Culture

EXPO Milan 2015 : entre colère et émerveillement

Article publié le 26 mai 2015
Article publié le 26 mai 2015

Milan a attendu ce grand évènement avec impatience pendant plusieurs années. Aujourd'hui, l'exposition universelle a finalement ouvert ses portes dans la capitale économique italienne - accompagnée d'une vague d'euphorie et de fierté patriotique, précédée de scandales de corruption, de voitures brûlées et d'autres péripéties dans le parc des expositions. 

Alors que j'étudiais encore à Milan il y a quelques années, on n'en prenait pas encore la mesure.  Partout des affiches attiraient le regard : « L'Expo arrive ! » D'innombrables chantiers, de grosses infrastructures forgeaient l'image d'une ville en ébulition, qui voulait se présenter début mai 2015 comme une métropole chic, propre et innovante. Et le pari a été tenu, même si ce fut à la dernière minute - c'est toujours le cas lors des expositions universelles, a commenté préalablement le maire de Milan, Giuliano Pisapia

Étincelles et gaz lacrymogène

Malgré les gros titres négatifs, desquels on doit à peine se souvenir, je vis dans un pays en ébullition et plein de fierté. Fin de la crise. Maintenant il s'agit de passer à l'action et de regarder vers l'avant.  C'est ainsi que l'inauguration a été orchestrée - comme les jeux olympiques, multicolore, euphorique, pour recevoir le monde entier à Milan. Un prélude réussi en grandes pompes. Le chef d'État, Matteo Renzi, a déclaré brièvement, ce que beaucoup n'ont pas cru jusqu'à la veille du jour J : « tout sera prêt à temps ! ».

Le spectacle a été toutefois assombri par des manifestations violentes. La contestation des opposants à l'Expo était à attendre, on n'avait toutefois pas prévu les débordements. Des manifestants ont allumé des pièces d'artifices, ont laissé exploser leur colère contre les murs des maisons, des voitures ont été brûlées. La police a eu recours à des canons à eau et à des gaz lacrymogènes.

Il ne s'agit que de nourriture ou bien des prochaines vacances ?

Feeding the Planet, Energy for Life (Nourrir la Planète, Énergie pour la Vie, ndt) est la devise de l'Expo. Mondial, ambitieux, mais peut-être trop vaste ? Dans un monde, qui se prépare à accueillir neuf milliards d'habitants dans les décennies à venir, l'Expo aborde ainsi l'un des plus gros défis du siècle. Je suis arrivée avec des attentes d'autant plus grandes. Dans les queues longues d'une heure (des contrôles de sécurité légèrement chaotiques), elles n'ont fait que grandir. Et ensuite, tu y es.

Des pavillons monumentaux des Nations Unies et jusqu'au « Zero Hunger Challenge » (Défi Zéro Faim, ndt), un voyage commence à travers l'Histoire de notre production alimentaire et des produits de consommation. En partant de : comment nous sommes-nous nourris grâce aux champs pendant des siècles ? Jusqu'à : la spéculation sur les denrées alimentaires et les îles poubelles dans les océans. Je suis enthousiasmée par la réalisation artistique et ma perception est justifiée. Peut-être que je réfléchis encore plus au plastique. Un prélude réussi.

Bienvenue au Pavillon du Népal. Curieusement, la construction n'est pas vraiment finie. Au moment du séïsme, beaucoup de Népalais sont repartis pour participer à la reconstruction de leur pays. Les travaux du pavillon ont du coup été arrêtés. Le Népal voulait utiliser l'évènement pour promouvoir le tourisme. Maintenant, c'est devenu une vraie collecte de fonds. Un exemple parlant qui montre que les catastrophes ne menacent pas seulement la sécurité des personnes mais aussi leur alimentation.

Voyage autour du monde et concert des cultures

Et on se promène ainsi de pays en pays. Soudan, Belgique, Cambodge. On rencontre des gens souriants qui présentent fièrement leur pays et leurs richesses. Je circule dans un catalogue d'agence de voyage et je ressens un enivrement nostalgique du voyage. Ici une cérémonie du café à l'éthiopienne, là une pop-star kazakhe. Pour l'instant, cela tournait autour de la nourriture. Pour cela, il y a un pavillon sur le café et un pavillon sur le riz. Je découvre à nouveau de grosses cuillières siglées Nations Unies, des graphiques et des textes explicatifs. Qui produit combien, à quel point ces pays sont dépendants de ces produits, quelles conséquences le changement climatique pourrait avoir. Et que se passerait-il, si le niveau de la mer montait de manière dramatique? Qui passerait en-dessous? Et que se passerait-il, s'il y avait de plus en plus de sécheresse ? Combien de personnes souffriront de la faim à l'avenir ?

