Culture

Films d'horreur en Europe : du sang et du sens

Article publié le 30 octobre 2010
Article publié le 30 octobre 2010
Des jeunes de banlieues parisiennes se muent en hordes de zombies pour matraquer la police, un docteur pédophile hollandais crée un mille-pattes humain en cousant ensemble trois jeunes victimes et la Serbie se métamorphose en un grand théâtre mêlant violence, sexe et sang avec en message subliminal la dénonciation des « abus du gouvernement ». Trois films d'horreurs, trois décryptages sociaux.
En Europe, les films d’horreur sont au mieux de leur forme.

« Viols, mutilations, on peut tout montrer dans les films d’horreur, parce qu’ils appartiennent à un genre subversif qui explore les limites du supportable ». Franco Calandrini a les idées claires sur ce genre cinématographique bien particulier, et pour cause : c’est le directeur du Nightmare Film Festival de Ravenne, l’un des plus importants en Italie. Voici un aperçu de quelques-unes des récentes productions européennes qui ont rempli les salles et les programmations de festivals.

The Horde — France

Un affrontement entre zombies, police et gangsters qui reprend un cliché typique des films du genre : les laissés-pour-compte de la société — ici, des habitants des banlieues parisiennes — prennent la forme de non-morts et se rebellent contre l’ordre établi. Il s’agit là d’un produit qui rejoint sans difficulté le circuit de la grande distribution, énième preuve de la vitalité de la scène française qui, durant ces dernières années, s’est également déployée sur le front des « torture porn » avec des titres comme Frontière(s) de Xavier Gens, Martyrs de Pascal Laugier et À l’intérieur, du couple Alexandre Bustillo et Julien Maury. « C’est dans des pays comme la France, l’Espagne et le Royaume-Uni que l’on trouve les meilleurs produits cinématographiques, explique Calandrini, parce qu’il y a plus d’argent qui circule dans le milieu. » Plus de sous, ça veut dire plus de films, mais aussi une qualité moyenne bien meilleure. Exactement l’opposée de ce qui se passe en ce moment en Italie: « On galère vraiment, raconte-t-il, le public est plein de préjugés sur les films d’horreur italiens, les producteurs n’investissent pas parce qu’ils ont peur d’y laisser des plumes, et ça donne quoi? Très peu de films, et de mauvaise qualité. »

The Human Centipede — Hollande

Réalisé par le Hollandais Tom Six, The Human Centipede (first sequence) a été primé l’année dernière au Nightmare Film festival, après avoir reçu diverses récompenses dans d’autres compétitions. Vous ne le verrez que difficilement dans les salles, et un coup d’oeil au synopsis suffit à comprendre pourquoi : le Docteur Heiter est un chirurgien à la retraite, anciennement spécialisé dans la séparation des jumeaux siamois et savant fou à ses heures. Dans ce scénario psychédélique, il enlève trois jeunes personnes pour les coudre ensemble et créer un mille-pattes humain... Doté d’un appareil digestif unique ! L’idée est apparue au réalisateur après qu’il ait vu un reportage sur un agresseur d’enfants et pensé que « le fait d’enfiler sa tête dans le cul d’un camionneur obèse puisse être une punition adéquate ». S’en est suivie l’illumination qui a permis la création du mille-pattes, dont la possibilité de réalisation médicale a été étudiée avec l’aide d’un chirurgien.

On retrouve dans ce film un autre stéréotype du genre des films d’horreur : celui du médecin fou et nazi, qui remonte au sous-genre de la « nazi exploitation » ou « nazisploitation », très en vogue vers la fin des années 1970. Le film est des plus crus. Les films d’horreur peuvent-ils vraiment tout montrer ? « Une fois, j’ai eu un doute alors que je sélectionnais un film pour le festival, dans lequel un chien était violemment torturé, se souvient Calandrini. J’en ai ensuite parlé avec le réalisateur, qui m’a expliqué qu’il tenait à montrer jusqu’où peut aller la cruauté humaine. J’ai donc décidé de l’accepter, parce que c’est toujours au public de se faire une opinion. »

A Serbian Film — Serbie

C’est le premier long métrage de Srdjan Spasojevic, qu’il a cependant déjà présenté dans plusieurs festivals européens — Bruxelles, Londres, Sitges et Vienne — avant d’arriver à Ravenne. Le film raconte l’histoire de Milos, ex-acteur porno, emporté dans un tourbillon de violence extrême afin de sauver sa famille. Le réalisateur donne à son film un sens politique, en le présentant comme une métaphore de la souffrance que le pouvoir inflige au peuple serbe. « C’est un travail qui repousse les limites du visible », commente Calandrini. L’an passé, c’est Mladen Djordjevic qui racontait une Serbie tout droit sortie d’un cauchemar, dans The Life and Death of a Porno Gang. Le pays est-il donc plein de jeunes talents ? « Ce film-là était lui aussi très bien conçu, explique Calandrini, mais en réalité il ne s’agit que de deux exceptions, le panorama serbe est plutôt pauvre. Et de toute façon, je ne pense pas que les snuff movies, desquels s’inspirent ces deux films, existent vraiment. »