Culture

Eurovision : un concours vieillot et politiquement correct

Article publié le 11 mai 2009
Article publié le 11 mai 2009
Cette grande fête de la musique, dont la finale aura lieu le samedi 16 mai, ressemble de plus en plus à l'anniversaire d'une grand-mère qui n'aurait pas peur du ridicule. Sauf que la censure politique n’a pas perdu de sa vigueur.

Et la lumière fut sur l'Eurovision. Depuis, chaque année, c'est la même rengaine. La Genèse de ce festival a eu lieu à Lugano, en 1956, de la main du présentateur italien Lohengrin Filipello. A l'époque, l’Eurovision était un programme radio que seules quelques rares personnes propriétaires de poste de télé pouvaient capter en images. Depuis, bien du temps est passé. Aujourd'hui comme durant sa « préhistoire », cette vieille festivité ressemble toujours plus à un bazar vétuste, une arrière-boutique cocasse ou un souk bigarré où acheter les fringues les plus absurdes, les parures les plus freaks et les accessoires les plus ringards qu'on puisse porter. Que la chauvine roulette russe des votes choisisse un lieu ou un autre, on a toujours l'impression d'être dans le même studio.

Cette grande vitrine du Vieux continent a toujours voulu se politiser. Là, entre projecteurs et accessoires, entre trilles et voix de Fausset, on a voulu résoudre des questions régionales, des revanches entre voisins, des fiertés nationales... On l'a voulu, même si on l'a peu fait, car la censure éternelle a toujours agi de façon indiscutable.

Interdit de heurter les sensibilités

On a ainsi interdit ipso facto des paroles qu'on a considérées comme insolentes ou blessantes pour des sensibilités politiques, des croyances ou des principes, comme quand en 2008, les Espagnols ont dû changer les paroles de Chiki-chiki pour ne pas parler du président vénézuélien Chávez ou de Rajoy, chef de l'opposition du Parti populaire espagnol. Comme si une manifestation qui se veut artistique, active et innovatrice n'avait pas la saine obligation d'être insolente, osée, incisive, intelligente, critique et d'une certaine façon, anarchiste.

Cette année, il y en a pour tous les goûts dans ce petit manège : la chanson du groupe géorgien Stéphane and 3G, intitulée We don't wanna put in, « nous ne voulons pas de Poutine », faisant allusion à l'invasion subie l'été dernier par ce pays du Caucase, a carrément été interdite ; Israël, quant à lui, appelle sous ses drapeaux deux chanteuses, l'une Arabe israélienne, l'autre Juive israélienne. Un vrai scandale selon ceux qui accusent Israël de camoufler sous cette belle image médiatique, la situation réelle des Arabes en Palestine. Tout cela me rappelle quand le gouvernement de notre généralissime (Franco) censurait Serrat (auteur-compositeur-interprète barcelonais qui refusa d'aller à l'Eurovision car il ne pouvait chanter dans sa langue natale, le catalan) et lançait sa glorieuse croisade en remportant la victoire en 1968 et 1969. Tout un spectacle s'il n'était pas écœurant.