Culture

Félix Vogel, le plus jeune directeur de biennale d'Europe

Article publié le 18 juin 2010
Article publié le 18 juin 2010
L’Allemand Félix Vogel, qui vit et travaille à Constance, a été nommé il y a trois ans, alors qu’il avait à peine 20 ans. Pour avoir un ordre d’idée, le plus jeune directeur de la Biennale de Venise, Daniel Birnbaum, avait 46 ans ! Avec une moyenne d’âge de 24 ans, l’équipe de la Biennale de Bucarest (25 mai - 25 juillet 2010) vous attend pour vous montrer ce dont ils sont capables.
Portrait d’un homme qui sait ce qu’il veut.

Vogel est le premier à reconnaître que le mot « biennale » prête à confusion. « Venise, la toute première biennale, créée en 1895, est par exemple plus traditionnelle que la Biennale de Bucarest avec son système de pavillons où chaque pays a son propre commissaire », explique-t-il le jeune homme avant d’ajouter : « Le seul dénominateur commun des biennales est que ce sont toutes des expositions d’art contemporain qui ont lieu tous les deux ans ».

Dans le petit monde guindé de l’art contemporain, la quatrième Biennale roumaine fait parler d’elle. Pendant un débat avec les artistes, Félix Vogel, pourtant connu pour sa décontraction et son éloquence, a s’est fait assez discret quand un des créateurs français âgé de 28 ans a déversé un flot d’insanités qui a laissé l’assemblée sans voix. Jean-Baptiste Naudy s’est en fait offusqué de ne pas être payé par la Biennale mais par son pays. Les restrictions économiques sont passées par là qui affectent même ce petit milieu. Le thème choisi cette année pour l’événement, « Créer des possibles », n’en est que plus opportun.

Une nomination qui fait grand bruit

Avec son style photogénique et ses manières calmes mais autoritaires, Vogel semble a la tête de l’emploi : « J’espère avoir été choisi pour autre chose que mon âge », plaisante-t-il, installé dans son bureau légèrement en désordre du Centre d’Art Contemporain du Pavillon UniCredit. Après avoir tenu à l’écart notre photographe, l’ancien étudiant d’histoire de l’art de Karlsruhe qui a commencé sa carrière en dirigeant des expositions universitaires poursuit : « j’étais très intéressé par l’Europe de l’est. J’ai fait la connaissance de l’équipe d’organisation de Bucarest en 2006. Celle-ci a appris à quoi s’attendre avec moi : il n’y a ni problème, ni surprise non plus. J’ai aussi commencé à écrire pour le journal politique et culturelPavillondont le nom fait référence à la Biennale ».

Sa nomination a provoqué de l’étonnement... Et un brin de jalousie. « On dirait que c’était une sorte de concours pour trouver le plus jeune commissaire », ironise un galeriste polonais d’une trentaine d’années. Tout en laissant entendre que les organisateurs étaient surtout préoccupés de nommer quelqu’un de branché. Le galeriste reconnaît tout de même les compétences de Vogel ainsi que sa maturité. Vogel lui-même est conscient des avantages de son jeune âge pour le poste : « Il y a certes un manque de légitimité car je n’ai pas beaucoup d’expérience. Mais du coup, j’en ai profité pour donner à cet événement un coup de jeune. Avec des commissaires plus expérimentés, les biennales se ressemblent plus ou moins toutes ». Quand on lui demande s’il est compliqué d’avoir de l’autorité en étant jeune, l’Allemand répond de manière décomplexée : « J’essaye d’être le moins autoritaire possible. Pas de hiérarchie ici. Personne ne vient faire mon café. Tout le monde est traité de la même manière. Les artistes sont sérieux, compréhensifs et plutôt sympas. Travailler avec eux est un véritable enrichissement et une œuvre collective ».

Interview à Bucarest

Vous avez dit « biennale » ?

Le procès au sujet de l’héritage artistique de Ceausescu qui a opposé, en 2008, les ayant-droits de l’ancien dictateur à l’Etat n’a pas passionné les foules. Pour Vogel, l’enjeu est de réussir à intéresser les Roumains à la culture et, en définitive, à la Biennale. « Nous ne cherchons pas à toucher le seul public des passionnés mais des gens qui viennent d’horizons différents, même si la politique éducative est très conservatrice ici, reconnaît Vogel. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons retenu plusieurs site comme le Musée géologique plutôt que de concentrer l’exposition autour des espaces d’art contemporain », commente-t-il. De manière assez attendue, Vogel passe sous silence la question de la quasi absence de publicité autour de l’événement, alors que les institutions artistiques sont plus ou moins des organismes d’état. La majorité des Roumains que j’ai rencontrés ne connaissait pas le thème de l’exposition, voire n’en avait même pas entendu parler. « Je n’ai pas mon mot à dire sur la communication publicitaire car elle a été prise en charge par d’autres équipes », lâche-t-il simplement.

L’homme est plus enclin à donner des tuyaux aux nouveaux talents. « Pas besoin de suivre la tendance car le monde de l’art est extrêmement ouvert. Il n’y a pas de règle en la matière. Il n’y a pas non plus de définition établie des missions d’un directeur de Biennale ». Et de conclure : « Je ne dirais pas que je suis dans une démarche de compétition ». Pourtant, il s’apprête à monter une autre exposition à Stockholm, qu’il dirigera aussi. « Cet été, je serai surtout à Berlin pour finir ma thèse sur les liens entre l’architecture et les espaces paysagers au XVIIIe siècle, et notamment les jardins de Marie-Antoinette », ajoute-t-il. « Créer des possibles », là encore.

(photo : ©Anne-Lore Mesnage/ anneloremesnage.com/)