Dans certains pavillons, on peut en apprendre davantage sur les liens entre climat, catastrophes naturelles et alimentation mais seulement si l'on sort des sentiers battus et que l'on prend les chemins secondaires (l'un ou l'autre panneau serait bien utile). Là, au fond, on trouve des informations sur ces sujets. Beaucoup de pays très pauvres exposent, la plupart des portes sont encore fermées. Une porte à l'arrière reste cependant ouverte. « Est-ce que je peux rentrer ? »– « Bien sûr, bienvenue au Mali ! » Quelques cables traînent par terre, les étagères sont vides. « Nous sommes prêts », me raconte le représentant du Mali, qui est assis tout seul dans le pavillon derrière un petit comptoir, « mais avec les organisateurs, cela n'a pas fonctionné, c'est pourquoi cela ressemble à ça ici ». Il se fend d'un sourire et me demande si je sais où se trouve le Mali sur la carte du monde. Je dis que oui, mais que je n'y suis malheureusement pas encore allée, et il se réjouit. Je lui souhaite bonne chance et je continue à me promener à travers le grand pavillon des zones torrides.

Je visite le Sénégal où tout tourne autour de la cuisine. Je ne savais pas du tout qu'ils cultivaient autant de riz et de cacahouètes. Je continue mon périple à travers les déserts. Djibouti, Somalie, Palestine. Toutes les portes sont fermées. Je pense aux paroles de Renzi. Pas tout à fait prêt. Dans les pays en voie de développement, cela dure encore un peu plus longtemps. Je suis déçue.

Orgoglio : Un monde sans Italie ?

Je devais voir le pavillon de l'Italie. Comment le pays-hôte se présente lui-même? Il se célèbre (ça, tous les pays de l'Expo le font d'une manière ou d'une autre) et c'est peu dire. Les paysages et la diversité des régions, magnifique. La cuisine, un régal. « Un monde sans Italie ? »Cette question domine toute une salle. Dans des vidéos, des non-Italiens m'expliquent pourquoi un monde sans Italie n'aurait pas de sens. Partout on peut voir  le mot « Orgoglio » (fierté en italien, ndt). Ok, j'aime beaucoup l'Italie, et on peut bien être en fier mais est-ce qu'on doit l'écrire partout ? Je suis énervée.

Là, on a invité le monde chez soi, mais il faut préciser : Italians do it better (les Italiens le font mieux, ndt). Alors que je quitte le pavillon (par un couloir dans lequel des cables pendouillent le long du mur), je me rappelle les grands titres relatant les péripéties dans l'enceinte de l'Expo les premiers jours : le vice-ministre de l'agriculture Olivero et le représentant du secteur du tourisme, Radaelli bloqués dans un ascenseur (panique).

Dans le pavillon de la Turquie (le pays qui accueillera l'Expo dans les prochaines années), un panneau en métal est tombé - une femme a été touchée, direction l'hôpital. Manger à l'œil ? Indication erronée. « Tu dois tout essayer, tu ne vas passer toute la journée à manger ». Non. Celui qui croit que dans l'Expo, la nourriture est gratuite, se trompe. Néanmoins : on peut goûter à beaucoup. Lassi indien à la mangue, chocolat-crêpes-kebab, bières belges, tapas espagnoles. À la recherche d'un repas de midi, je suis frappée par le fait qu'il n'y ait presque pas de plat végétarien. Je mange en principe de tout, à partir de là, il n'y a pas mort d'homme pour moi personnellement. Cependant, je me demande où on peut manger végétarien justement au moment où on parle de l'alimentation durable et saine du futur .

Au final, je me décide pour un sandwich français. Après presque dix heures d'exposition, de files d'attente avant et pendant, et beaucoup d'émerveillement, j'ai mal aux pieds (et je suis loin d'avoir tout vu). Le voyage autour du monde à grande vitesse a été grisant. En un seul jour, j'ai rencontré tellement de gens positifs et je me suis laissée fasciner par leur art de vivre. J'étais certes un peu naïve en me croyant arrivée dans la nouvelle galaxie du développement durable qui va sauver la planète. Le ticket d'entrée n'était pas si bon marché (27  euros en prévente), mais pas si mal pour un voyage autour du monde.

Le site officielExpo Milano 2015.