Culture

Fatih Akin : de l'autre côté de l'intégration

Article publié le 12 octobre 2007
Article publié le 12 octobre 2007
L'appartenance à la patrie, l'importance de l'éducation des immigrés et l'entrée de la Turquie dans l’UE sont trois thèmes chers au réalisateur allemand Fatih Akin. Démonstration avec ‘De l’autre côté’, sur les écrans le 14 novembre.

Nejat, professeur de philosophie allemande à l'Université de Bremen, décide de partir en Turquie retrouver la fille de Yenet, une prostituée que son père Ali, immigré de la première génération -celle des ‘Gastarbeiters’, les ‘travailleurs invités’ outre-Rhin- vient de tuer par accident, après lui avoir acheté son amour. La volonté de Nejat est de payer à l'enfant de Yenet l’éducation que lui finançait jusqu’à présent sa mère.

Au même moment, Ayten, une autre des filles de Yenet, membre d’un mouvement d’opposition en Turquie, fuit la police et émigre à Hambourg à la recherche de sa mère. Là, elle est accueillie par Lotte, une étudiante dont elle tombe amoureuse. Quand Ayten est reconduite dans son pays, Lotte n'hésite pas à prendre l'avion pour la Turquie pour faire libérer sa bien-aimée de la prison pour femmes d'Istanbul où elle est enfermée.

De l'autre côté’ [‘Auf der anderen Seite’], la dernière oeuvre du cinéaste allemand d'origine turque, Fatih Akin, 34 ans, n'est pas seulement un film sur la recherche et le hasard, mais aussi une réflexion sur l'immigration, le métissage et les chocs culturels et intergénérationnels dans un monde globalisé. Son long métrage a gagné le Prix du meilleur scénario lors du dernier Festival de Cannes et représentera l'Allemagne aux prochains Oscar dans la catégorie ‘Meilleur film de langue étrangère’. Une deuxième statuette après celle attribuée à la ‘Vie des Autres’ [Das Leben des Anderen’] ?

Pédagogique, le long-métrage d’Akin prône une entente entre les cultures sans distinction de race ou de nationalité. Car pour que cette compréhension entre autochtones et ‘étrangers’ réussisse, un apprentissage de l’autre et une éducation sont nécessaires.

‘De l'autre côté’ est aussi un film sur l’enseignement et son importance dans le métissage culturel : le personnage principal est ainsi un professeur d'origine turque dans une université allemande et de nombreuses scènes se déroulent dans une librairie allemande en plein coeur d'Istanbul.

Formation pour l'intégration

L’éducation est ainsi essentielle dans l'intégration des immigrants. C'est ce que Fatih Akin veut démontrer dans son oeuvre, dix ans après le premier volet de sa recherche cinématographique consacrée à l’immigration.

‘Rapide et sans douleur’ [‘Kurz und schmerlos’], offrait une vision pessimiste des tribulations de trois jeunes immigrants de la troisième génération, vivant dans le quartier multiculturel d’Altona à Hambourg, reconvertis en petits gangsters et voleurs de pacotilles.

Dans ‘Head On’ [‘Gegen die Wand’], récompensé par l'Ours d'or lors de la Berlinale 2004, deux Allemands d’origine turque se mariaient avant de se déchirer et de sombrer dans l'alcool et les drogues. Pour autant, les choses ont changé. L'Allemagne a évolué et sa population immigrée aussi. Le nouveau film d’Akin en est l’exemple flagrant, montrant par exemple la véritable passion que ressent le personnage principal – un immigré devenu professeur de philosophie- pour l'oeuvre de Goethe.

Le concept de patrie dans un monde globalisé

Après avoir atteint le paroxysme de son intégration, Nejat redécouvre tout à coup ses sentiments pour la patrie de ses ancêtres, la Turquie, et choisit de quitter l’Allemagne pour s'installer à Istanbul. Au même moment, son père Ali qui sort juste de prison, retourne dans son village sur le bord de la mer Noire. ‘De l'autre côté’ est aussi un film sur la recherche d'identité et des racines au temps de la globalisation. « Plutôt sur l'appartenance à la patrie », a souligné lui-même Fatih Akin lui-même lors de la présentation du film en septembre dernier à Lüneburg.

Mais le long-métrage d’Akin peut également être vu comme appartenant au débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. La question est notamment abordée dans le film à travers une conversation en anglais dans une cuisine entre Susanne, la mère de Lotte et la jeune activiste politique turque.

Après ‘Head On’, ‘De l'autre côté’ est la seconde partie de la trilogie de Fatih Akin ‘Amour, mort et démons’. La mort est ainsi l'axe de symétrie de ce film : tandis qu'un cercueil quitte l'Allemagne pour la Turquie, un autre fait le voyage inverse. Malgré la douleur qu'elle provoque, la perte d'un être cher est un événement qui peut être surmonté et Susanne, installée à Istanbul après le décès de sa fille, finira par trinquer à la santé des morts avec Nejat. La mort comme simple fait divers, élément routinier de plus dans la vie des personnes. C’est d’ailleurs la mort qui conduit Nejat et Susanne à Istanbul, trait d'union entre Orient et Occident et symbole de la rencontre des cultures.

‘De l'autre côté’ sort le 14 novembre pour le voir sur les écrans français

Extrait de 'De l'autre côté'

Fiche technique

Ayten Öztürk / NURGÜL YES¸ILÇAY /// Nejat Aksu / BAKI DAVRAK /// Lotte Staub / PATRYCIA ZIOLKOWSKA /// Yeter Öztürk / NURSEL KÖSE /// Ali Aksu / TUNCEL KURTIZ /// Susanne Staub / HANNA SCHYGULLA

écrit et dirigé par / FATIH AKIN /// produit par / ANDREAS THIEL / KLAUS MAECK / FATIH AKIN /// directeur photographique / RAINER KLAUSMANN (BVK) /// montage / ANDREW BIRD /// musique / SHANTEL / son / KAI LÜDE /// mixage / RICHARD BOROWSKI /// costumes / KATRIN ASCHENDORF /// une production de / CORAZÓN INTERNATIONAL / en co-production avec ANKA FILM / NDR / DORJE FILM

FORMAT / 35 mm / 1:1,85 / Couleur / Dolby Digital Surround EX / durée: 122 min/ version originale en allemand / turque / anglais / sous-titrage en anglais