Culture

Harry Potter : Dumbledore gay et les copyrights de la mort

Article publié le 24 octobre 2007
Article publié le 24 octobre 2007
La version française du septième et dernier, tome de J.K. Rowling, 'Harry Potter et les reliques de la mort', sera publiée courant octobre. Mais des traductions pirates sur le Net pullulent.

C'est en juillet dernier que les lecteurs anglais ont pu se ruer sur la version originale du dernier volume de la série des Harry Potter, intitulée 'Harry Potter et les reliques de la mort'. Les fans français et allemands eux, ont dû attendre trois mois avant de découvrir la suite des aventures du magicien.

En effet, l'ouvrage culte de J.K Rowling est protégé par la législation internationale sur les droits d’auteur, ce qui signifie que toute copie du texte sans autorisation est considérée comme un vol. Il est également interdit de fabriquer des produits dérivés, ou tout autre travail substantiellement inspiré d’une autre œuvre, comme les traductions, à moins que les titulaires des droits d’auteurs n’aient donné leur accord.

Cela n'a pas empêché quelques traducteurs de mettre très tôt sur la Toile leur travail, via des sites de partage comme Kazaa ou BitTorrent, téléchargeable en à peine trois minutes. La maison d'édition britannique, 'Bloomsbury', et leurs avocats font de leur mieux afin de traquer et supprimer au plus vite toutes les traductions illégales.

Mauvais génies

Certains de ces mauvais génies linguistiques font partie de communautés internet composées de fans d’Harry Potter, comme le site 'Harry auf Deutsch' qui a permis de traduire en allemand les tomes 5 et 6 d'Harry Potter, grâce aux contribution bénévoles des internautes et avant qu'ils ne soient publiés outre-Rhin. D'autres agissent de manière isolée comme cet adolescent français, originaire d’Aix-en-Provence, qui est parvenu à traduire, en quelques jours, les 759 pages du dernier tome d’ 'Harry Potter et les reliques de la mort'.

Traduire un ouvrage en vue d’une utilisation personnelle n’est pas un crime, mais le mettre en ligne sur un site Internet en est un. Cette frénésie pour connaître la suite des aventures du jeune sorcier traduit bien l'engouement des fans, qui n’ont pas le courage d’attendre afin de savoir si Voldemort parviendra à éliminer, ou pas, Harry Potter.

La fièvre pour traduire les épisodes d'Harry Potter dès qu'ils sont publiés sur le marché, ressemble au 'syndrome de la soirée d'à côté', selon l’expression du bloggeur hongrois 'Bodo'. « Internet a créé une sphère médiatique globale. Les millions de dollars investis en marketing dans un secteur donné ont des répercussions sur d’autres marchés, et au final cela crée une demande là où il n’y a pas encore d’offre, » écrit-il sur un post.

Pirates technologiques

Heureusement, la technologie permet aussi de traquer les pirates. « Les serveurs comme 'FreeTranslation.com' ont été conçus pour créer des listes de 'mots introuvables', c’est-à-dire des termes qui ne sont pas reconnus par les logiciels de traduction », souligne Jay Marciano, dans un blog consacré à la recherche des traductions illégales des aventures d’Harry Potter. « Si des mots comme Hermione [l'héroïne du livre], Dumbledore [le directeur de l’école des sorciers] ou Voldemort [l’ennemi juré d’Harry Potter], apparaissent de manière récurrente au sein de nos listes, alors nous pouvons en déduire qu’ils sont en cours de traduction ».

Les agences luttant contre la contrefaçon alertent par exemple les éditeurs lorsqu’ils découvrent des travaux susceptibles de porter atteinte à la législation sur les droits d’auteurs. Les avocats usent, eux, d’armes légales afin de bloquer les sites Internet incriminés. Ce processus prend en moyenne entre deux et trois jours. Mais dépend encore grandement du bon vouloir des hébergeurs de sites Internet.

Harry-auf-deutsch : la solidarité dans la traduction

Bernd Koeleman et sa fille ont créé en 2000 le site communautaire 'www.harry-auf-deutsch.de' [harry-en-allemand]. Le principe est simple: chaque personne qui s'inscrit reçoit 2 ½ pages de texte en langue originale qu'il doit traduire en allemand et renvoyer ensuite au site. D'autres participants au projet s'occupent de la relecture et des corrections. A chaque fois, le copyright et les droits d'auteur sont respectés : en effet, seuls les internautes qui ont acheté un exemplaire du livre en anglais sont autorisés à participer. Par ailleurs, le téléchargement du texte final est réservé exclusivement à ceux qui ont fourni une traduction jugée acceptable. Les traductions communes ont débuté avec le tome 5 et se sont poursuivies avec les tomes 6 et 7. Parallèlement, le site a développé, grâce aux apports de ses membres, le lexique de 'potterologie' le plus complet qui soit. Des pédagogues ont qualifié ce projet de « nouveau chapitre dans l'apprentissage et la lecture en tant que pratiques cyberculturelles ».

Pour le dernier tome, la phase de traduction a duré 6 semaines, même si un premier jet était déjà disponible au bout de seulement 48 heures.

- Qui participe à 'Harry-en-allemand.de' ?

Avec 8 000 personnes, notre communauté regroupe des profils très variés. Les participants sont âgés de 12 à 50 ans et proviennent de toutes les catégories socio-professionnelles. Ce qui les unit, c'est naturellement leur enthousiasme pour les textes de J.K. Rowling. Dans notre forum, une rubrique permet aux internautes de se présenter et de faire connaissance. Une hiérarchie s'établit selon le nombre de posts et va de 'Muggel' jusqu'à 'Chef du Wizengamot'.

- Combien de temps a duré le processus de traduction ?

En tout, la phase de préparation du texte a duré environ 4 mois.

Est-ce que la fin de la série des Harry Potter signifie également la fin de harry-auf-deutsch.de ?

Non, dans un premier temps nous traduisons certains textes de fans américains de Harry. Ensuite, en coopération avec des maisons d'édition de langue anglaise, nous souhaitons continuer de traduire en commun des œuvres du même domaine.

Texte traduit par Julien Chiappone-Luppesi

Photos : in-box German book cover (Carlsen Verlag GmbH 2007), homepage (C4Chaos/ Flickr)