que beaucoup des discours cette année aient été plus politisés que d’habitude. Mais est-ce que Jonas pense qu’il en sera de même pour les Césars ? « Il y a toujours des gens qui parlent politique. Le cinéma français a un côté très social, on parle beaucoup de la société dans nos films, donc lorsqu'on se trouve dans une cérémonie comme Les Césars, regardée par autant de gens, on se doit d’en parler. Quand on décide de faire un film, on représente une culture, un pays tout entier, et on crée des messages qui parlent aux gens. On ne peut pas se permettre de ne rien dire après ça. »

Alors qu’il finit sa boisson, Jonas affirme pourtant être optimiste quant à l’avenir politique de la France. « Je ne pense pas que 2017 sera l'année de Marine Le Pen. J'ai peur de ce qui pourrait arriver dans cinq ou dix ans. Mais aujourd’hui, en 2017, après le choc de l'élection de Trump, je pense que beaucoup de gens seront motivés à unir leurs forces pour empêcher Le Pen de devenir présidente. » En tout cas, n'ayez crainte, Jonas Bloquet sera des vôtres.

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Voir : 'Elle' de Paul Verhoeven (2016)