Culture

Gomorra, l’Italie du Sud sur les écrans européens

Article publié le 1 août 2008
Article publié le 1 août 2008
Le livre de Roberto Saviano a fait la Une des journaux en 2007. Un an plus tard, son adaptation sort sur les écrans européens. Reportage au sud de l’Italie, où les systèmes souterrains de type mafieux font partie du quotidien.

(kyA(the Wafer)/flickr)Reggio de Calabre, près du détroit de Messine : un panorama idyllique. Personne n'oserait salir le paysage de carte postale qui s’offre au regard des voyageurs. Une image qui caractérise les côtes du sud de l'Italie. Pourtant, le journaliste Roberto Saviano l’a fait. Dans son livre intitulé Gomorra (comme la cité biblique détruite pour s'être livrée au péché), il a évoqué le côté le plus obscur du Meridione, la moitié sud de l'Italie. L’adaptation de ce best-seller au cinéma cette année suscite à nouveau l’agitation.

Quelques mois après sa sortie sur les écrans italiens en juin dernier, la fréquentation dans les salles de toute la Péninsule ne baisse pas. En particulier au sud, où l'on peut encore constater un écart économique évident avec le nord du pays. Après le succès du film, réalisé par Matteo Garrone, au festival de Cannes, il est probable que la sortie du film dans les autres pays européens (en août en France, en septembre en Allemagne, en octobre en Espagne et en novembre en Pologne) connaisse un succès équivalent.

Une arme littéraire avant tout

Deux ans après la publication de l’enquête du journaliste napolitain sur la Camorra, les librairies de Reggio continuent d'épuiser la dernière édition de cette « arme littéraire », comme aime le dire le propriétaire de Culture, une petite boutique via Zaleuco, située tout près de la Villa Genoese Zerbi. Selon ce libraire, le film a suscité beaucoup d'intérêt dans sa ville parce qu’en Calabre aussi, un « système souterrain » de commerce de tous types de produits, existe également. Même si la trame du film traite de la Camorra napolitaine, il évoque un problème endémique dans toute la moitié sud de l'Italie, et des groupes mafieux qui portent des noms différents selon la région, comme la « 'Ndrangheta » en Calabre ou la « Mafia » en Sicile.

« Il faut en finir avec l'économie de la peur »

La dénonciation de ce système soulève l’enthousiasme et le soutien populaire car les gens sont convaincus que la mafia entrave le développement de la région. Le film a non seulement connu un succès dans les salles, mais a aussi provoqué une condamnation de la part de l’opinion publique : « Il y en a assez de cette économie de la peur », comme l'exprime le professeur d'histoire et de philosophie de l'Université de Messine, Stefano Morabito, camarade de faculté de Roberto Saviano.

« Il y en a assez de cette économie de la peur »

Pourtant le mot « mafia » continue d’attirer l’attention des Calabrais. Non par inquiétude mais plutôt par habitude de faire avec les affaires louches au quotidien. Alors qu’un fonctionnaire de la mairie de Reggio revendique la reconnaissance des efforts déployés par les autorités calabraises pour encourager la transparence et promouvoir la formation des habitants de la région, l’information n'apparaît pas dans la presse. Pendant ce temps, les dernières arrestations des chefs de la « 'ndrangheta » sont imprimées à la Une.