Culture

Influx : Voyage au coeur du Londres italien

Article publié le 30 janvier 2015
Article publié le 30 janvier 2015

De plus en plus d'Italiens quittent leur terre natale pour le Royaume-Uni à la recherche d'un avenir meilleur. Entretien avec le réalisateur Luca Vullo, auteur d'un documentaire sur la communauté italienne de Londres.

En 2013, le nombre de migrants italiens a atteint le chiffre record de 94 000, dépassant ainsi pour la première fois le flux migratoire vers le Belpaese.

Le Royaume-UniLondres en particulier, a été la destination principale de cette nouvelle migration italienne. Nous avons rencontré Luca Vullo, réalisateur italien né à Caltanissetta qui a réalisé INFLUX, un documentaire sur la communauté italienne de Londres. Vullo lui-même est membre de cette communauté depuis son installation à Londres, il y a deux ans.

Luca avait déjà abordé le sujet des migrations dans une oeuvre précédente, un documentaire en 2008 intitulé Dallo Zolfo al Carbone (From Sulphur to Coal). Ce film « analysait l'accord secret conclu en 1946 entre l'Italie et la Belgique concernant l'immigration de mineurs qualifiés, d'agriculteurs et de rebelles ».

Pour ce qui est de « la nouvelle migration, celle dans laquelle je m'inscris, elle n'est pas différente quant à l'objectif final, qui est de trouver un travail, d'avoir des perspectives d'avenir ou de s'installer en famille, mais elle l'est quant à la typologie des migrants ».

« Les nouvelles migrations comptent beaucoup de gens ayant fait des études, ce qui est très différent, non seulement du cas des migrants italiens en Belgique après la deuxième guerre mondiale, mais aussi des migrants arrivés au Royaume-Uni il y a 50 ou 60 ans, qui avaient une profession manuelle. Il s'agissait souvent de maçons, d'électriciens, etc. »

Le point commun entre ces groupes migratoires pour Luca ? Le sentiment de mal-être : « Nous n'avons pas connu la guerre, mais notre pays se désagrège et les gens ne peuvent plus le supporter ». Il est très compliqué de définir une identité spécifique pour les Italiens à Londres, car « nous sommes un peuple particulier, à l'identité schizophrène ». Il y a des personnalités connues comme le maire de Camden, Lazzaro Pietragnoli, la présentatrice de Al Jazeera English Barbara Serra et la journaliste et écrivain Caterina Soffici (auteur d'un livre intitulé Italia Yes, Italia No publié par la maison d'édition italienne Feltrinelli), qui représentent « dans le documentaire la perspective de ceux qui ont réussi et observent les nouveaux arrivants à Londres ».

« Londres n'est pas une ville facile », dit Vullo. « C'est pourquoi le film montre aussi la vision de ceux qui n'ont pas réalisé leurs ambitions mais continuent à se démener tous les jours. » « Nous, les Italiens, continue Vullo. Nous apportons notre excellence dans des domaines attendus comme la gastronomie, la mode, le style et le design, mais aussi dans la finance. D'un autre côté, on peut constater les problèmes sociaux et familiaux de notre communauté, tels que décrits par des psychologues lors d'entretiens filmés dans le documentaire, ainsi qu'un certain manque de stratégie. »

Dans le film, la journaliste Barbara Serra est en situation de concurrence, un problème difficile à affronter pour les Italiens. Un autre mot que nous découvrons en arrivant à Londres est méritocratie. Méritocratie et concurrence, comme le dit Vullo : « Tant que la notion de méritocratie ne nous sera pas familière, la ruse dominera, alors que l'Angleterre nous apprend que si on possède des compétences on peut tirer son épingle du jeu en utilisant vraiment son talent ».

Pour couvrir les coûts de production et de post-production d'INFLUX , l'équipe 100% italienne a lancé une campagne réussie de crowdfunding sur Indiegogo qui s'est achevée début janvier après avoir atteint son objectif de £20 000. Un avantage majeur de ces campagnes est qu'elles permettent de « développer une vraie relation avec le public, contrairement à une production classique ».

En ce qui concerne le vent d'euroscepticisme qui souffle sur le Royaume-Uni, alors que les élections législatives doivent avoir lieu en mai, le réalisateur souligne : « Nous sommes tellement nombreux maintenant, et parmi nous il y a aussi des gens qui reçoivent des allocations et suivent un chemin différent, ce qui irrite les Britanniques. »

À propos de la taille de lacommunauté, les Italiens disputent la première place aux Polonais. « Nous sommes seconds, après la communauté polonaise et avant la communauté espagnole. INFLUX permettra de découvrir la communauté italienne de l'intérieur, dans une démarche d'auto-analyse »? De la même manière, ce travail pourra aussi se révéler intéressant pour les deux autres communautés précitées.

INFLUX veut également s'adresser aux Britanniques en représentant le Londres italien. C'est pour cela qu'il était « fondamental d'avoir une équipe italienne, puisque c'est de nos histoires, de notre peuple et de notre pays qu'il s'agit ».

Il est prévu que le documentaire soit difusé dans des festivals internationaux, avec une première en Italie et une première à Londres avec le soutien de l'Ambassade et du Consulat d'Italie, de l'Institut Culturel Italien et de Cinema Italia UK. Il sera distribué sur 3 circuits : cinéma, télévision et Internet.

Londres n'est pas l'Eldorado, mais pour citer Samuel Johnson : « Lorsqu'un homme est fatigué de Londres, c'est qu'il est fatigué de la vie. Car on trouve à Londres tout ce que la vie peut offrir. » Pourtant, la caractéristique principale de Londres, c'est bien de permettre aux gens de jouer le jeu et de tenter leur chance, et cette caractéristique représente pour les Londoniens italiens une fin en soi.