Culture

Fuck Buttons: «Démocratiser le bruit»

Article publié le 6 novembre 2009
Article publié le 6 novembre 2009
Les deux Anglais de Fuck Buttons, Andrew Hung et Benjamin John Power, 27 ans, bidouillent des vieilles machines et quelques ordinateurs, à Londres, pour faire de la musique. Un son «drone, pop, noise» universel.

Nouveau Casino, 18 h. Jon, le manager de la tournée, nous prévient que les Fuck Buttons seront en retard. Une cigarette plus tard, Andrew Hung et Benjamin John Power débarquent. En dépit du rythme soutenu de la tournée, ils ont l'air en forme et détendus. « A Paris, ça a toujours été génial. C'est vraiment une de nos villes préférées. On était comme des fous aujourd'hui sur la route. » Bienvenue ! Après leur entrée remarquée dans le paysage de la musique indépendante - leur premier album Street Horsing en 2008 est une véritable pépite - le duo revient avec un nouvel opus et enchaîne une tournée en Europe et aux Etats-Unis. Leur deuxième album Tarot Sport provoque presque autant d'enthousiasme que le premier. Il a, en plus, l'immense mérite de rendre totalement accessible un éventail de sons souvent enfermés dans le registre obscur de la « noise music ».

Electronica maison

Quelque part entre pop, techno, drone et noise, Fuck Buttons revendique son indépendance esthétique. « On n'essaye pas de faire de la musique qui colle à un certain genre, lance Andrew. On aime faire la musique qu'on fait. Que d'autres personnes l'aiment aussi, c'est absolument fantastique. » Le public du concert reflète bien ce mélange un peu bordélique : des jeunes « artys » amateurs de bruits aux fans de punk en mode hooligans, en passant par des lycéens venus s'initier au pogo, tout le monde semble être au rendez-vous. L'euphorie prégnante dans le second opus porte effectivement le germe d'une certaine universalité. « Je serais inquiet pour un groupe qui voudrait toucher un public en particulier, poursuit-il. Ceci étant dit, on vise probablement les ménagères de moins de cinquante ans. »

« Ma mère me dit qu'elle aime bien notre musique, mais je ne suis pas sûr de la croire »

« On a des goûts musicaux assez différents. Mais je pense que, sur le plan musical, c'est sain pour notre relation », poursuit Benjamin, habillé façon « red-neck » second degré, et fan de punk. Il a participé à pas mal de groupes en tant que batteur et guitariste avant de former Fuck Buttons. Andrew a une sensibilité plus proche de la musique électronique et bruitiste. Lui aussi composait déjà avant Fuck Buttons, dans un style « electronica maison », inspiré par ses découvertes sur des labels comme Warp et Leaf. Il confie : « J'écoute toujours le bruit blanc qui vient de la radio. Tu connais ce générateur de bruit blanc sur Internet ? Ca te sort du bruit blanc, et ça peut aider à s'endormir. Des tas de gens adorent ce truc. C'est une affaire d'ambiance. J'imagine que ça démocratise certains sons autour de nous. » Démocratiser le bruit, telle est leur mission. « Ma mère me dit qu'elle aime bien notre musique, mais je ne suis pas sûr de la croire », plaisante Andrew.

« Ce n’est pas de la musique ! »

Leur recette doit beaucoup au passé commun des deux musiciens. Benjamin résume l'histoire d'une amitié formée dans une ville moyenne d'Angleterre qui se poursuit sur les bancs d'une école des Beaux-arts à Bristol : « On se connaît depuis qu'on a 16 ans. On vient tous les deux de la même ville, Worcester. On était déjà amis, on traînait ensemble. Puis Andy est parti faire ses études à Bristol. Je l'ai suivi un an après, et on a continué à se voir. » Dès lors, la musique s'impose comme le ciment de leur amitié. « On allait voir des concerts. Andy avait fait une vidéo pendant son temps de loisir, il avait besoin d'une bande son. Après en avoir discuté, on a fait la bande son ensemble et comme ça s'est très bien passé, on a décidé de faire de la musique ensemble. »

Les débuts, en 2004, ne sont pas vraiment glorieux. Le grand écart techno-noise n'est pas du goût de tous au premier abord. Lors d'un de leur premier concert, à Worcester, la propriétaire de la salle leur coupe même l'électricité en criant : « C'est pas de la musique ! » Depuis, le groupe a pris son envol : une tournée aux Etats-Unis avec les Anglo-canadiens de Caribou, un premier disque produit par John Cummings de Mogwai, un second par Andrew Weatherall, une tournée mondiale… Ça pourrait être pire.

Playschool et Casio

Andrew se colle toujours à la réalisation des clips vidéos (comme pour le titre Surf Solar ci-dessous). Benjamin, illustrateur, s'occupe du graphisme de leurs albums. Mais ils se considèrent comme musiciens avant tout. « Nous sommes musiciens professionnels... Ça sonne toujours bizarre à nos oreille, mais c'est ce qui occupe toutes nos journées, tous les jours. » Installés face à face, Andrew et Benjamin s'amusent comme des gamins. L'un branche et débranche les câbles d'un synthétiseur modulaire et tripote un clavier Casio, pendant que l'autre malmène une batterie électrique et hurle dans un radio-cassette Playschool. Rien à voir avec les sculpteurs de bruits technophiles accros aux logiciels de design sonore : « On ne s'intéresse pas de près aux nouvelles technologies musicales. On trouve des sons et on les manipule après coup. Notre installation consiste principalement en matériel physique, des vieilles machines, tout un tas de trucs, tout ce qu'on a les moyens d'acheter. Ou d'emprunter ! »

Curieux, nous les quittons sur une dernière confidence. « Si on a déjà fait de la musique dont on a honte ? Ah ça, ouais ! Chaque putain de jour ! » Mais il faut croire que le jeu en vaut la chandelle. Plus tard dans la soirée, pendant que la ménagère de moins de cinquante ans surveillait avec impatience le téléchargement de Tarot Sport, le Nouveau Casino, plein à craquer, communiait dans l'allégresse et la sueur autour de l'ovni musical euphorisant installé sur scène. « J'ai eu l'impression d'écouter de la musique d'église », nous lâche un spectateur mystique à la fin du concert. Amen.

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